CHAPITRE Xm
répondit l'un d'eux. — Don Carlos se leva précipitamment, comme pour aller prendre les armes qu'il avait dans sa chambre ^ en ce moment, le roi parut. « Qu'est ceci ? » dit le prince à son père. « Votre « Majesté veut-elle me tuer? » Le roi l'engagea à rentrer dans son lit et à se calmer, lui disant qu'il connaîtrait bientôt sa volonté, qu'il ne s'agissait pas de lui faire du mal, qu'au contraire, ce qui se faisait avait pour but son salut et son bien. Il commanda aux deux ayiidas de câmara de clouer . de manière qu'elles ne pussent plus s'ouvrir, les fenêtres de la chambre qu'occupait le prince: il fit enlever les armes et toutes les pièces en fer qui s'y trouvaient, sans excepter même les chenets de la cheminée. Il attachait le plus grand prix à la saisie des papiers de son fils; il présida à la recherche qui en fut faite avec un soin minutieux. Une cassette les renfermait; ce fut dans son cabinet qu'il ordonna de la porter. On y trouva, outre les lettres dont nous avons parlé plus haut , et un écrit contenant une espèce de programme de la conduite qu'il se proposait de tenir après son départ de la cour, une liste où le trop imprudent don Carlos avait inscrit, de sa main (')', d'un côté, les noms de ses amis; de l'autre, ceux qu'il voulait, comme ses ennemis, persécuter jusqu'à la mort ('). En tète de ces derniers,
(') o Tout ce qu'il pensoit, il i'escrivoit de sa main. » (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du o février -1568.)
(*) « .... Li quali diceva di havere a perseguilare sempre fino alla morte. »
était le roi : venaient ensuite Ruy Gomez. sa femme, le président d'Espinosa, le duc d'Albe et plusieurs autres. Sur la liste de ses amis figurait en premier lieu la reine Elisabeth, qui était, disait-il, pleine de bonté pour lui ('); puis don Juan d'Autriche, « son c( très-cher et très-aimé oncle (-) », Luis Quijada, don Pedro Faxardo, etc. f). L'argent qu'il y avait dans ses coffres fut aussi enlevé.
Rien ne saurait donner une idée du désespoir qui s'empara de don Carlos, quand il vit qu'il allait être privé de sa liberté. « Que Votre Majesté » — dit-il en se jetant aux genoux de son père — ce me tue et « ne m'arrête pas, car ce sera un grand scandale pour c( ces royaumes. Si Votre Majesté ne me tue pas, je « me tuerai moi-même » ; et après avoir proféré ces paroles, on conte qu'il voulut se jeter dans le feii de la cheminée qui était ardent, et qu'il en fut empêché par le prieur don AntonloQ. Le roi lui répondit : « Si vous « vous tuiez, ce serait l'acte d'un fou. » — « Je ne suis « pas fou, répliqua don Carlos : je suis désespéré par ce les mauvais traitements de Votre Majesté envers « moi. » — Le malheureux prince, s'abandonnant à l'excès de sa colère et de sa douleur, laissa échapper encore (juelques paroles qu'étouffaient à moitié ses sanglots. Comme il reprochait à son père sa tyrannie et
(') La regina. la quale diceva che gli era amorevoglissima. » (*) » Suo carissimo et dilellifsirno zio. » (=) Lettre de rarchcvèque de Rossano, du 30 mars 4568. (<) Lettre du baron de Dietrichstein, du 21 janvier. — Ragguaglio délia priggionla, elc — Aviso d'un llnliano, etc.