CHAPITRE IX
Il frappa: Erasso vint savoir qui c'était, mais n'ouvrit point. Le duc fut obligé d'attendre plus d'une heure dans l'antichambre, confondu avec les officiers inférieurs du palais. Il en fut si mortifié quil prétexta des affaires de famille pour se retirer pendant quelque temps dans ses terres (').
A l'époque où nous sommes parvenu, Philippe II avait tout récemment appelé à faire partie de son conseil un personnage qui bientôt y acquit la principale autorité : je veux parler de don Diego dEspinosa, que, de simple conseiller au conseil de Castille, il fit gouverneur ou président de ce tribunal, le plus élevé de tous ses royaumes, en remplacement de Juan Rodriguez de Figueroa, mort le 2o mars 15'6o (-). L'impartialité et la loyauté clEspinosa, la promptitude et l'habileté avec lesquelles il expédiait les affaires, le discernement et la droiture qu'il apportait dans le choix des candidats pour les offices ecclésiastiques et civils dont la présentation était un des attributs de sa charge, son détachement de toute espèce de passions et d'intérêts en dehors du service public, plurent lellemint au roi Q, qu'il accumula sur la tète de ce
(') Ces curieuses particularités sont consignées dans un mémoire que l'évêque de Limoges, Sebastien de l'Aubespine, envoja au cardinal de Lorraine, le 26 septembre 1360. (Voy. Négocialions, etc., relatives, au règne de François 11, pp. 558-562.)
(*) Davii-a, Teatro de las grandezas de Madrid, p. 363- (") « Il re era cosi fastidito e stanco délie parzialità del suo consiglio, che quando ha trovato uno libero da queste passioni e di buona iutenzione, gli ha poste tutto il governo neile mani. E veramente il cardinale è schietto e libero servitor del suo principe, senza dipendenze e senza parentado di signori, il che è stimaio molto dal re, ne fino a qui mostra
248 DON CARLOS ET PHILIPPl" IF.
ministre les dignités et les honneurs : il le fit inquisiteur général, lorsque Tarchevêque de Séville, Fernando de Yaldès, lui témoigna le désir, motivé sur son grand âge, de résigner ces difficiles et importantes fonctions ('); il sollicita et obtint pour lui, de Pie V, le chapeau de cardinal f); il le gratifia de l'évéché de Sigiienza, l'un des plus riches d'Espagne ("), et tout cela en moins de trois années. Il n'y eut pas un second exemple, sous ce règne, d'une élévation aussi éclatante et aussi rapide Q.
di stimar molto l'intéresse suo particolare, ne di lasciar majorasco molto ricco in casa sua. Si affatica e travaglia grandemente, ed ha assai buon giudicio, ma non è molto pratico de' negozjdi Stato, essendo poco tempo che li traita; tuttavia per giornala si va accomodando. « (Melation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 180.) — « Parlando di questi (le cardinal d'Espinosa, le duc d'Albe et Piuy Gomez), dico esser nel cardinale molta diligenza e molto pensiero aile cose del suo re; è uomo di gran fatica, e perô il re sopra di lui scarica quasi tutti i negozj, conQdando dover aver da questa persona, non molto nobile, più sincera relazione e più sincero parère chedagl" altri due.... » (Relation d'Antonio Tiepolo, de 4572, Relazioni, etc., série I, t. V, p. 218.)
(') Au mois de novembre 4566.
(^) Au commencement de 1568. Dans une lettre du 17 avril de cette année au cardinal Alessandrino, l'archevêque de Rossano, nonce de Pie V à Madrid, lui fait part de la gratitude du président d'Espinosa pour sa promotion à la dignité de cardinal, et du plaisir que le roi aussi en éprouve.
(*) L'archevêque de Rossano mandait au cardinal Alessandrino, le I*"- mai 1568, que le roi avait nommé le cardinal d'Espinosa évéque de Sigiienza, avec réserve d'une pension de 3,000 ducats pour lui, cardinal Alessandrino : ce qui n'empêcherait pas qu'il nerestât encore à Espinosa 100 écus à dépenser par jour.
(*) Dtjà le 26 janvier 1567, le garde des sceaux Tisnacq écrivait au président Viglius : « Et se dict vukairement qu'il (Espiijosa) a heu, " contre Texpectation commune , beaucoup de bonheur en peu de " temps. » Le 25 mai 15G8, c'était bien autre chose: « Le président, « naguère cardinal, lui mandait-il, est évesque de Siguenza, et s'entent