CHAPITRE XV
déplurent au monarque : les grands avaient prêté serment au prince ; le connétable élait le premier d'entre eux; il trouvait étrange que le roi n'eût pas demandé leur avis avant de priver le prince de sa liberté (').
Les réponses des évêques et des supérieurs des ordres religieux manquent dans les Archives de Simancas. Nous n'y avons pas rencontré non plus celles des villes de Castille. Un historiographe de Philippe IV, qui avait eu connaissance de plusieurs de ces dernières, en cite une seule — elle est de la ville de Murcie, — qui fut tout particulièrement agréable au roi; Philippe II en effet y mit, de sa main, l'apostille suivante : « Cette lettre est écrite avec sagesse et pru- « dence (-). » L'épître de V ayuntamiento de Murcie a été donnée dans l'édition française de Llorente (^) ;
oncle avaient été chevaliers de la Toison d'or; l'un et l'autre, sous le règne de Charles-Quint, avaient pris une part considérable aux affaires publiques; le premier avait été capitaine général de l'armée levée contre les cormineros, et l'empereur l'avait chargé du gouvernerrrent de l'Espagne. Don lîïigo ne fut pas employé par Philippe II ; y aurait-il quelque rapport entre ce fait et la conduite que, selon Fourquevaulx, le connétable aurait tenue lors de l'arrestation 'de don Carlos? Don lîiiigo Fernandez de Velasco mourut à Valladolid, le 22 juillet IoSd. Voy. Salazar DE Mendoza, Ohgen de las dignidades serjlares de CastiUa, fol. 132 v".
■(') « ..... L'on parle que le connestable de Castille a desgorgé quelques propos sur ladicte prinse, disant qu'il y debvoit et doibt estre appelé comme le premier des grands qui ont juré le prince pour héritier et successeur de ce royaume. » (Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 18 février.)
(^] " He visto muchas respuestas de ciudades y de los grandes de Espaça. Una de las cartas fué de la ciudad de Murcia, que de la mano del rey ténia puestas en la màrgen estas palabras : « Esta carta esta « escrita cuerda y prudentemente. » (Gi'l Gonçalez d'Avila, Teatrode las (jrandezas de la villa de Madrid, 1623, in-fol., p. 142.)
(') Histoire de l'inquisition d'Espagne, t. III, p. 1^1.
c'est pourquoi nous nous abstenons de l'insérer ici : nous dirons seulement qu'elle est pleine d'obséquiosité et de servilisme. Du reste, le temps n'était plus où les communes de Castille faisaient entendre à leurs souverains un langage indépendant, et l'on ne devait guère, surtout après les recommandations si expresses faites par le roi aux corrégidors, attendre autre chose d'elle que des paroles d'approbation.
Sur les réponses que les autorités des royaumes d'Aragon et de Valence et de la principauté de Catalogne firent à la communication du roi, nous n'avons que des renseignements tirés de correspondances diplomatiques, et ils sont contradictoires. D'après une lettre de l'ambassadeur de France, des députés des provinces qui dépendaient de la couronne d'Aragon furent désignés pour aller à Madrid demander la cause de l'arrestation du prince, et solliciter sa mise en liberté ('). Suivant un rapport de l'ambassadeur de Florence, au contraire, le conseil d'Aragon déclara qu'il n'avait rien à répondre, le prince n'ayant pas été reçu encore pour héritier présomptif de cette couronne, « laquelle réponse, ajoute l'ambassadeur, fut en vérité « bien libre, et d'hommes qui tiennent que l'élection « de leur roi est en leurs mains ("). y>
(') « .... Il m'a esté dict que certains députez d'Aragon, Valence et Catalogne doivent arriver, pour savoir l'occasion de ceste prinse, et supplier pour sa liberté, et que ceste Majesté trouve fort mauvaise cesie légation.. . « (Lettre de Fourquevauix à Catherine de Médicis, du 18 février 1568.)
(■•') « .... S. M. fece intendere, corne a tulti gli altri, cosl al consiglio di. Arragona, la detenzione del principe, i quali risposero a S. M. che
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Si. du sein des régions oflîcielles . une seule voi\ s'élait élevée pour protester contre Tarrestalion du prince d'Espagne, el si les gens timides — ou prudents comme les appelle Cabrera — se regardaient le doigt posé sur la bouche, de crainte de se compromettre ('). la plupart de ceux qui osaient manifester leur pensée blâmaient ouvertement cet acte de rigueur. Le gouvernement de Philippe II élait craint; il n'était pas aimé. Sans parler des juifs, des mahométans convertis, des luthériens, qui tous lui étaient naturellement hostiles, il n'y avait aucune classe de citoyens où il ne comptât des ennemis. Plusieurs des conseillers du roi. et surtout le président d'Espinosa, étaient mal vus de la nation (■).
Qu'on veuille le remarquer : ce ne sont point des écrivains protestants . des détracteurs systématiques de Philippe II. qui nous fournissent cette remarque: c'est un ministre même de ce souverain. « Le peuple « — écrivait un autre de ses ministres — est icy fc fort licentieulx en son dire, et n'eusse pensé que
non avendo giurato al principe, non avevaiio che rispoodere : quai risposta in vero fù mollo libéra e da uomini che fanuo professione che veramente l'elezione del loro re è in loro mano.... » (Lettre de Leonardo de Nobili à Côme de Médicis, du 16 février 1b68.)
(•) « .... Miràbanse los ma? cuerdos, sellando la boca con il dedo i el silencio.... » {Felipe II, liv. VII, chap. XXII, p. 474.)
(*) « .... Nam ppcieler judaeos, mahometanos et haereticos, quorum non exiguus par omnem liispaniam putatur esse numerus, haud sane pauci sunt non oplimè erga nonnullos ministres regios affecti , quos exteros esse aiunt, monachos et alios. Ex quibus praeses consilii regii, qui abhinc tribus annis ex ordine erat assessorum, nunc cardinalis est creatus.... « (Lettre d'Hopperus a Viglius, du 21 avril 1568, dans /oacA. Uopperi Episto'.ae, Y. \69.]
<( les langues cusseni eslé si desbridécs ('). » Que se disail-il donc dans les rangs du peuple? Lhisloriographe Cabrera va nous l'apprendre. Les uns reconnaissaient bien que don Carlos avait eu de mauvaises pensées, qu'il avait parlé avec ressen liment; mais, suivant eux, il n'avait fait aucun acte criminel, et le roi aurait pu le ramenw à son devoir sans user de tant de violence ('). Les autres observaient que les souverains élaient ordinairement jaloux de ceux qui leur devaient succéder;, qu'ils n'aimaient point le génie, la hardiesse, l'esprit généreux et grand chez leurs fils; que cependant les princes qui avaient des égards pour leurs enfants en auraient d'autant plus pour leurs sujets, et qu'en accordant à leurs héiiliers présomptifs une part raisonnable dans le gouvernement, ils donneraient des garanties à ces derniers (^).
Des plaintes, des murmures, partaient aussi des sphères plus élevées de la société Q. Ce concert de critiques ne laissait pas que de troubler Philippe II, si
(') IvCtire de Tisnnrq à Vigliii?, du 31 janvier lo6S.
(*) « .... El priticipe, mucliaclio desfavorecido, avin mal ]>eflsado i haf)la(lo con resenlimienlo, obrado non, i siii tanta violencia pudiera rediizir à .»;« Imj'o, sucesm- iiiadvertido.... » (Liv. Vil, cliap. XXII, p. 474.)
(') » .... Otros dezianque son los principes zelosos de los que les an desuceder, i les desplaze el ingenio, àninio galiardo i e.spiritu generoso i grande de )os hijos, i que quien los terne mejor temerà los sùbditos, i que los aseijuralia el darles con templanza parte de! gohierno.... » (Ihi'l.)
{") « .... Miilli non impoft^nles niussitant ot fromiint, » écrivail^ le i';.) mai, Hoppenis à Vig'ius. [Joarh. /lopprri Fpistuldi'. p. 177.)