‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 85 sur 156 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

n'excéder en rien, dans ses discours, le contenu de la lettre française (').

Philippe II, lorsque les lettres destinées aux cours étrangères furent prêtes, donna l'ordre à ses ministres de notifier l'arrestation de don Carlos aux principaux ambassadeurs qui résidaient à Madrid.

Le 24 janvier, le président d'Espinosa dit à l'archevêque de Rossano que, en arrêtant son fils, le roi avait voulu avoir plus d'égard au service de Dieu, à la conservation de la religion et de ses royaumes et vassaux, qu'à sa chair et à son sang propres ; que, s'il avait agi autrement, il aurait méconnu les bienfaits dont il était redevable chaque jour à la bonté divine. Le nonce lui demanda s'il était vrai, comme le bruit en courait dans toute la ville, que le prince eût eu le dessein d'attenter à la vie de son père : Espinosa répondit que c'eût été le moins, car, si la vie du roi eût seule été en péril, il s'en serait préservé, mais que les choses auxquelles il avait cherché inutilement à remédier par toute sorte de moyens, depuis deux ans, étaient pires encore, si c'était possible (-).

Ce fut Ruy Gomez qui parla aux ambassadeurs de France, de Venise et d'Angleterre. Le prince d'Eboli dit à Fourquevaulx que, depuis plus de trois ans, le roi s'apercevait bien que don Carlos « était encore « plus mal composé de son cerveau que de sa per-

(') Lettre du 23 janvier 1568. Voy. V Appendice B. {') Lettre de l'archevêque de Rossano, du 24 janvier <5GS, dans V Appendice B.

olO DON CARLOS ET PHILIPPE H.

« sonne, et qu'il n'aurait jamais l'entendement bien « rassis ; que ses actions journalières avaient depuis u lors confirmé cette opinion : que Sa Majesté avait « longtemps dissimulé, espérant que l'âge amènerait de « Taniendement dans la conduite du prince, mais que « le contraire était arrivé, et qu'elle avait perdu tout c( espoir d'avoir jamais en lui un successeur digne « de gouverner tant de royaumes et d'Etats; que. par a ces motifs, après de mûres délibérations, elle avait « résolu de le loger dans une chambre du palais, « où il serait servi et traité en prince de bonne « maison , mais si soigneusement gardé , qu'il ne « pourrait faire de mal à personne, ni séchapper a et fuir hors d'Espagne , comme il en avait le « projet Q. »

A Cavalli Ruy Gomez déclara, en lui délivrant la lettre du roi pour le doge, que, quoique Sa Majesté y rendît compte à la Seigneurie de ce qui était arrivé, elle avait voulu qu'il en fût informé aussi. Il lui annonça alors la détention du prince, et saisit cette occasion pour démentir le bruit, qu'on avait répandu, de desseins formés par don Carlos contre la vie de son père : c'était, l'assura-t-il, d'autres raisons, et de bien graves, qui avaient déterminé le roi à une telle rigueur contre son propre sang et son fils unique : il avait eu égard surtout au service de Dieu, à la tranquillité et à la sûreté des peuples commis à ses soins Q.

(') Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 5 février, dans l'Appendice B.

[") Lettre de Cavalli au doge, du 27 janvier IbôS, dans Y Appendice B.

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