CHAPITRE XIII
avait accordé à la chrélicnlé, à l'occasion de son exaltation, et qui était indiqué pour le jour des Innocents (28 décembre). Un autre objet l'occupait encore, auquel il n'aUachait pas moins d'importance que s'il se fût agi des plus chers intérêts de la monarchie : il désirait que , ce même jour , à cause de la solennité dont il serait environné, les pères hiéronymites envoyés à l'Escurial, sur sa demande, de diverses maisons de leur ordre, fissent profession dans le couvent provisoire où ils étaient installés, en attendant que le nouveau monastère fût construit. Le rapport qu'il entendit de la bouche de don Juan ne changea rien à ses dispositions. Les religieux de Saint-Jérôme, sollicités en son nom par le secrétaire Pedro de Hoyo, consentirent sans difïïcullé à ce qu'il réclamait d'eux : le 28 décembre, ils firent leur profession, à laquelle il assista avec les marques de la satisfaction la plus vive (').
Le récit de don Juan lui avait pourtant causé une irritation extrême. D'après les informations qui lui étaient parvenues d'ailleurs, il soupçonnait bien que quelque dessein étrange roulait dans la tête de son fils ; mais il n'aurait pas cru que les vues du prince tendissent à une révolte ouverte contre lui et à la
(') SiGUENZA, Historia de la ôrden de San Geronimo, part, III. liv. III, p. 856. — Memorias de /ray Juan de San Gemnimo, dans la Coleccion de documentos wéditos, elc, t. VII, p. 42.
La bulle du jubilé avait été publiée par Pie V, le 9 mars 1306. Elle est dans le Bullarivm romanum, édit. de Rome, f. IV, part. II, p 28?, sous le lilre suivant : « Jubilaeum pro unione Chrisli fidelium et defen- « sione reipublicae chrislianae contra infidèles. »
4C8 DON CARLOS ET PHILIPPE lî.
subversion de l'Etat. Au point où en étaient les choses, ou il lui fallait faire des concessions au prince pour le ramener, ou il fallait, par des mesures énergiques et promptes, arrêter l'exécution d'un dessein qui pouvait avoir des conséquences incalculables pour la monarchie. Philippe n'était peut-être pas fixé encore sur le parti auquel il s'arrêterait, lorsqu'un nouvel incident vint ajouter un grief de plus à tous ceux qu'il avait déjà contre son fils.
Le 27 décembre, dans la soirée, don Carlos se rendit au monastère royal de Saint-Jérôme , situé hors des portes de i\îadrid. près du Buen Retiro. pour se confesser et se mettre ainsi en état de gagner le jubilé. Ayant déclaré, en confession, qu'il portait une haine mortelle à quelqu'un ('), le religieux hiéronymite à qui
(') Selon ia Relacion âel aymla de càmaraj que nous donnons dans Y Appendice B, don Carlos aurait dit qu'il voulait luer quelqu'un, et que jusque-là il serait mal avec celle personne ; » Hasla que malase un » hombre, liabi'a de estar mal con él. r- Plusieurs raisons nous ont porté a ne pas admettre celle version, que l'oî/wf/arfe cdmara donne évidemment bur des ouï-dire. D'abord, comme le remarque Cabrera (liv. \'I, chap. XXII), si don Carlos avait voulu tuer son père, il l'aurait pu chaque jour : « Si quisiera matar â su padre, cada dia pudiera. » Secondement, Tarchevèque de Rossano, qui devait être bien informe de celte j)arlicuforité,dit en propres termes que le prince demanda au confesseur si, ayant dfela haine contre quelqu'un, il pourrait recevoir l'ahsolution : c> Li dimandô se. havendo uno ucU' animo odio coulra un allro, « etc. (Lettre du 4 février.) Et ceci est confirmé par la lettre de l'ambassadeur de Venise, du M février, oij il rend compte de sa conversation avec le confesseur du roi, Tévcque deCuenca; ce prélat lui conta que don Carlos avait réclame une hostie non. consacrée , pour dissimuler les mauvais sentiments qu'il nonrri:-sait contre les ministres et contre son père : « SuaAltezza teniôdiversi religiosi chevolesserocommiinicailocon darli « la hostia chc non fosse sacra, per celar queslo mal animo che liaveva