CHAPITRE IX
le même système que l'empereur son père. Charles- Quint avait toujours eu un ministre chargé de la principale direction de ses affaires : il ne voulut avoir que des conseillers qui lui donnassent leur avis lorsqu'il lui plairait de les consulter , et sur les choses dont il jugerait à propos qu'ils prissent connaissance, se réservant de dicter lui-même ses déterminations à ses secrétaires, avec lesquels il travaillait directement. Deux de ces conseillers toutefois, le prince d'Eboli et le duc d'Albe, jouirent, au début et dans les quinze premières années de son règne, d'une influence considérable auprès de lui. J'ai parlé plus haut du prince d'Eboli ('). Le duc d'Albe avait été beaucoup employé par l'empereur; il avait une expérience consommée des affaires militaires et politiques ('); c'était « un grand personnage, » selon le mot du cardinal de Granvelle 0- Ruy Gomez et Fernando Alvarez de Tolède prétendaient tous deux à la prépondérance dans le conseil : l'opinion de l'un était assez ordinairement opposée au sentiment de l'autre Q. Philippe, comme j'en ai fait l'observation ailleurs, ne voyait pas avec déplaisir cette rivalité de ses ministres ; il y trouvait, au contraire, l'avantage de les tenir plus sûrement
{') Pag. -156-1 38.
(^) a 11 duca d'Alva, grave d'età, cognizione ed esperienza, avanza di gran lunga tulli gli altri di reputazione e di consiglio. » (Relation de Paolo Tiepolo, déjà citée, p. 68.)
(') Lettres de GMOvelIe au prieur de Bellefontaine, t. I, p. 318, à la bibliothèque de Besançon.
(*) Relation de Micbele Suriano, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, p. 130, et d'Antonio Tiepolo, ibid., p. 1.50.
dans sa sujétion, d'être moins accessible à des surprises . de connaître mieux la vérité sur les choses dont il lui importait d'être éclairci ('). Dans les matières d'Etat , de guerre et de gouvernement, il déférait surtout aux avis du duc d'Albe ; dans les concessions de grâces et la distribution des honneurs, il s'en remettait volontiers à ce que lui proposait le prince d'Eboli (').
Peu après le retour du roi en Espagne, le duc d'Albe réussit un instant à écarter Ruy Gomez du maniement des affaires d'État; déjà il se flattait que son crédit serait désormais sans partage. C'était se méprendre étrangement sur le caractère du maître. Un jour que le roi était enfermé avec le secrétaire ErassoQ, le duc se présenta à la porte de sa chambre. Il en avait une clef comme grand majordome, mais il essaya en vain de s'en servir, le roi ayant mis la sienne en la serrure, pour empêcher qu'on n'entrât.
\^) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, f . I,
p. LIX.
{^) « Siccome nelle cose di guerra e celle risoluzioni importanli di cose di Stato, deferisce sempre piùil consiglio, e il remedesirao, alduca d'Alva, perche ha più esperienza che Ruy Gomez, cosî in contrario nelle cose di grazia, di danari, di mercedi, di pagam'enti e simili, per l'affezione del re, ha Ruy Gomez sempre il meglio. » (Relation d'Antonio Tiepolo, de 4567, dans les Relazioni degli ambasciatori veneti, série I, t. V, p. 147.)
(') Francisco de Erasso était conseiller au conseil des finances, secrétaire des conseils des Indes et des ordres, et, depuis que Juan Vazquez s'était retiré, il remplissait aussi la charge de secrétaire d'État pour les affaires de Castilie. (Voy. les Relazioni dcgli amhascialori vcneti, série I, t. V, p. 65.) — Erasso était fort en faveur auprès du roi à cette époque, mais depuis il fut disgracié.