CHAPITRE XIII
il s'élait adressé refusa de l'absoudre. Don Carlos insista : « Mon père, déterminez-vous vite, » dit-il au moine. — « Que Votre Altesse, repartit celui-ci, » consulte des théologiens. » Don Carlos envoya chercher des religieux du monastère d'Atocha ; il en vint quatorze. 11 fit appeler aussi un père augustin et un religieux trinitaire. Il disputa avec eux tous, prétendant toujours que l'absolution lui fût donnée, nonobstant la haine qu'il avait au cœur. Comme il ne put parvenir à les convaincre, il demanda qu'on lui donnât une hostie non consacrée, afin que le peuple le vît communier. Tous les religieux se récrièrent, car ce n'était rien moins qu'un sacrilège qu'il voulait leur faire commettre. Le prieur d'Atocha, dont la curiosité était vivement excitée, prit le prince à part, et l'interrogea avec adresse sur la qualité de l'homme qu'il haïssait. Don Carlos répondit qu'il élait de haute
« contra li minislri et contra il padre. « Le même ambassadeur, après avoir avancé, au commencement de sa lettre du 22 janvier, qu'on attribuait à don CarJDS le dtssein de luer un jour son père d'un coup d'arquebuse, « di voler un giorno amazzar il padre con uno archibuselo, » parle, plus loin, de renseignements qu'il a puisés à bonne source, « da " bona via, » et d'après lesquels ce dessein n'était pas entré dans l'ospr.t du prince : « che il principe non havea animo di insidiar alla vita del » padre. o Fourquevaulx, dans ses premières dépêches à Charles IX et à Catherine de Médicis, avait fait mention aussi d'intentions criminelles du prince à l'égard du roi ; mais, dans celle duo février, il revint sur cette assertion. Ajoutons que, quand plus tard le nonce eut pu s'entourer de nouveaux renseignements, il fit savoir à sa cour qu'on n'avait découvert aucune machination du prince contre la vie de son père ; qu'il était avéré seulement qu'il y avait entre eux une haine réciproque. (Lettre du 30 mars 1568.) Au reste, comme on le verra, Philippe II fit ini-même démentir officiellement le bruit qui avait couru que son fils voulait attenter à sa personne.
qualité, mais il évita de s'expliquer davantage. Le prieur répliqua, pour l'abuser, que, s'il nommait la personne, il était possible qu'on trouvât quelque moyen de l'absoudre; alors il déclara que c'était son père. Tous ces colloques durèrent jusqu'à deux heures du matin. A la fin, don Carlos se relira, sans avoir reçu l'absolution (').
On ne manqua pas de donner avis au roi de ce qui venait de se passer (-). Vingt jours s'écoulèrent encore avant le retour de Philippe II à Madrid; que fit-il dans cet intervalle? Tout ce que nous savons avec certitude, c'est que, le 6 janvier, il assista, à l'Escurial , à la bénédiction d'une petite église destinée provisoirement pour les pères de Saint-Jérôme; que, le H, il fut présent à la profession d'un nouveau religieux de son monastère Q; que, dans le même îemps, il donna l'ordre aux supérieurs des couvents de Madrid et des environs de faire dire des prières, afin qu'il plût au ciel de l'inspirer, moyen auquel il avait quelquefois recours, quand il était à la veille de prendre une résolution d'une importance majeure Q;
(*) Relacion del aynda de cdmara. — Lettre de l'archevêque de Ilossano, da 4 février 4568. — Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 49 janvier 1568. — Lettre de SigismondoCavalli, du 41 férrier 1568.
(') Relacion del ayuila de cdmara. — L'ambassadeur de Venise le dit aussi, comme le tenant de Tévêque de Cuenca ; « Lo fecero iotender al « re. » (Lettre du 41 février.)
(*) SiGiENZA, Historia de la ôrden de San Gerânimo, part. III, liv. III, p. 557. — Memorias defray Juan de San Gerônimo, pp. 43 et 44.
(*) Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 19 janvier. — Lettre de )'archevéque de Ros^ano au cardinal Alessandrino, du 24 janvier, dans YAppendice B. — Letlie de l'envoyé de Gène?, du Ho janvier. — Seloo