‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 119 sur 146 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

prince se révoltait conlre ces observations, qui étaient chaque fois une cause de nouvelle aigreur entre eux (').

De son côté, don Carlos avait des griefs contre le roi : il se rappelait que son père, à Tâge de seize ans, avait été investi par l'empereur du gouvernement des royaumes d'Espagne; il en comptait dix-neuf, et il n'avait aucun Etat à régir, aucune charge qui lui donnât quelque pouvoir. Il manifestait, en toute rencontre, l'humeur qu'il en ressentait Q. Il attachait une médiocre valeur à la grâce que le roi lui avait

(') Saint-Sulpice, ambassadeur de France à Madrid, ayant félicité le roi de la convalescence de son fils, Philippe le remercia, disant « qu'à « présent le prince estoit assez bien giiéry de sa fiebvre ; adjoustant, u avecque un soubzrire, qu'il espéroit qu'avec l'advertissement qu'il luy « faisait assez souvent de ne faire plus tant de désordres contre sa « santé, et avec les inconvéniens de maladye où il retomboit à tout » coup, il se rendroit, possible, plus saige et plus chastyé pour l'adve- « nir. n (Lettre de Saint-Sulpice à Charles IX, du 9 septembre 1 563.) — «.... Era stato alcuna volfa il padre costrettoa garrirlo, econ acerbe reprensioni a mostrargli che a re ea prencipe, come gli era, non conveiiivano ne vita ne costumi cosi fatli : di che quel giovane si era fierameute sdegnato.... « (Adkiam, Isloria de' siioi teinpi, t. V, p. 135, édit. de 1823.)

Herrera parle dans le même sens : « Su padre procurava niostrarle « que à rey ni principe como él era, convenia tal maaera de procéder : « de que recibia el principe gran pesadumbre. » [Historia yeneral del mundo, t. I, liv. X. chap. Il, p. 291, édit. de 1601.)

(*) Fourquevaulx écrivait à Catherine de Médicis, le 21 novembre -1365: o L'on s'apperçoit qu'il s'ennuye de n'avoir desjà quelques grands Estatz « en son pouvoir, pour y commander. »

Dietrichslein mandait à l'empereur, le 2 janvier 1566 : Le principal « sujet de plainte que le prince a contre son père, c'est que, malgré << son âge, il n'a ni commandement ni pouvoir, mais est traité comme « un niinor annis. ^ (Kocu, Qucllen zur Gesclvchlc des kaisers Maximilian II, p. io\.)

faite de l'appeler à siéger au eonseil d'État , et ce n était pas sans raison : car les grandes questions politiques, les affaires majeures de la monarchie étaient rarement soumises aux délibérations de ce conseil ; le roi les traitait en particulier avec ceux de ses ministres qui étaient le plus avant dans sa confiance.

Don Carlos avait été destiné, dès son enfance, au gouvernement des Pays-Bas. La fièvre continue dont il fut atteint, sa chute à Alcala, les maladies qu'il eut depuis , n'avaient pas permis , pendant plusieurs années, qu'il quittât l'Espagne : il était le premier à le reconnaître. Mais ces obstacles n'existaient plus ; sa santé était rétablie ; il pouvait aisément supporter les fatigues du ^oyage : pourquoi donc son père ne réalisait-il pas une intention qui était de notoriété publique en Europe (') ? Il s'en offensait et s'en plaignait avec amertume.

Il était mécontent aussi de ce que le roi différait de le faire recevoir, comme héritier présomptif de la couronne, par les cortès d'Aragon, de Catalogne et de Valence. Enfin il lui en voulait du retard qu'il apportait dans la conclusion de son mariage avec rarchiduchesse Anne ('). On a vu qu'il s'était pris

(') Fourquevaulx nous en donne la raison dans une de ses lettres à Catherine de Médicis (elle est datée du "21 novembre 1565) : 4- Bien « des personnes, dit-il, doutent que le roi veuille quitter l'Espagne;... « et moins permettra-t-il que le prince en sorte sans luy : car c'est un « jeune personnage sujet à sa teste, et facilement fairoit-il telles choses « entre les Italiens et les Flamans, dont lun et l'autre se repenti- « roient.... »

(2) Voy les lettres du baron de Dietrichslcin à Maximilien II, du

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