‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 115 sur 146 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Un aulre personnage qui avait aussi beaucoup d'intluence était l'évêque de Cuenca, confesseur du roi. Fray Bernardo, qui avait pris le nom de Fresneda, du lieu de sa naissance (il était de si basse extraction qu'on ne connaissait aucun de ses parents), appartenait à l'ordre de Saint-François. 11 élait devenu le confesseur de Philippe II, par la protection de Ruy Gomez, alors que le fils de Charles-Quint n'était encore que prince des Asturics. Son ambition n'avait pas de bornes. Bien différent en cela de Ruy Gomcz, qui jamais ne se targuait de la faveur du roi, et qui évitait jusqu'aux occasions de se montrer en public ('j, il aimait à faire parade de son crédit ; il était heureux de voir que chacun lui rendit honneur. Comme il avait le privilège d'entrer dans tous les conseils ("), il n'y avait pas de choses dont il ne cherchât à s'entremellre. Il avait de l'isprit et discourait bien de la plupart des matières, mais il était peu versé dans les

« que le pape le dispense pour demeurer icy eu court à ses charges ;

« ET E.\ AIRA PROr. "

(') » lîuy Gomez.... ne' suoi ragionamenli non si vanta mai délia grazia ch'egii abbia coi re. Du! Juoglii pubblici sta lonlano più che lutti gli altri, ne si vede ch' egli cherchi di lasciarsi veder al volgo, per godere di quello che sogliono goder volenlieri gli uomini vani.... » (Relalion d'Anlonio Tiepoio, de 1.572, déjà citée, p. 219.)

(*) C'était surtout pour la décharge de sa conscience, que Philippe II avait donné à sou confesseur l'entrée dans tous les conseils : « Questa « sua devozioneè una délie principali cause che gli ha fatto porre il « reverendissimo vescovo di Cuenca suo confessore in tutti i consigli, « e volerlo présente in tutte li deliberazioni per discarico délia sua « coscienza, parendogli che essendo quello présente, e dicendo lui la « opinione sua in tutti i negozi, lei non debba restar caricata di alcuna " operazione. " (Relation de Giovanni Sorauzo, déjà citée, p. 112.)

affaires d État. Le roi faisait grand eas de lui, et le consultait très souvent ('). A la dignité épiscopale et à la eharge éminente de confesseur il réunissait les fonctions de commissaire de la cruzada (") • en Tabsence de l'archevêque Valdès, il le suppléait comme inquisiteur général, et il remplissait roffice de grand chapelain, quand larchevèque de Saint -Jacques n'était pas à la cour (^).

Après les ministres qui viennent d'être nommés, le comte de Fcria, le prieur don Antonio de Tolède, beau-frère du duc d'Albe, et don Juan Manrique étaient ceux auxquels le roi accordait le plus de confiance.

(') « .... Il confessore cJel re,.... quanto si po-sa imm:i:;iiiar ambizioso, onde facilmente ahbracia quanti negozi gli vengono proposti, e s'inlronielte in moite cose, desiderando cbe si conosca quanto vaglia e possa ... (Relation de Paoio Tiepolo, déjà citée, p. 08.) — « Il vescovo di Cnenca, confessore di S. M., frate dell' ordine di S. Francesco, nominale fra Bernardo di Fresneda. nato in detlo luogo di Castiglia cosi bassamenle cbe non vieil nominato alcuii suo parente, è asceso iu tanta grandezza con la sua buona fortuna e con l'ajuto e favore di Ruy Gomez, il quale lo fece accellare da S. M. per confessore menlre era principe. É ambiziosissimo, s'intromette i;i tutti i negozi, entra in tutti i consigii, ed hu molto piacere d'esser fatto capo in tutte le cose e d'esser molto onorato da tutti.... Ha nome di saper poco, e particolarmeute dei maneggi di Stalo.... 11 re io stima molto, comunicando con lui tutle le cose. e spesse volte lo vuole in caméra solo, e con lui sta lungamente. L"autorità e grandezza sua ogni giorno va crescendo. . » (Relation de Giovanni Soranzo, déjà citée, p. 90 ) — « .... Il vescovo di Cuenca, confes.sore di S. M., cbe entra nei consigii : persona d'ingeguo vivo, e cbe intende e discorre bene délie materie. Ha servilo assai, e perle sue mani passano moltissime faccende.... » (Relation de Sigismondo Cavalli déjà citée, p. 181.)

(*) Nous donnerons, dans le cliap. X!, quelques détails sur ce subside dont les rois d'Espagne jouissaient en vertu de bulles des papes.

('] Relation de Giovanni Soranzo.

CHAPITHE IX.

Sur les matières de droit publie el les questions litigieuses, il prenait habituellement l'avis du docteur Martin de Velasco ('), des conseils de Castille, de la cdmara et des iinances, qu'Anlonio Ferez appelle « une grave personne de ce temps-là (-). »

Il ne présidait que très-rarement son conseil ; il en expliqua la raison à Antonio Ferez, un jour qu'il discourait familièrement avec lui : « Vous saurez, « Antonio Ferez, lui dit-il, que l'empereur, mon « seigneur, me donna sur ce point un avis tout à « fait en particulier : il me dit qu'un roi ne devait « pas tenir en sa présence les conseils d'Etat, mais c( bien ceux de guerre, lorsqu'il était en campagne, « parce que. dans les dangers de la guerre, la prête sence du prince calme et modère, excite et anime « les plus et les moins courageux. Dans les conseils « d'État il en est tout autrement. Si le prince y « assiste, les conseillers ne découvrent pas autant (( leurs intentions et leurs fins : chose de grande <c importance pour le succès des résolutions que prenc( nent les princes. Mais cela s'entend en ce sens, que « le prince a un serviteur fidèle et dévoué, qui lui (^ rapporte tout ce qui se passe Ç). » Et ce " serviteur

(') « .... Si serve anco spessissimo il re dei consigli deldottor Velasco, massime quando occorre trattar in jure e far scritture d'importanza iii cose ardue, per esser grandissimo valentuomo e gran jurista.... « (Relation de Sigismondo Cavalii, déjà citée, p. IS'ï.)

(*) « Grave persona de nuestros tiempos.... » {Obras y relaciones, p. 71, édition de 1631.)

p) Antomo Ferez, Obras y relaciones, p. 449.

Tout le monde n'eu jugeait pas à cet égard comme Philippe II. L'am-

« fidèle et dévoué, » Philippe l'avait alors dans la personne d'Antonio Perez lui-même ; il l'avait également en Gabriel de Zayas, son autre secrétaire dEtat, comme il l'avait eu, avant eux, en Gonzalo Perez, père d'Antonio.

Il exigeait, d'ailleurs, de ses secrétaires une abnégation égale à leur dévouement. Ils ne pouvaient penser que par lui et pour lui. Les lettres particulières qui leur étaient écrites, ou qu'ils écrivaient, devaient être mises sous ses yeux, aussi bien que les dépêches officielles.

Il voulait surtout que ceux que leur charge rendait dépositaires des secrets de l'Etat, eussent une conduite et des mœurs qui fussent des garants de leur discrétion : par ce motif, à la mort de Gonzalo Perez ('), il hésita à donner sa place à son fils, malgré la bonne opinion qu'il avait de ses talents et les recommandations instantes du prince d'Eboli: sa répugnance se fondait sur ce qu'Antonio était jeune encore, répandu dans le monde et dissipé Q. Aussi ne connaissait-on pas de cour, en Europe, où il fût plus difficile de pénétrer les mystères de la politique qu'à celle de

bassadeur vénitien Lorenzo Priuli, dans la relation qu'il lut au sénat, le 28 juin 1376, signale avec détail les inconvénients graves qui résultaient, pour la bonne expédition des affaires, de la règle que s'était faite ce monarque, de ne point assister aux assemblées de son conseil. Voy. llelazioni degli ambasciatori veneti, série I, t. V, p. 253.

(') Au mois d'avril loGG.

{*) « No le diô, luego que vacô, el oficio â Antonio Perez, por ser moço derramado, i querria el rey gran virtud i recogimiento en los ministres i oficiales participantes â sus secretos. » (Cabreea, liv. VII, chap. VU, p. 413.)

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