‹ Don Carlos et Philippe II (volume 3)Chapitre 18 sur 28 · PREMIÈRE LETTRE A CHARLES IX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE A CHARLES IX

21 juillet 1568.

Sire, le prince d'Espaigne a porté sa patience le plus qu'il a peu : mais voyant qu'en sa captivité n'y a nulle fin, s'est opiniastré de ne vouloir point manger, et y a huit jours qu'il n'a mangé que quelques prunes, et dessert-on la viande toute entière de devant luy : de sorte qu'il est si au bas qu'on le nourrit maintenant de confections, nomméement d'une qu'ils appellent alkiermes ('), et ce matin l'ont fait confesser,

(') Al kermès, liqueur de table, fort estimée et très -agréable. (Btsi -uni elle )

doubtant qu'il meure de fdiblesse, car autre mal n r a-il ny point de fiebvre. Le roy son père en est bien marry : car, s'il mouroit, le monde en parleroit diversement; et, s'il vivra, j'entends qu'on luy répare, ainsi que j'ay desjà escrit, le chasteau d'Arevalos, pour L'y loger au large et en sûreté.

DEUXIÈME LETTRE A CHARLES IX- 26 juillet 1568.

Sire, ne pouvant avoir les lettres de la royne vostre sœur, ni chevaulr pour faire partir ma dépesche, j'ay attendu quel succès auroit la maladie du prince devant que de cacheter ceste lettre ; et, comme j'escrips à la royne plus au long, il trespassa hier de matin à'une heure après minuit, ayant fait une fin de fort bon chrestien catholique : ce que ces Espaignols louent infiniment. Je luy ay vu le visage, quand on dépositoit son corps aux religieuses de Saint-Domingue le Real, lequel n'estoit aucunement deffait de la maladie, sinon qu'il estoit un peu jaune ; mais j'entends qu'il n'avoit que les ossements par le surplus du corps. On a opinion que ceste mort a tiré le roy catholique hors de plusieurs soucis, et pourra sortir de son royaume à sa volunté, sans danger d'y survenir sédition en son absence ; il ne se parle toutefois un seul mot de voyager. Don Jehaa d'Austrice a esté mandé venir

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