CHAPITRE XII
roi, et l'on peut juger si les méconlentemenls qu'il avait de son fils en devenaient plus profonds. Ce qui le choquait encore au dernier point, lui qui était si économe, c'étaient les prodigalités de don Carlos et l'absence d'ordre et de règle dans ses dépenses. En élevant la dotation du prince à cent mille ducats, il s'était flatté d'avoir pourvu largement à ses besoins ^ il reconnut bientôt que le résultat ne répondait pas à son attente. Son fils continua à faire des dettes, et l'on n'en est pas étonné en parcourant ses comptes : il perdait assez d'argent dans des gageures fréquemment répétées ('); il achetait à tout prix ce qu'il lui prenait fantaisie d'avoir.
Il eut envie, à cette époque, d'un ornement de chambre à coucher que le comte de Modica avait fait travailler à Milan, et qui pouvait valoir quinze cents écus; il en ofi'ril vingt mille. Sa cassette était vide comme toujours; il manda Nicolo Grimaldi (■), pour lui emprunter cette somme. Le banquier génois la lui compta sur-le-ohamp, et se mit à sa disposition pour tout ce qu'il désirerait de lui. Don Carlos, prenant au sérieux ces paroles de courtoisie, lui demanda cent mille écus. Grimaldi se récria, disant qu'il ne les avait pas; que, pour se les procurer, il lui faudrait compromettre son crédit, fondement de toute sa fortune. Le prince, avec les plus grandes menaces, lui fixa
{') Voy., dans le t. XXVIl de la Coleccion de documentos inéditos, etc., pp. 81 etsuiv., les extraits des comptes des dépenses de la maison de don Carlos.
n Voy. p. 370.
vingt-quatre heures de délai pour les lui faire tenir en argent ou en lettres de change^ il chassa de chez lui le fils de Grinialdi qui était au nombre de ses pages. En vain on lui représenta que les offres du banquier n'étaient que de simples compliments, que la somme qu'il voulait avoir était excessive : il répondit qu'on ne devait pas user de semblables compliments avec des princes tels que lui; que Grimaldi prétait au roi des sommes bien plus considérables sans tant de difficultés, et que, s'il ne lui procurait pas promptemenl les cent mille écus, il en arriverait mal à lui et à sa famille. Le prince d'Eboli et plusieurs autres personnages s'interposèrent pour lui faire entendre raison; ce fut sans succès : il fallut que Grimaldi lui prêtât au moins soixante mille écus, qui servirent à payer les libéralités dont nous avons donné le détail, après avoir raconté l'étrange épreuve au moyen de laquelle il avait prétendu établir sa virilité ('). Le roi
{') Il conte di Modica gli aveva venduto uiio'attrezzo di lello e di caméra fatlo in Milano, del valore di 1,300 scudi, e il principe l'aveva compero 20,000 scudi, ed aveva mandate a ricercar Niccolo di Grimaldo che gli prestasse li danari per pa.^ar il conte; il quale Niccolo le fece subito, e con parole di complimento rende grazie a Sua Altezza, offerendoli scmpretulto queiln che [)er luise poteva. Il principe, appicandosi sopra quesle ofTerte, li mandô a domandar cento mifa scudi; e facendo Niccolo di Grimaldo rcsistenza a darglieli, allegando che non li aveva e che perderehbe il credito, fondamento di tutta la sua facuUà, il principe gli fece una grandissima bravata, dandogli tempo flno ail' altro giorno a mandargli i contanti o le polizze, e cacciô via il figliuolo che era paggio ; e a chi gli diceva che le offerte di Niccolo erano state parole di complimento, e che questa era troppo gran somma, rispondeva che simil complimcnli e cerimonie non si usano con li principi pari suoi, e che a suo padre preslava molto maggiori somme senza tanta difficultà,