‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 87 sur 156 · CHAPITRE XIV. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 5i

que sur les faits qui l'ont obligé de le priver de sa liberté. On en peut toutefois deviner quelque chose par ce qu'il marque à la reine de Portugal : que la réclusion de don Carlos n'a pas pour but un châtiment temporaire; qu'elle n'a pas été adoptée non plus comme moyen d'amendement et avec l'espoir que le naturel désordonné du prince se réformera ainsi ; que cette affaire a un tout autre principe et exige des remèdes tout différents.

Selon nous, les intentions de Philippe ne sauraient faire l'objet d'un doute : il était décidé à exclure son fils de la succession à la couronne, et à le tenir renfermé pour le reste de ses jours ('). ]\ous attachons peu d'importance au langage du prince d'Eboli parlant à l'ambassadeur d'Angleterre, si tant est que ce diplomate l'ait traduit exactement dans ses dépêches à sa cour : Philippe, on le comprend, pouvait avoir plus d'une raison de ne pas dévoiler le fond de sa pensée à la reine Elisabeth. Nous regardons comme bien autrement significatives les paroles, que nous allons citer, de l'évêque de Cuenca à l'ambassadeur de Venise. Cavalli se refusait à croire que le roi voulût pousser jusqu'aux dernières rigueurs la punition quil infligeait à son fils ; il le dit à ce prélat : lévéque lui répliqua qu'il tenait pour très-certain que le roi le ferait, car il avait longuement réfléchi avant de se résoudre, et quand une fois il prenait une résolution, il avait

(') C'est ce que l'archevêque de Hossano écrivait le 4 février ib68 : o Si tien perfermo queprivaranno il principe délia successione, et nou « lo liberrauno mai. » Voy. X'Apijeiidice ]}.

coutume d'aller jusqu'au bout ('). Ce trait distinctif du caractère de Philippe, l'ambassadeur le signale luimême dans la relation qu'il lut au sénat, à son retour d'Espagne, et nous l'avons fait ressortir d'après lui (') : il ne faut pas se dissimuler, d'ailleurs, qu'avec la connaissance qu'il avait de l'humeur du prince, Philippe pouvait concevoir des appréhensions pour sa sûreté personnelle , le jour où il l'aurait rendu à la liberté. Et puis, ses conseillers intimes, le président d'Espinosa, Ruy Gomez et les autres, n'étaient -ils pas intéressés à ce qu'il traitât son fils en ennemi irréconciliable? N'avaient-ils pas sujet de craindre que, si jamais don Carlos montait sur le trône, ils ne payassent de leurs létes, et leurs familles de leur rafig et de leurs biens, la part qu'ils avaient prise à son arrestation Q?

Mais comment dépouiller don Carlos de ses droits héréditaires au trône, après que tous les ordres des royaumes de Castille et de Léon avaient reconnu en lui leur futur monarque, et lui avaient prêté serment? Évidemment il fallait, pour cela, ou assembler les cor lès et réclamer leur concours, ou se pourvoir

{') u .... Mostrando io di no creder che il re andarj tonto avanti in questo fatto, me tornô a firmar che cei tissimo lui credeva che lo faria, perché, prima che sia venuto a questo, vi ha pensato mollo sopra, et quando il re principia , è soiito ancor di finire le sue resolutioni. » {Lettre ds Cavalli du H février I0&8, dans iWppendice B.)

(2) Voy. p. 26G.

(^) « Li più favoriti del re erano odiati da lui a morte, et adesso tanto più ; et quando questo venisse a regnare, si teneriano rovinati loro, et tutla la sua successione. « (Lettre de l'archevêque de Rossano au cardinal Alessandrino, du 4 février.)

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