‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 71 sur 156 · CHAPITRE XIII. /iSI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. /iSI

sa dureté, « ce n'est plus en père que je vous traiterai « désormais, — lui dit Philippe — c'est en roi ('). » Don Carlos s'était remis au lit avant cette dernière scène. Philippe, appelant le duc de Feria, lui commanda spécialement, en sa qualité de capitaine de la garde, de veiller sur la personne du prince, qui aurait sa chambre pour prison; Ruy Gomez, le prieur don Antonio et Luis Quijada devaient le seconder dans cette surveillance, en telle sorte qu'un d'eux fût présent à toute heure de jour et de nuit. Au comte de Lerma et à don Rodrigo de Mendoza le roi enjoignit de servir le prince comme auparavant , avec les plus grands égards , mais sans le laisser ni parler à qui* que ce fût ni recevoir ou envoyer de message, et en observant attentivement ses moindres actions, pour lui en faire rapport à lui-même. « Je compte y> dit-il aux six gentilshommes à qui il venait de confier la garde de son fils, « je compte sur la fidélité et la « loyauté que vous m'avez Jurées. » Après cela il reprit le chemin de ses appartements, tandis que le duc de Feria plaçait des monleros (') ta toutes les portes communiquant à la chambre du prince, s'en faisait délivrer les clefs, et intimait aux serviteurs de

(') « .... Ayant dict ce roy de sa bouche audict prince qu'il le traico tera en roy, et non en père « (Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du -19 janvier.)

1*) Les mo/Ueros étaient des serviteurs de la maison royale dont l'office consistait à veiller, la nuit, dans la pièce attenante à la chambre où dormaient le roi et la reine, pour la garde de leurs personnes. Ils devaient être hidalgos et natifs ou originaires de la ville d'Espinosa : c'est pourquoi on les appelait habituellement monleros 'le Espinosa.

don Carlos qui étaient logés dans cette partie du palais l'ordre de l'évacuer incontinent.

Plusieurs des ambassadeurs qui résidaient à Madrid, en rendant compte à leurs cours de l'événement dont nous venons de rapporter les détails, sexlasièrent sur la tranquillité d'esprit, la constance que le roi avait montrées dans une occasion où tout autre aurait été plein de trouble et de douleur ('). L'histoire doit-elle s'associer à cette admiration? En d'autres termes, faut-il attribuer la contenance de Philippe II à la fermeté d'âme que l'homme juste puise dans l'accomplissement du devoir ? ou faut-il n'y voir que de la dureté de cœur et l'absence de tous sentiments paternels? Question délicate, sur laquelle nous hésitons à nous prononcer, mais que la conduite ultérieure du roi envers son fils pourrait autoriser à résoudre dans un sens peu favorable à ce monarque.

(') L'ambassadeur de Florence, Nobili, dans sa lettre du 25 janvier, s'exprime ainsi : « .... E tullo dbn molta quietudine d'animo e grandis- « sima costanza, cosa certo miracolosa a chi la vide. « — L'archevêque de Rossano, dans celle qu'il écrit, le 24 janvier, au cardinal Alessaudrino, ditàson tour : « .... Et con una quiète et compositura d'animo " grande, con poche parole, levol'armi del detto principe, etc. » — Voir aussi, dans l'AppendiceB, la lettre envoyée à Lisbonne.

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