‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 88 sur 156 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

devant le'conseil royal de Castille. pour faire déclarer, par sentence de ce tribunal suprême, le prince incapable de succéder. Dans l'un comme dans l'autre cas. peut-être eùt-il été nécessaire encore de recourir au souverain pontife, afin qu'il déliât de leur serment les représentants de la nation (').

Philippe adopta le second parti (-). Pour réunir les éléments du procès qu'il voulait intenter à son fils, il fil ouvrir une enquête sur les actions publiques et privées du prince. Un grand nombre de personnes y furent entendues, et il montra bien l'importance qu'il y attachait, en assistant aux interrogatoires et aux déclarations de ceux qui furent appelés à y déposer Q).

(') Cette opinion était celle de l'archevêque de Rossano : « Li faranno » processo, et quando vogliano venire a privatione o dichiarazione « alcuna, credo sarà necessario ricorrere a Sua Santità per assolutione « dal piuramenio delli popoli et signori di Castiglia, che io havevano « giurato. «1 (Lettre de l'archevêque de Rossano. du 4 février 1o'j8.)

P) C'e.st ce que prouvent les lettres du garde des sceaux Tisnacq et les dépêches du nonce, des ambassadeurs de France, de Venise et de Florence :

- A ce que entendons, l'on entent de procédera déclaration d'inhahilitalion et incapacité de la succession et corone. « (P. S. du 8 février a une lettre du 31 janvier adressée par Tisnacq au président Viglius.)

« .... Au demeurant, madame, il sera procédé contre le prince d'Espagne par voye de justice, pour le faire déclarer inhabile à succéder. » (Lettre deFourquevaulx, du 8 février, à Catherine de Médicis.)

« .... Mi è detto da bona via che Sua Maestà vorra, per sua maggior giuslificatione, che il consigiio real vedi lui il processo et giudichi intorno al fatto del principe per giustitia ... « (Lettre de Cavalli, du 22 janvier.)

« .... Ragionasi che S. .M. fa formare il processo contra il principe... » (Letîre de Nobili, du 2o janvier.)

(') » El rey hace informacion; secretario de ella es Hoyos. Héllase el rey al examen de los léstigos. Esta escrilo càsi un leme en alto.... » {lielacion del ayuda de càmara.)

Cabrera rapporte que le roi fit venir, des archives ilc Barcelone, et traduire du catalan en espagnol, le procès du prince de Viana, fils aîné du roi don Juan II d'Aragon, poursuivi et condamné à l'instance de son père ('). Cette assertion n'a cerlaincment rien d'invraisemblable : je suis toutefois en mesure d'alTirmer qu'aux Archives de Barcelone, il n'y a" pas plus de trace de l'envoi qui aurait été fait à Madrid, en 1568, du procès du prince de Viana, lequel, si l'on interroge les inventaires et les traditions conservés dans ce dépôt, n'y a même jamais existé, qu'il n'y en a, dans les papiers d'Etat conservés à Simancas, de la

(') Voy. le texte de Cabrera dans la note 2, à la p. S 18.

Don Juan II, fils de Ferdinand \". roi d'Aragon, avait épousé Blanche, fille et héritière de Charles 111, roi de Navarre. Charles étant mort en ti^o, don Juan lui succéda. Blanche mourut, en 1441, ayant, par son testament et en conformité de son traité de mariage, institué pour son héritier universel don Carlos, prince de Viana, son fils aîné. De là naquirent de grandes et longues dissensions entre don Carlos, qui voulait avoir le gouvernement du royaume de Navarre, et don Juan, qui u'entendait pas s'en laisser déposséder. En 1451, le prince de Viana, aidé du roi de Castille, assembla des troupes et livra balaUle a son père, qui le vainquit et le fit prisonnier. Une recouvra sa liberté que le 22 juin 1453, après bien des négociations. Les années suivantes, de nouveaux sujets de querelle s'élevèrent entre le père et le fils. On les croyait réconciliés, lorsque don Juan, qui était monté sur le trône d'Aragon, eu '1458, par le décès de son frère Alphonse, arrêta à Barcelone, le 2 décembre 1460, le prince de Viana, et ordonna qu'on lui fît son procès : les principaux chefs d'accusation étaient que le prince avait trempé dans une conspiration contre la vie de son pèie, et voulu s'enfuir en Castille. Y eut-il, comme le prétend Cabrera, une sentence rendue contre don Carlos de Navarre? C'est ce que nous n'avons pas été à même de vérifier ; mais le fait nous parait douteux, car, le l»"- avril 4461 , don Juan rendit la liberté à son flls. Le prince de Viana mourut le 23 septembre suivant, dans sa quarante et unième année. Voy. Gero.mmo ÇOrita, Anales de la corona fie Aragon, liv. XV et XVI.

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