CHAPITRE II
Iciilés de suivre l'evemplc de ces andaciciix iiova- Iciirs, el il l'iil décidé qu'un aulo-da-fé général, auquel assisleraient dona Juana, don Carlos et toute la cour, serait célébré, le dimanche 21 mai, sur la jjlaza maijor de Valladolid (').
(') D;iDs son Historia de los protestantes espanoles, M. de Castro a donné des détails intéressants sur la manière dont se célébraient les auto-da-fé, et sur les cérémonies par lesquelles l'inquisition y préludait. Ces détails sont assez iieu connus, pour que nous croyions devoir les consigner ici.
« La publication de l'auto-da-fé se faisait par l'alguazil mayorci par un secrétaire du saint-office, lesquels sortaient du palais de l'inquisition a cheval, accompagnés de plusieurs familiers et d'auires ministres, ainsi que de la plupart des gentilshommes de la ville. Arrivés avec eux à la porte de l'ayuntamiento, ils y donnaient la première lerture du ba)i'lo portant que, pour la gloire de Dieu et l'exaltation de la sainte foi catholique, il serait célébré un acte général tel jour et à telle heure; puis, suivis de tambours, trompettes et bautbois, ils allaient répéter cette lecture dans les principales rues et carrefours.
« On construisait dans le même temps, sur la grand'place, un écbafaud au centre duquel était dressé un autel avec une croix verte, et deux chaires, une de chaque côté de l'autel, pour les secrétaires chargés de lire les sentences des condamnés. On élevait aussi deux estrades, pour les chapitres ecclésiastique etséculier, avec une galerie circulaire en bas, où les hallebardiers, comme formant la garde du tribunal, devaient se tenir. Enfin on construisait un échafaud, appelé média naranja (coupole), pour les condamnés.
« La veille de l'auto-da-fé, un secrétaire et d'autres ministres de l'inquisition, précédés des cricurs publics, parcouraient les lieux les plus fréquentés de la ville, et y publiaient un bando contenant la défense : l» de porter des armes offensives ou défensives, depuis ce moment jusqu'au lendemain après l'exécution des sentences, sous peine de confiscation desdites armes et d'excommunication majeure; 2" d'aller, le lendemain, à partir de deux heures de l'après-midi, en voiture, à cheval ou en chaise, dans les rues où devait passer la procession, et sur la grand'place.
« Le même jour, la procession de la rroix verte soi lait du saint-ofFicp, accompagnée de toutes les communautés de religieux qu'il y avait on la
DON CAULOS ET nULlPrii II.
Dans colle horrihh; cérômoiiic. qui durad('|)Liis sept heures (lu malin jusqu'à sept de l'après-midi . deux.
ville el aux environs, des rommi.-^.'^aire.'^, écrivains et familiers du district, a la suite desquels marchaient les consulleurs, les qualificateurs et les autres ofTiciers du tribunal, avec les secfftaires. l'algnazil mayor et le fiscal, tous portant de grands cierges blancs allumés. La croix verte marchait entre les oflîciers. enveloppée d'un voile noir, sous un dais. Des musiciens chaulaient l'hymne Vcxilla rajls pwileunt, etc. En cet ordre, la procession se rendait à la grand'place, où était consiruit l'échafaud; la croix verte était placée sur l'autel, pour y demeurer toute la nuit, entourée de douze torches blanches allumée-^, sous la garde de moines de l'ordre de Saint-Dominique et des liallebardiers.
« Le jour de i'auto-da-fé, aux premières lueurs de l'aube, tous ceux qui devaient y être sentenciés étaient réunis dans la chapelle de l'inquisition. A la même lieure se formait la procession pour les conduire à l'échafaud. En tète était portée la croix de la principale église, couverte d'un \ oile, et accompagnée des curés des paroisses et de nombre d'autres ecclésiastiques. Puis venaient les condamnés, avec les etrigios de ceux f]ui étaient morts ou qu'on n'avait [)ii prendre, et les os des défunts. I.a compagnie des halleharihers rep^irlie en deux Oies les escortait; ils étaient rangés selon la gravité de leurs délits, les moins coupables précédant ceux qui l'étaient davantage. Tous étaient atliiblés du sanbenilo; ils avaient, de plus, une mitre de carton sur la tète, une corde de geuèt au cou, et une torche de cire veite a la main : des familiers de l'inquisition in.nciiaient à leurs cotés. Celte pro( es-^ion était fermée pai- l'alguazil niaijor de l'inquisition, et par quantité do gentilshommes qui tenaient;! honneur d'être familiers de ce très-compati.ssant [piadosisiniu) tribunal.
.. l'eu après, le trd)unal lui-même sortait de la maison du saiutiidice, acronq)agné dos deux chapitres, ecclésiastique et séculier, et de ijuclques familiers portant la verge haute, tous à cheval. A leur ariivée sur la grand'place, ils mettaient pied a terre, et allaient occuper les sièges qui leur étaient destinés. A l'extrémité de l'échafaud, il y avait vme estrade de huit marches, couverte d'un grand tapis, sur la(pielle étaient disposés trois lauteuils de velours cramoisi, a[)pU5ésà un dais de l:i niéinc uiatière, où l'on voyait les armes royales avec les insignes de l'iiiqmsilion. Les iniiuisiteurs s'asseyaient dans ces fiois fauteuils : le liscal de l'incpnsitlon, ayant devant lui l'étendard du saint office déployé sur un piédestal, occupait un siège à leur dioite.
» Lorsque tout le monde clail assis, un prêtre montait dans la chaire
CIIAPITIÎE II. 45
jx'isoiinos. Francisco de Vihcro Cnzalla. ficrc du docfcur de ce. nom, curé de Uormigos en l'évcclié de l*alencia. et le bachelier Antonio Herreznelo. avocat à Toro. furent biùlées vives. Aguslino Cazalla. ayant abjuré ses opinions, mourut par le garrote ('): son cadavre seul fut livré aux flammes. II en fui de même d'Alonso Ferez, i)rètre de Palencia, docteur en théoloc;ie, de don Crisioval de Ocampo, de Zamora, aumônier du jirand prieur de Castille cl Léon, de Crisioval de Padilla, de Juan Garcia, orfèvre à Valjadolid, du licencié Peroz de llerrera, de Gonzalo Baez, portugais, et de cinq femmes parmi lesquelles étaient doua Beairiz Vibero Cazalla, sœur de Francisco cl d'Agustino, etdoîïa Catalina de Ortega, veuve du commandeur Loaysa. On plaça, en outre, sur le biicber, le cadavre et rclTigie d'une sixième femme, doua Lconor de Vibero, mère des Cazalla, morte
I)liicéc au côté droit de l'autel, pour adressera l'assistance un sermon dit (le foi. Ce sermon terminé, un des secrétaires de l'inquisition, ou. selon les circonstances, un personnage plus considérable, lisait à genoux la protestation de foi, que tous répétaient. Ensuite les autres secrétaires, que secondaient parfois quelques-uns des ecclésiastiques présents, donnaient lecture des sentences des condamnes.
« Les sentences lues, les inquisiteurs livraient ceux qui devaient périr par le feu à la justice royale. Pendant que ceux qui avaient témoigné leur repentir avant l'aulo-da-fé abjuraient leurs erreurs, les impénitents étaient conduits, sur des juments, au quemadero (lieu du bûcher, ordinairement choisi hors de la ville, sous la garde d'algiiazils et d'autres ministres de justice. Des moines les entouraient, pour les exhorter à se convertir. Ceux qui, avant d'être livrés aux flammes, se confessaient, souffraient le supplice du rjarrole, et leurs cadavres seuls étaient brijlés. » [Hlstoria de los prolcslanlcs espanoles, pp. 157-160.)
(') Collier de fer, au moyen duquel on étranglait les criminels. Cet instrument de supplice est encore aujourd'hui usité en Espagne.
(lo[mis plusieurs années, et qui fut oxluinice du uionaslère de Saint-Bonoit le Royal. Seize autres condaninés furent admis à la réconciliation, cest- ;'i-dire notés d infamie, privés de leurs litres et de leurs biens, et ramenés, couverts de Tignominieuv !<(inhenito Ç). à la prison, où ils devaient pour la jdupart demeurer enfermés le reste de leurs jours : on comptait, dans ce nombre, don Pedro Sarmiento de Rojas, don Luis de Rojas, doîïa Mencia de Figueroa. doîia Ana Henriquez de Rojas, dona Maria de Rojas, sœur de la marquise d'Aleanices et tille du j)remier marquis de Poza, don Juan de Ulloa Pcreira, commandeur de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, (lis et frère des seigneurs de la Mota, doîïa Costanza de Vibero Cazalla, sœur d'Agustino, don Juan de Vibero Cazalla, son frère, dona Juana Silva de Ribera. femme de ce dernier, dona Francisca Ziïnigade Baeza, i)éate de Yalladolid, etc.
Avant qu'il fût donné lecture des sentences de condamnation, et lorsque le célèbre Melchior Cano, évèque démissionnaire des Canaries , eut prêché le sermon sur la foi, don Francisco Baca, inquisiteur de Valladolid, s'avançant vers l'estrade quoccupait la cour, demanda au prince don Carlos et à la princesse doua Juana de jurer, non-seulement qu'ils soutiendraient et favoriseraient toujours le saint-olTice, mais encore qu'ils lui révéleraient tout ce qui serait dit et
(') CVlait un scapulaire de drap jaune. Il y en avait de plusieurs soi-les, selon les diverses classes des condamnés. (Voy. Llorente, Hist. de l'inquisition, etc., t. I, pp. 32G et suiv.)
CFIAPITRi: ir. 47
fait contre la religion eallioliqne. et donl ils neqnerraienf la eonnaissanee. Don Carlos et doïïa Jiiana satisfirent à celte étrange réquisition ('). LIorentc assure que, dès lors, don Carlos voua à linquisiliou une haine implacable; mais il n'adminisire aucune preuve à l'appui de celte assertion Q.
" (') Histoire de l'inquisition, etc.. t. II, pp. 250-234. — fJistonailc los protestantes espanoles, par Adolfo de Castro, pp IfiO-lTo. (^) Histoire de l'inquisition, etc., t. II, p. 234.
GHAriTRE IH.
Conséquences fiincslos, pour l'Espagne, de l'absence de ses souverains.
— Mc'ssnses pressants 'envoyés à Pliilip])e II , jifin de solliciter son retour. — Les désirs personnels de ce monarque sont d'accord avec le vœu de la nation ; mais la guerre avec la France ne lui permet pas (l'y avoir é^arJ. — Paix de Catean Camlirésis. — Organisation du gouvernement des Pays-Bas. — Philippe met à la voile de Fle.ssingue, etdélinrqne à Laredo. — 11 trouve son fils malade à Valladolid. — Il le revêt des in.-^ignes de la Toison d'or. — Nouvel auto-da-fé à Valladolid ; Philippe et don Carlos y assistent. — Paroles horribles adressées par Philippe à l'un des condamnés. — Départ de la cour pour Tolède.
— Assemblée des certes de Castille. — Arrivée d'Elisabeth de Valois à Guadalajara. — Philippe va l'y voir secrèlement. — Le cardinal de Burgos les marie. — Lnlrée de la reine a Tolède ; jiremière entrevue avec don Carlos. — Les cortès reconnaissent don Carlos pour héritier de la couronne de Castille. et lui prêtent serment.
Depuis que l'E!^j)a,a;no, par IVxlint'lion de sa dynastie nalionalo, élail passée à la maison (rAulrichc.^ elle sélail vue sonvenl privée de la présence de ses souverains. Cliarles-Quinl. durant un règne de qual'anle aînées , y avait résidé quinze ou seize ans à peine; il l'avait quittée, tantùl pour aller se faire investir de la dignité impériale, ou pour recevoir des mains du j)ape les insignes de celle dignilé. tantùl
CfïAI'liHF. III. 49
pour bakiilkr eonlre les flores en Africiiu;. ou pour rnluiiT les Gnnlois. qui ne \oul;ueul |»ns rcconnaîliv l'aulorilé de son gouvernrmonl. tantôt onliu pour dé- IVndrc les Pays-Bas. envahis par les Français dun eùlc, cl de l'autre par le duc de Juliers et de Gueldre, ou pour soumettre à ses lois les profestanis indociles de rAllemagne : il y avait douze ans et plus qu'il était |)arli la dernière fois de la Péninsule ibérique, lors- (fu'il abdiqua. Philippe 11, comme on l'a vu, en était absent aussi, au moment où il monta sur le trône.
Dans une si grande monarchie, de laquelle dépendaient plusieurs royaumes, et même un monde tout entier, réloignement prolongé du mailrc avait des conséquences funestes. Les affaires qui exigeaient des résolutions graves étaient ajoninées ('); l'obéissance des vassaux se relâchait : des ministres s'arrogeaient une auloritc absolue, et distribuaient, au gré de leurs passions, les charges et les faveurs, faisant ainsi, dit un historien national, d'un Etal monarchique un gouvernement républicain (-} ; le pays, épuisé d'hommes et
(') C'est ce qui arriva, notiimmenl, après la pertedeLougiecn Afrique, qui émut toute l'Espagne. I^es royaumes de Castille, de Valence et de Catalogne offraient, pour la reprendre, de lever huit mille hommes et de payer 100,000 ducats; le cardinal-archevêque de Tolède, Siliceo, à l'exemple de son prédécesseur Ximenès , voulait se mettre à la tèle de l'entreprise et y consacrer toutes ses ressources. Ces propositions furent envoyées à Philippe II, aux Pays-Bas : mais, dit Cabrera, « apretadoen « la provision de los negocios de Flnndes, romifia la resolucion para « suvenida. » [Fflipe !I, liv. I, chap. VIII, p. 37.)
{*) « Ilazian de repûblica el gobierno de monarquia real los ministros absolulos, i mas los profesores deletras légales, en quien esfaba la universal distribucion de la justicia, policia, mercedes, onras, cargas, en el colmo de poder i autoridad, etc. » [Ibi'l.i
d'iu-gonl parles secours qiiil avait foiirnisà ronijierour dans ses guori'os coiiliiuielles, rcsislait aux deniaiidcs, inccssaimiKMil renouvelées, dont on Taceablail (').
Aussi, lous les ordres de la r.alion soupiraienl-ils après l'arrivée du nouveau roi ; el , dès qu'on sul en Ca>lille (juune Iréve avait été signée avec la France (-), des messages pressants hii furent envoyés aux Pays-Bas, afin qu'il ne diiïéràt plus son relour. La princesse dofïa Juana joignit ses inslances à celles (les eorlès et des conseils • pour leur donner plus de j)oids, elle dépula à son frère don Fadrique Enriquez, niajortlonie du prince don Carlos (').
IMiilippn II n'eût souhailé rien avec autant d'ardeur (}ue de pouvoir se rendre au vœu qui lui était exprimé : il élait pénétré de la nécessité de sa présence au centre de la monarchie, et puis il n'aimait que l'Espagne, il ne se plaisait qu'avec les Espagnols (^).
{') Dans rinslriiction que Philippe II donna, le o juin -looS, a Tai-- (hevèquc de Tolède, en l'envoyant en Espagne, il couveuait lui-même (pie la nation espagnole avait raison de se plaindre ; il y dépeignait >• los « delieino tan necesitados y descontentos, y no conpoca razon,viendo « que de tantos afiosâ esta parte no se hace otra rose sino saear para « lodas parles tan grandes y continuas snmas de dinero.... » [Belrailc cl mnrl de Charlcs-Qiiint au monastère de Yuste, etc., t. II, p. 431.)
H Lo 3 février looG.
(^) Nous avons publié la lettre qu'elle écrivit au roi, le 13 juin ISoG, dans la Retraite et mort de Charles -Quinl, etc., Introduction, p. 203.
(*) « Non stima alcuna natione più che la spagnuoia; con questa si trattiene, con questa si consiglia, con questa si governa;.... fa poio conio degli Haliani et dei Fiammenghi, et manco dei Tedeschi.... » (Relation de Michèle Suriano, faiteau retourdeson ambassade, en l'JoO, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Qaint et Philippe II, p. 1 29.)
Dans sa relation, failo en 1507, Antonio Tiepolo dit aussi que le roi Philippe « ama et stima sola la nation spagnuoia. ■> [Ibid., p. 148.)
cifM'iTî'.i: ii[. m
W l'avait biiMi prouvé, en l'aisaiU eelli; leiilal.ivo dont lions avons parlô ailleurs, pour cngagtM' son pùrt; à demeurer aux Pays-Bas, tandis que lui il passerait dans la Péninsule ('). Mais la Irève récemment eoneluc n était pas assez solide, ainsi que révénemenl le lit voir, pour qu'il pût s'éloigner de ces provinces^ sans les laisser c\|)osées à de grands périls.
D'un naturel tout différent de celui de Cliarlcs- Ouint, Philippe abhorrait la guerre ('). Obligé de prendre de nouveau les armes pour repousser l'agression de la France, il se promit bien de ne laisser échapper aucune occasion |)ropice de mettre un terme aux hostiiilés. Sa bonne fortune voulut que des généraux entreprenants et habiles remportassent pour lui deux éelalanles victoires, celles de Sainl-Ouenlin et de (iravelines. Le vaincu dut subir la loi du vainqueur: mais Philippe avoua, en conlidence, à l'ambassadeur vénitien Michèle Suriano, que, si le roi de France n'avait pas demandé la paix, il l'aurait demandée luimême, car il la voulait de louie façon Ç').
La paix faite et ratiliée (^), il restait à Philijipc II à
(') lietraite ctmoHde Charles-Quint, etc., Inlroduclion, p. 122.
(^) L'ambassadeur vénitien Giovanni Micheii, dans sa relation de 1557 sur l'Angleterre, s'exprime ainsi, à propos de Philippe : « Da ottimo « luogo so ch'egli di natura aborrisce la guerra.... » {Relations des ambassadeurs vénitiens sur C/iarlrs-Quint et Philippe Jf, p. i,xii.)
Federico Badoaro, dans sa relation aussi de 1.537, et Michèle Suriano, dans celle qu'd fit en 1539, se servent d'expressions analogues. {lOid., pp. 42 et 128.)
(•') lielalions des ambassadeurs véniliens sur Charles-Quint et Philippe 11, p. 100, note 1.
{'■) La paix de Calcau-Cambrésis, du 3 avril 1339.
o2 DUN CAl'.LOS Eï l'Ilil.iri'J:; II.
ic'j;li'r le i!,ouvenu'iiR'iil des Pays-Bas. Le duc Eiuiiianui'l-IMiililx'rl de Savoie, qui, a|)rès Tabdlealion de renipereur, avail élé eliargé de la régence de ces provinces, ne pouvait jilus la conserver; le Iraité de Caleau-Canibiésis venail de le rétablir dans sesElals. Le roi le remplaça par r>largueri(e d'Auliicbe , ducliesse de Parme, sa sœur naturelle, qu'il appela d Ilalii'; il inslilua un conseil dElal. où il (il entrer les seigneurs les plus considérables du pays, mais en recommandant à sa sœur de suivre tout particulièrement les avis d'Antoine Perrenot de Granvelle, évè- (jued'Arras; il pourvut aux gouverncnienls j)arliculiers des i)rovinces et aux ebarges de caj)itaines des bandes dordonnance, qui étaient vacants pour la pluj)arl • il adressa des insiruclions aux conseils de justice, alin qu'ils cbàliassent sévèrement les délits commis contre la religion ; il posa les bases d'une nouvelle organisation ecclésiaslique ; il présida à un ebapitre de la Toison d'or, où Ton renq)lit le nombre des cbevaliers de l'ordre ; enfin il assembla h Gand les états généraux, et prit congé d'eux le 7 août 1559, a|)rès leur avoir présenté leur nouvelle gouvernante. Une Hotte était, depuis plusieurs mois, rassemblée dans les ports de Zélande, ])our le transporter en Espagne. Le 125 aoùl, il mit à la voile de FIcssingue, et, après une navigation beurcuse, il débarqua à Larcdo le 8 septembre ('). Le 4i, il lit son entrée à Valladolid, au milieu des plus vives démonsiralions
(') Vande\essk , .louniyl des voyages de Charles-Quint et de Plii- |jp|)e II.
ciiAriTiU': m. s-i
(le 1 jilk'grcssc |)ul)li(iuc ('). Le Itonliciir (|iiil (''|>iou~ vjiil (le revoir Si! ville natale fui doublé par lélal où il Irouva sou lils : don ('.ailos avait élé, quelque leui|)s auparavant, alleinl de la lièvre quarte, et il n'en était pas guéri (-). Dès quil fut un peu mieux, le roi le revêtit (les insignes de la Toison d'or, qui lui avait élé conférée dans le chapitre tenu à Anvers au mois de janvier 1550 (*).
Les luthéiicns arrêtés en Caslillo et livrés au saintoOiee, l'année précédente, n'avaient pas tous été eom- |)ris dans l'auto-da-fé du 21 mai- les incjuisiteurs avaient aouIu en réserver un certain nombre, pour donner au roi ealholicjue, à son retour, en Ksj)agne, un spectacle qui réjouit son cœur et charmât ses yeux . La cérémonie fut fixée au dimanche 8 octobre. Llle eut lieu, comme la précédente, sur la grand place de Valladolid.
C'était le premier aulo-da-fé auquel Philippe II assistât : les plus grands préparatifs furent faits, alin de l'environner dune solennité et d'un apparat exliaordinaires: on imagina, notamment, de construire pour les condanmés un échafaud disj)Osé de façon qu'ils pussent être vns de toutes les parties de la grandplace et des rues (|ui y aboutissaient. Aujourd'hui (|ue les sentiments d'humanité et de tolérance ont pénétré dans les masses aussi bien que dans les classes su|)érieures de la société, on a de la |)eine à comprend r(î
(') VAXDEJiESSE. — Cabuera. Fcli] c 11, \\\ . V, fbap III, p. 23'6.
(') Vandenesse.
(') De I^EiriEKBERG, Hisloirc de la Toison d'or, pp i'iOi.'l 4S2.
b't DON" CAIILOS l'T l'HIUlM'H II.
ral'lliienc'c de ciiiiciix qualliia, des divers jioiiils i\v la Casiille, ce SjU'Claele abominable : des lémoins oeiilaires (') n'en évalnenl |»as le nombre à moins de deux ceni nulle. Le roi s'y rendit, aeeompac;né de la prin cesse sa sœur, de don Carlos, du prince de Parme Alexandre Farnèsc, et d'une suite nombreuse, où l'on remar(}uait les ambassadeurs de France, plusieurs évèques, le connétable et l'amiral de Casiille, les ducs de Najera et d'Arcos, les marcpusde Dénia etd'Aslorga, les comtes d'Mruena, de Benavente, de Buendia, etc. Le sermon fut prèclié pardon Juan Manuel, évêqne de Zamora; ensuite il fut donné lecture, selon rnsui2;e, des sentences des condanuiés. Cela fait, le cardinal-archevêque de Séville. don Fernando de Yaldès, inquisiteur général, se tournant vers le roi, lui dit : Domine, (i(fjnra nos. Pliilijipe se leva, et tira son épée en signe de la volonté (ju il avait de s'en servir pour hi défense du saint-oHice. ï/archevéque alors lui adressa les paroles suivantes : u Les décrets ajMis- «( toliijues et les saints canons ayant ordonné que les u lois jurent de favoriser la sainte foi caliioli(|ue et la K religion (brélienne, V. M. jure-t-elle. par la sainte '< croix, qu'elle donneia tout l'appui nécessaire au « saint-nnice de rin([uisition et iXses nu'nistres coiilr<' u les hérétiques et apostats, contre ceux qui les sou-
(') VAKDÇNtssE, (luiis soii Joiiinal mamiscril des voyages de Charles V cl de l'Iulipju' Il , el Dikco de Sima.ncas, socrclaiic à cellt- époque ûu sainl-otlice, qui a laissé une dci^eription de raulo-da-fé du 8 oclohic I5ÎJ9, riléo pai- M. i>e C.Abrr.o dans pou JJikloria de las prcleslonlcs expailolcs, p 170.
CiJAPlTl'.E III. uu
'( liendronl e( favoriseronl , el conire quiconque, « liiirc.leiiKMil ou iiulircelemenl, mellrait obstacle à « l'aeliou du sainl-oflice; qu'elle forcera tous les (( sujets et naturels de ses royaumes à obéir et se c( conformer aux conslilu lions et lettres apostoliques <( données et publiées pour la défense de la sainte foi « catholique conhe les hérétiques el conire ceux qtii « les croieni, reçoivent ou favorisent?» A quoi le roi lépondit : « Je le jure ('). »
Les condamnés étaient au nombre de dix-huit. Parmi eux figuraient don Carlos de Scsse, d'une famille illustre d'Italie, et dont la feiume , dofia Isabcl de Castille, descendait du roi don Pedro: dofia Isabel de Castille elle-même et dona Catalina de Castille, sa nièce:, fray Domingo de Uojas, reli,uieux dominicain, de la famille des marquis de Poza; Pedro Cazalla, curé de Pedrosa, dans révcclié de Zamora; Domingo Sanchez, prêtre des environs de Logroûo, el huit religieuses du couvent de lîelen, de Tordre de CIleaux, à Valladolid. Sesse , Rojas et un servileur de Pedro Cazalla. ayant persévéré dans leurs erreurs, furent brûlés vifs On jela aussi dans le feu iVlfigie cl les os d'une béale <le Valladolid, nommée Juana Sanchez, (jui s'était donné la mort en se frappant de plusieurs coups de ciseaux à la gorge. Cinq des religieuses el quaire autres condamnés se confessèrent alin d'échapper au bûcher: ils subirt>u( la peine
(') Caduera, Felipe 11, liv. V, cliap. III. — .\doi.fo de Castro, flisLoria lie los prolcstanks espaùolcs, [p. 17Gcl 177.
of) DON CARLOS ET IMIILIPPI-: II.
(lu (/((nvlc. Enliu. les aiilrcs roligieuscs. avec doua Isabel el dona Calalina de Casiillc, furcnl ramcnéos (Ml prison, pour y rester détenues à perpétuité ('). 'c C'esloit grande pitié à veoir, » dit Vandenesse . auleur d'un Journal des voyages de Cliarlcs-Quint el de Piiilippe II, qui était présent.
Loi'squc l'on eonduisait don Carlos de Sesse au (fiieiHiidero, il dit au roi, en passant devant lui : « Com- « ment vous, qui êtes un si grand gentilhomme, pou- '< vez-vous permettre qu'on me livre aux llammes :' » Philippe lui répondit froidement : « Si mon lils élail <i aussi mauvais (jue vous, j'apporterais moi-même le « bois pour le brûler ("). )) Paroles horribles, et qui
C) Adolfo de Castro, ouvrage cite, pp. 177-183.
f ) Il y a [)lusieurs versions de ces fameuses paroles, famosa senten- (ia, comme dit un des panégyristes de J'bilip|)e il.
Celle que nous donnons est tirée de Cabrera : « Yo tracre la lena » para quemar a mi Lijo, si fuere lan malocomo vos. » [Felipe II, liv. V, cliap. 111.)
Fray Agustino Davila, qui prononça l'oraison funèbre de Philippe, en ISDS, à Valladolid, lui fait dire : « Si mon lils était contraire à l'Rgii.se « callioii(]ue, j'apporterais les .sarments pour qu'on le brûlât : » S/ mi liijo /'lien' conlrn la lijlenia ratô'ica, yo llcvare lus sa)'mii'iitos para r/uc loqitcmeii. (Aholfo de Castko, Ilisloria de lus prolestautes cs^'unules, p. <84.)
lîullliasar Poireno, dans les Diclius y hecJios del rcij don Felipe II el Prinleiite (Sevilie, IGJî)), amplifie ainsi les paroles prononcées par le roi : M 11 est bien que le sang noble, s'il est taché, se purifie dans le feu . si le ■ mien propre l'était en la personne de mon fils , je serais le premier ■• qui l'y jetterait : » Muy bien que la sanyre noble, si esld maneliada, se iruri[i'jHe en el fneyo ; y si la niia piopia se munehare en mi hijo, yn séria d peimero (fiic loarwjase en él. (Adoifo diî Castuo, ouvrage cite, p. 178.)
Malgré le témoignage de Cabrera et de Da\da, il nous restait encore (]Melqne doute sur les affreuses paroles qu'on met dan? la Douche de
CIIAIMTRI' 111. 57
iiionliTiil jiis(iii a (jucl point ce monarque poiissail \c. fanatisme !
Philippe IT qui lia Valkuîolid le lendemain. 11 avait liàle d'assembler les eortès de Castille : son trésor était épuisé, il lui fallait de l'argent, et il voulait aussi que les représentants de la nation reconnussent, pour son futur héritier, le prinec des Asluries, qui allait bientôt accomplir sa quinzième année ('). 11 les convoqua à Tolède, où il se rendit avec doiïa Juana, don Carlos et toute sa cour.
L'ouverture des eortès se fit le 9 décembre, dans la grande salle de l'alcazar : le roi y présida , assis sous un dais , et ayant le prince à son côté. La proposition fut lue par le secrétaire d'État Juan Vazquez de Molina; elle roulait principalement sur les deux objets que nous avons indiqués ('). Les procuradores répondirent qu'ils étaient prêts à reconnaître le prince, et, quant aux subsides demandés par le roi, « qu'ilz
Philippe II ; mais nous n'en avons plus conservé, après avoir lu une lel- Ire que l'évèque de Limoges, Sebastien de l'Aubcspine, ambassadeur de France à Madrid, écrivait à Catherine de Médicis, le 20 janvier 1502. Plusieurs Français avaient été arrêtés par l'iuquisiliou, les uns [lour avoir apporté des livres en Espagne, les autres pour avoir parlé de matières religieuses; elle venait de faire emprisonner Bobuze, apothicaire de la reine Elisabeth et beau-frère du médecin de Charles JX. L'Aubcspine écrit à ce propos : « Quoy que j'en fasse instance (pour i-a mise en » liberté) au roy catholicque eta tousceulxde pardeçcà,je ii'ay responce ^' autre de S. M. : que, si c'»iiloil sou propre filz , cl qu'il eusl en ccst " endroit péché, il le fcroil mûrir. »
(') Philippe II avait été reconnu par les certes pour futur héritier de la couronne, lor^qu il ne comptait pas encore un an. (Cabueua, liv, I, f hap. I, p. 3)
(^) Vandenesse, Journal dés voyages de Charles-Quint et de Philippe 1 1 .
oS DON CAULOS liT PHILIPPE II.
« espéroient se monslrcr lelz que S. .M. auroil eause « raisonnable de s'en contenter ('). »
La lu'eslalion du serment que le prince avait à recevoir de tous les ordres de l'Etat et à leur faire réciproquement, était une cérémonie longue et fatiganle: elle dut élre dilTérée, à cause de l'état de don Carlos que la lièvre avait repris.
Cependant Elisabelh de Valois , fille de Henri II et de Calherine de ^iédieis . dont le mariage avec le roi d'Espagne avait élé convenu dans les négociations de Caleau-Cambrésis , venait de quitter la cour de France, se dirigeant vers sa nouvelle patrie, lleçue à Uoncevaux, le 4 janvier I06O, par don Francisco de Mendoza, cardinal-arclievéquc de Burgos, et parle duc de rinfantado, elle poursuivit sa route, à travers les provinces de la Péninsule, au milieu des marques de respect, des cris de joie et d'amour de toutes les populations, cliarmées de sa jeunesse, de sa beauté, de sa grâce, et heureuses d'une alliance qui présageait de longues années de paix.. Le 28 janvier, elle arriva à Guadalajara ("), où devait se célébrer le mariage: elle descendit au palais du duc de l'inlanlado, que ce seigneur avait mis à la disposition du roi : la princesse dofïa Juana ly attendait, et lui en lit les honneurs Q.
(') Ledro du si'(ivl;iiic (loin Irwille ;iu [)r6.«idcnt Vipliu.s. ccrilo de Tolcdo, le 23 dcccmbro 155!).
(^) Ix'Ure de Coin Icwillo i\ Viglius, du '29 janvier )5(30.
(■') Va.ndknks.sk.
Cnhiora, copie \y<\y pres(iuc tous les lii.=;lorieiis, piclciid qu'Elisabeth lui KTiie à Gnadiikijara par la princesse cl par don Carlos. C'est une des noiri])rou3cs erreurs que nous aurons à lui roprocber.