CHAPITRE IX
d'une sorte de passion pour sa cousine, et sans doute l'idée qu'en le mariant avec la fille aînée de l'empereur, son père ne pourrait se dispenser de lui faire la cession ou du moins de le mettre à la tête de quelqu'un de ses États, n'était pas étrangère à ce sentiment. Aussi , lorsque Chantonay était parti pour Vienne, il lui avait recommandé de lui donner souvent des nouvelles de la famille impériale, mais surtout de la princesse qu'il regardait comme sa fiancée ('). Afin de montrer encore plus combein il était porté pour ce mariage, il se mit à étudier la langue allemande (-).
On ne s'étonnera pas que, dans les dispositions où il était, don Carlos blâmât tout ce que faisait le roi 0 ; mais si l'on en croit Brantôme, il poussait plus
22 octobre 1565 et du2 jauvier <566, dans Koch, Quellen, etc., pp. 149 et 151.
(') Chantonay se garda bien de satisfaire à ce désir, et surtout de l'informer des instances que l'empereur et l'impératrice faisaient pour la conclusion du mariage. (Voy. sa lettre du 31 mars 1565 à Gonzalo Ferez, dans la Coleccion de dociimentos inédilos jmra la historia de Espana, t. XXVII, p. 329.)
(*) Son professeur s'appelait Louis Morisot. On lit. dans les comptes de la maison de don Cai los :
« .... Mas 3.3,600 maravedi's que, por libranza de Rui Gomez fecha en Madrid, â ùltimo de junio de 1308, pagô â Luis Morisot, que ensefiaba â S. A. la lengua alemana, por sus gajes desde 1» de julio de 1566, que comenzô â servir, hasta ùltimo de junio de dicho ano de 1568, â razon de cien maravedis al dia.... » (Archives de Simancas, Contadurias générales, leg. 1034)
(') « 11 resprouve et mesprise communément toutes les actions du roy son père, « écrivait, le 3 novembre 1363, à Catherine de Médicis le seigneur de Fourquevaulx, ambassadeur de France à Madrid.
Dietrichstein mande aussi a l'empereur, le 24 jauvier 1366, que le
loin encore l'oubli du respect quil devait à son père : (( Il fit fère — dit cet écrivain — un livre de papier « tout en blanc, et. par mocquerie. fit mettre en la « subscription et au commencement dudit livre : (f Los ijrandes viages del rey don Felipe^ et au c( dedans y avoit : El viacje de Madrid al Pardo, del t( Pardo al Escurial, del Escurial à Aramjes, de « Jranges à Tolledo, de Tolledo à Falledolit, de a Falledolit à Burgos^ de Burgos à Madrid, y del (( Pardo à Jranges, de Ar anges al Escurial, del c( Escurial a Madrid, etc. ; et ainsi, de feuillet en « feuillet, en emplit le livre par telles inscriptions « et escriptures ridicules, se mocquanl ainsy du roy « son père et de ses voyages et pourmenades qu'il « faisoit en ses maisons de plaisance. Ce que le roy « sceut, et en vit le livre, et dont il en fut fort aigry « contre luy ('). »
Le mécontentement que don Carlos avait du roi prenait, de jour en jour, le caractère dune véritable aversion: il s'étendait aux ministres et aux serviteurs de son père, à ceux surtout qu'il honorait particulièrement de sa faveur. On rapporte que . rencontrant au palais le président du conseil de Castille, don Diego d'Espinosa, qui avait mis obstacle à ce qu'un comédien, nommé Cisneros. donnât une représentation devant lui, il le saisit par le pan de sa robe, et, mettant la main à son poignard, lui
prince, dans la liberté de ses discours, nepargne pas le roi (Koch, Quellen, etc., p. iol.)
(') Œuvres comjilètes de Brantôme, etc. Paris, 1822, f . I, p. 321 .