‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 95 sur 156 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

puissant, si redouté qu'il fùt('). Lui qui aimait' tant à visiter rEscurial. Aranjuez. le Pardo. il n'osait presque plus séloigner de sa capitale ; du fond de son palais il prêtait l'oreille aux moindres rumeurs : il lui semblait à chaque instant que des bruits extraordinaires retentissaient au dehors, et que les habitants de Madrid se soulevaient pour venir tirer de captivité leur prince (').

A la cour cependant. le silence ne tarda pas à se faire sur l'emprisonnement de don Carlos. Là on savait que c'était offenser le roi que de soccuper de son fils, et les courtisans n'avaient garde de s'exposer à la disgrâce du maître. Déjà, le 7 février, le baron de Dietrichstein écrit à l'empereur quon ne parle pas plus du prince que s'il était mort ('). L'envoyé de Gênes, dans une dépêche adressée, peu de temps après, à son gouvernement, s'expiime de la même manière : « On « ne parle plus du prince, dit-il : il semble quil soil

(') « .... Acien mnximi qnique princrpes, dnm ab alris metHantar, nec ipsi a melu sunt libeii.... » (Lettre d'Hopperus à Viglius, du 20 avril, dans Joch. Hopperi Epistolae, p. 164.)

p) « .... No saliô el rey de Madrid, ni aon à Aranjuez, ni à San Lorenço à ver su fàbrica, lao atento al negocio del principe estaba. i sospechoso à las murmuraciones de sus pueblos fieles y reverenfes, que ruedos estraordinarios en su palacio le hazian mirar si eran tumullos para sacar à Su Alteza de su câmara.... » (Cabrer.^, liv. VIII, chap. V, p. 496.) — Fourquevaulx écrivait. le 9 mars, à Catherine de Médicis : « 11 est de cestp court comme d'un camp plein d'effroy, qui se donne à « toutes heures des alarmes pour néant ; et de la moindre chose qui se « dict ou qui peut tomber en soubçon , soudain l'on croit qu'il soit « aiusy.... »

(') « .... Des prjntzen halben so ist es gantz slill, ails ob er lot war.... » [Quel/en, etc.,p 207.)

(( parmi les morts, au nombre desquels je crois qu'il ce peut être placé ('). » L'ambassadeur de Florence mande, de son côté, à Côme de Médicis : « Le prince a dEspagne est tellement oublié de chacun qu'il paraît u véritablement qu'il n'ait jamais été au monde (-\ » Ces témoignages sont corroborés par ceux du nonce et du président Tisnacq (').

Les envoyés de Gênes et de Venise curent ordre de présenter au roi les compliments de condoléance de leurs gouvernements. jNi l'un ni l'autre n'ignoraient combien cette commission ét^it délicate: aussi accompagnèrent-ils de peu de paroles les lettres qu'ils étaient chargés de déposer entre les mains du monarque ('). Contre son habitude d'accueillir gracieusement et avec un sourire aimable les communications

(') « Non si parla più de la cattura del principe, corne se fosse tra 11 difunti, fra i quali credo si possa connumerare. » (Lettre du 26 février.)

(») « Il principe di Spagna.... è talmente dimenticato da ognuno che pare veramente che non sia mai stato al mondo. » (Dépêche du 30 mars.)

(^) L'archevêque de Rossano écrit au cardinal Alessandrino, le 14 février : « Pare che nella corle non si parli più del principe, » et le 2 mars : «Qui in corte poco più si parla del princi|ie. >^ — Il y a deux lettres de Tisnacq à Viglius, en date du 21 avril; il dit dans la première : « De » nostre prince n'y a que bien grant silence...; » et dans la seconde : « Pour le présent, ne s'en parle plus icy en sorie que soit. «

(*) tt .... Le quali letlere, et con brevi parole, sapendo che è pratira délia quale parla mollo mal volentieri.... » (Lettre de Marcantonio Sauli au dogede Gènes, du 30 avril 4568.) — << .... Quaiidopoi io présentai la lettera, giudicai bene di accompagnarla con poche parole, sapendo clie il re si comove et allrista assai quando li vien pnrlalo longamente in ta! propo.-^ito.... » (Lettre de Sigismondo Cavalli au doge de Venise, de la même date.)

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