CHAPITRE XIV
de procéder que, pour son propre bien el prouffîct, et pour ce que à mes royaulmes, Estalz et service touche, et pour aultres justes considérations, ha esté nécessaire d'user avec luy de ces termes. Et si de cy en avant il se offre en cecy aultre chose dont sera bien vous advertir, le feray, affln que le puissiez sçavoir et aussi communicquer, comme à si bons et léaulx vassaulx et subjectz appartient. A tant, etc. De Madrid, le xxii^ de janvier 1567 (').
c( Philippe. »
Celte forme fut celle dans laquelle le roi chargea ses ambassadeurs de porter à la connaissance des souverains de France et d'Angleterre l'arrestation de don Carlos ; ce fut celle aussi qu'il adopta, sauf de légères modifications, pour les lettres à écrire, en Allemagne et en Italie, aux princes ses parents ou ses amis (').
Dans sa lettre en espagnol, qu'avait rédigée le docteur Velasco, il s'ouvrait davantage au duc d'Albe :
" Duc, mon cousin, — lui disait-il — vous connaissez si bien le caractère et le naturel du prince
(') A la secrétairerie de Flandre, à Madrid, on suivait le style des Pays-Bas, d'après lequel l'année civile commençait à Pâques.
{'] On lit, à la suite d une pièce espagnole dont la lettre française du 22 janvier est une traduction fidèle :
« En esta conformidad se ha de escrivir al duque de Lorena y a la duquesa mi prima, y lo de Aleman para con otros, y a los parientes y nmigos que Su Mag<i liene en el Imperio, mudando lo que paresciere, segun la qualidad de cada unodellos..., » (Arch. de Simancas. Esladu, les. IbO.)
o08 DON CARLOS ET PHILIPPE IL
mon fils, et sa façon de se conduire, qu'il ne sera pas besoin de m'élendre beaucoup avec vous, pour justifier ce qui s'est fait à son égard, ni pour que vous compreniez la fin qu'on se propose en cela. Depuis votre départ d'ici, il est allé si loin dans ses déportements, il a fait des choses si particulières et si graves, enfin il en est venu à de tels termes, que je me suis résolu à le déti'nir dans son appartement, ainsi qu'il s'est fait Quoique cette démonstration ait été trèsgrande, et la mesure à laquelle je me suis décidé envers lui très-rigoureuse, vous pourrez reconnaître, par ce que vous avez vu et ce que vous savez, avec combien de raison et de fondement j'ai agi. Certes, alors même que j'eusse voulu, fermant les yeux sur ce qui me touche personnellement, et sur tant de manques de respect et de desobéissances, dissimuler avec le prince, ou du moins recourir à un autre expédient, dès que je considérais mes obligations envers Dieu, notre seigneur, envers la chrétienté et envers mes royaumes et États, ainsi que les notables inconvénients et dommages qui en bien des cas auraient pu arriver plus tard, et même qui déjà étaient imminents , je devais subordonner à ces considérations toutes celles qui touchent la chair et le sang. Je n'ai donc pu, en aucune manière, me dispenser de prendre cette voie, qui ma paru la véritable et la meilleure pour aller au-devant de tout. » Le roi recommandait ensuite à son lieutenant aux Pays-Bas de ne point divulguer la fin qu'il se proposait par la mesure ({ui venait d'être mise à exécution, et de