‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 41 sur 156 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sait de toute sa confiance, il eut recours à trois méde cins que celui-ci lui désigna. Ces hommes de l'art lui firent prendre un breuvage dont il ressentit de tels effets qu'il donna incontinent de certaines preuves de virilité. La joie qu'il en eut ne saurait se décrire. Il s'empressa d'informer de ce bel exploit le baron de Dietrichstein, afin qu'il le fit savoir à Vienne; il gratifia les trois médecins chacun d'une rente de mille ducats : il en assigna une de six cents à son barbier, ainsi qu'à l'apothicaire qui avait préparé le breuvage. Ladonzellequi s'était prêtée à cette singulière épreuve reçut de lui un présent de douze mille ducafs, et il fit acheter une maison pour elle et pour sa mère (').

Ces prouesses de don Carlos ne se soutinrent malheureusement pas ('). Faut-il attribuer au désappoin-

(') Voy. la lettre du baron de Dietrichstein à l'empereur, du 3 juin 4567 (KocH, Quellen. etc., p. 189). Dans cette lettre tout intime et confidentielle, l'ambassadeur donne des détails qu'il nous est interdit de reproduire ici.

Fourquevaulx mandait, le 30 juin, à Charles IX : « Le prince est maiii- 0 tenant en quelque opinion de demi-homme naturel : car trois siens " médecins ont fait ce qu'ils ont peu de le rendre, de deux mois en çà. a habille et puissant d'habiter avec femme, ainsi qu'il en a faict les a preuves : à cause de quoy chascun desdicts médecins eu a rapporté « mille escus de rente que ledict prince leur a donné et assigné, au « denier quatorze.... »

L'ambassadeur de Florence, Leonardo de Nobili, écrivant, le 24 juillet, au duc Côme de Médicis, lui parle aussi de cet événement. Voici comment il s'exprime : « A questi giorni tre medici e un barbiere suo « favorilo li deltero non so che bevanda, talchè par che cosî usasse « deboimente con una donna; e parendoli bella cosa , ordino a lei " dodici miladucali, e alli medici mille scudi d'entrata per ciascuno, « e al barbiere .seicento.... »

(^; Le même jour où Fourquevaulx écrivait à Charles IX la lettre dont

tement qu'il en éprouva, l'habitude qu'il prit de courir la nuit les mauvais lieux, armé d'une arquebuse et commettant toute sorte d'insolences ? Le fait nous est attesté par les ambassadeurs de Florence et de Venise ('), et les détails qui sont consignés dans les comptes des dépenses du prince, sur des barbes postiches achetées par lui, sur des chemises perdues pendant des nuits qu'il avait passées dehors, ou brûlées par ses ordres dans sa chambre (-), n'y sont probablement pas étrangers.

Rien de tout cela n'échappait à la connaissance du

nous donnons un extrait à la note précédente, il eu adressait une autre à Catherine de Médicis dans laquelle il réduisait à assez peu de chose l'expérience qui venait d'être faite par don Carlos, et cela d'après le dire du médecin de la reine Isabelle, » que, nonobstant les receptes que les u trois médecins luy ont faict user pour Je rendre habille d'espouser « femme, c'est temps perdu d'en espérer lignée, car jamais il n'aura « enfants, et qu'il le sçait très- bien. »

Nobili fait allusion à la même chose dans sa lettre du 24 juillet : « Pare, dit-il, che non potendo di nuovo usar S. A. carnalmente, come « fece quella volta, l'affezione ai medici vada mancando. «

(') « lutta la notte va in bordellocon poca dignità e molta arroganza, o écrit Nobili le 24 juillet. — Dans sa lettre au doge de Venise, du 22 janvier -1568, qu'on trouvera à l'appendice B, Sigismondo Cavalli dit ;i son tour : » Tulta la notte andava armato con archibuzeti, commettendo " diverse insolentie. -

Ainsi se trouve confirmé ce que rapporte CABREUA,liv. VII, chap. XXII, p 4G9 : « Salia el principe de noche por la corte cou indecencia. . ■>

(*) ( A Felipe Forula, gorrero de Su Alteza, cincuenta reaies que

Su Alteza le mandé dar por seis barbas postiza^, y por el rase en que las forrô, y por cintas y olras cosas que les puso.... » (Arch. de Simancas, Contadurias générales, h época, leg. Il 10.)

« El 4° de agosto (1367) se perdiô una camisa de Su Alteza que la dejô una noche que fué fuera.

o El H de noviembre (1567), se perdio 6 quemo una camisa eu la câmara de Su Alteza. « [IbuL, leg. 4070.)

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