‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 68 sur 156 · CHAPITRE XIIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIF

aller s'embarquer sur les galères rassemblées à Carthagène, et un aete par lequel il s'obligerait à le servir toutes les fois qu'il réelamerait son concours ; il était décidé à partir incontinent; dans ce dessein, il avait requis le correo mayor (grand maître des postes) de lui faire tenir des chevaux prêts ('). L'embarras de don Juan était extrême : pressé, comme il l'était, par le prince, il chercha à gagner du temps : il lui promit de revenir le lendemain à une heure de l'après-midi, afin de convenir avec lui de ce qu'il y aurait à faire pour l'exécution de son entreprise. Sur cette promesse, don Carlos le laissa sortir ('). A peine libre, don Juan alla retrouver le roi, qu'il informa de ce qui venait de se passer. Philippe, de crainte qu'il ne lui arrivât quelque chose de fâcheux , voulut qu'il logeât cette nuit au palais.

(') C'est ce que rapporte Cabrera (liv. VII, chap. XXII, p. 474). Le récit de cet historien est du reste erroné, en ce qu'il fait partir le roi de l'Escurial seulement le 18, et aller don Juan d'Autriche au-devant de lui au Pardo.

(') D'après la Relacion del ayuda de cdmara, celte scène aurait eu lieu le dimanche: don Carlos aurait interpellé avec humeur don Juan sur ce qu'il avait fait à l'Escurial ; don Juan aurait répondu que le roi et lui s'étaient occupés de l'organisation de la flotte. Cette réponse n'aurait point satisfait don Carlos, qui aurait insisté afin de savoir la vérité ; voyant que don Juan s'obstinait à la lui taire, il aurait mis la main à son épée pour l'en frapper ; don Juan aurait reculé vers la porte ; la trouvant fermée, il aurait dégainé aussi et dit au prince : » Que Votre Altesse « n'avance pas! « Au bruit qu'ils auraient fait, on serait accouru, on aurait ouvert la porte du dehors, et don Juan se serait retiré. — Nous avons préféré à cette version celle que donne le document de la Bibliothèque de Lisbonne : il est à remarquer que Vayuda de cdmara ne raconte ces détails que d'après des ouï-dire. — Les dépêches des ambassadeurs varient <ur le jour et sur les cirroûslanccs de cette scène.

i7G DON CARLOS KT PlilLIlMM-: II.

Le rc'lour du roi était impatiemment attendu de l'ambassadeur de France, qui avait des communications urgentes à lui faire de la part de sa cour. Philippe le reçut le dimanche malin : Fourquevaulx n'aperçut pas sur son visage la moindre altération , ni aucun indice de la grave détermination qu'il avait prise, et qui allait être mise à effet dans quelques heures (') : car il avait lixé la nuit du même jour pour l'arrestation du prince des Asturies, le 19 janvier étant la veille de la Saint-Sébastien, où la princesse doua Juana avait Ihabitude de célébrer, par un banquet, la fête du roi de Portugal, son fils (-).

Peu d'instants après l'audience donnée au seigneur de Fourquevaulx, le roi assista à la messe en public, dans Ua chapelle du palais ; il était, comme d'ordinaire, accompagné du prince. Là encore on eût vainement interrogé sa figure, pour y découvrir quelque trace d'agitation intérieure, quelque signe de la tempête qui ne devait pas tarder à éclater (^). Mais, dans la journée, les personnes de la cour remarquèrent que de fréquents messages allaient et venaient du roi au président dEspinosa et du président au roi(^).

(') Lettres de Fourquevaulx à Charles IX, des 19 janvier et o février I3G8.

(-) Lettre italienne du 2G janvier 1308, dans V A ppendice B.

(") a .... Quietissimamenle et senza dimostrazione alcuna fù a messa « in cappella, accompagnato dal principe suo figliuolo, secondo il cos- " tume ordinario. senza alcuna sorte di ailcrazione. » (Lettre de Nobili du 2o janvier \'r,(j8.)

{*) o II giorno medesimo, si vide andar atlorno quul''he poliza fra « S. M. e il présidente del consiglio rcale. » {lbi(l.}

Page 1