‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 67 sur 156 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

mer don Carlos (^). Dans les réunions du conseil intime dont nous venons de parler. 1 emprisonnement du prince fut sans aucun doute résolu, ainsi que la manière dont il y serait procédé, afin qu'il se fit sans résistance et sans éclat.

Don Carlos, cependant, apprenant, le 13, que son père était attendu au Pardo, se dirigea de ce côté. 11 désii'ait avoir une entrevue avec don Juan d'Autriche et le prieur don Antonio de Tolède; il les invila à venir secrètement le trouver en un endroit situé à proximité du château. Don Juan et le prieur, après en avoir eu l'agrément du roi. se présentèrent au rendez-vous. Le prince leur parla du jubilé qu'il s'était abstenu de gagner ; il avait quelques inquiétudes à cet égard ; il désirait qu'ils l'instruisissent de la manière dont le roi avait pris sa conduite. Leur réponse fut

(') Fourquevaulx, après avoir mandé à Charles IX, le 21 août 1567, la ciainte du roi que son fils ne s'en aille en Portugal ou ailleurs, ajoute : " A occasion de quoy, et autres jeunesses que son fils faict, il en sent «' grant ennuy en son cœur; et y a gens qui pensent que, si u'esloit <■ pour le parler du monde, il le logeroit dans une tour, afin de le rendre « plus obéissant. » — Il écrit à Catherine de Médicis, le o février f 368 : « Madame, le prince d'Evoly.... a esté d'avis que je foisse entendre à « Vostre Majesté, sans le nommer en sorte que ce soit, que le propus de <■ mariage qui a esté quelquefois mis en termes par vous pour le roy « avec la princesse aisnée de Bohesme, ne pouvoit lors vous estre satis- « faict ny respondu, selon vostre désir, par le roy, son maistre,s'il n'eust « voulu gaster la résolution qu'il avoit prinse d'enserrer le prince son « fils : car, s'il s'en fust descouvert par la plus petite conjecture, son « desseing seroit sans effect, et en seroient peu sortir grandes iocommoditez.... » — Suivant la lettre de l'ambassadeur de Venise du Il février loCS, levêque de Cuenca lui avait dit que le roi pensait, depuis plus do trois ans, à faire enfermer son fils : « che era più di Ire « anni che S, C. M. slava cou questo pensieio. »

que le roi en avait éprouvé beaucoup de déplaisir, mais qu'ils n'en savaient pas davantage. Après quelques autres propos, ils se séparèrent : don Carlos reprit le chemin de Madrid; don Juan et le prieur allèrent rejoindre le roi, à qui ils firent rapport de leur conversation avec son fils (').

Philippe II, nous l'avons dit, rentra à Madrid le 17 janvier. C'était un samedi. Selon sa coutume, en arrivant au palais, il se rendit auprès de la reine, chez laquelle il trouva la princesse sa sœur. Il n'y était que de quelques instants, quand don Carlos y vint pour le complimenter à l'occasion de son retour. L'attitude du prince était pleine de respect; celle du roi ne décelait ni colère, ni mécontentement.

En quittant l'appartement de la reine, don Carlos emmena don Juan, qui y avait accompagné le roi; il le conduisit dans sa chambre, dont il ferma les portes, et y resta en conférence avec lui pendant plus de deux heures. Ce qui se passa entre eux, on ne le connaît pas d'une manière bien positive ; des relations différentes en existent. D'après celle qui nous paraît la plus digne de créance, don Carlos voulait qu'à minuit don Juan lui apportât les dépêches dont il avait besoin pour

(') Nous adoptons ici, et dans la plupart des détails qui vont suivre, la version contenue dans une lettre que renferme un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Lisbonne. Quoiqu'on ne voie ni par qui cette lettre a été écrite, ni à qui elle est adressée, la précision des faits qui y sont rapportés et le secret qu'on y demande no nous laissent guère de doute qu'elle ne soit l'ouvrage d'un des principaux personnages de la cour. On pourra en juger au surplus ; nous la 'lonnoiis dans VAiipciidkc B.

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