CHAPITRE X
prévu qu'elle prît de telles résolutions ('). Dans sa lettre au roi, il lui représentait que les ordres qu'il venait de donner étaient « choses de difficile exécu- « tion », et lui exprimait la crainte que, par une telle rigueur non usitée aux Pays-Bas, le service de Dieu et le sien ne fussent « grandement retardés » (").
La duchesse de Parme, à la réception des lettres du 17 et du 20 octobre, avait prévu que les résolutions du roi auraient les conséquences les plus désastreuses; elle n'avait pas craint de lui répondre qu'en les prenant il avait écouté de mauvais conseils (^}. Ses prévisions lardèrent peu à se réaliser. Le 14 janvier 1566, les quatre chefs-villes de Brabant(') présentèrent au tribunal souverain de cette province une remontrance contre les ordres qui leur avaient été notifiés, et particulièrement contre l'exercice de l'inquisition (^). Des avis parvinrent dans le même temps à Bruxelles, de difl'érents côtés, qu'à l'exemple de ce qui s'était fait en France quelques années auparavant
C) « Il conîe di Eghemont mi disse apparte, et poi nel consiglio, che non risponderebbe ailrimente a me sopra le cose sudette, affermando di haver già scrilto la oppinione sua a V. M., et che se la si fusse trovata qui présente, gli harebbe rimesso in mano li suoi governi, come harebbe parimente fatlo, quando egli fu in Spagiia, se havesse peusato che V, M. havesse presse questa ultima risolulione. » (Lettre de la duchesse au roi, du 26 février 1566.)
n Lettre autographe datée du jour de Noël 1565, à Arras. (Arch. de Simancas, Eslado, leg. 530.)
(') " .... Fer il che pare che V. M. sia stata mal cousigliata in pigliar hora questa risolulione.... » (Lettre du 9 janvier 1566.)
{'*) Louvain, Bruxelles, .\nvers et Bois-le-Duc.
'(') Corresijoinlanc 'le l'hilipi>c 11, etc., t. II, p. o3i.
pour la conservation de la liberté de conscience ('), il se formait, parmi la noblesse, une confédération dans le but de parvenir à l'abolition de l'inquisition et à un changement radical des placards (-). On rapportait que les confédérés s'étaient ménagé des intelligences en France, en Angleterre et en Allemagne: qu'ils projetaient de lever, tant dans l'intérieur que hors du pays, quarante à cinquante mille hommes: que déjà les chefs de ces troupes étaient désignés 0. Sur la fin de février, Berghes. Hornes, jMontigny, se réunirent à Breda, chez le prince d'Orange, avec le comte de Schwarzbourg, beau-frère du prince, le marquis de Bade et les colonels allemands Yan Holl et Westerholt qui s'étaient fait un renom dans les guerres passées; les principaux chefs de la confédération y étaient présents aussi. En se séparant, les mêmes personnages se donnèrent rendez- vous, à quelques jours de là, au château dlloogstraeten. Dans l'intervalle des deux réunions, Orange. Hornes, Montigny, accompagnés des comtes d'Hoogstraeten et de Culembourg et du seigneur de Brederode, allèrent trouver le duc de Clèves (^). Ces iillées et venues, ces conférences des principaux seigneurs du pays, firent naître partout une agitation extraordinaire.
!') En 1562. Voy. les Mémoires de Coodé, dans la Nouvelle collection fies Mémoires pour servir à l'histoire de France, l. VI, p. 45.
(^) Curresjioiulance de Philippe 11, elc, t. I, p. 396.
{') Instruclion donnée au marquis de Beighes et au baron de Montigny, !e29 mai 1566.
(*J Lettre de fray Lorenzo de Viilavicencio au roi, du 20 mars 1566. [Arch. de Simantas, Estado, leg. 5'29.)