CHAPITRE IV
Aux cris qu'il fît entendre, don Garcia de Tolède, Luis Quijada (') el plusieurs autres de ses serviteurs accoururent : ils le relevèrent et le transportèrent dans son appartement. Les docteurs Vega et Olivarès, médecins de cdmara^ et le licencié Dionisio Daza Chacon, chirurgien du roi, qui étaient à Alcala, furent immédiatement appelés : Daza reconnu,! que le prince s'était fait, derrière la tète, à gauche, une blessure de la grandeur de l'ongle du pouce : il se mit en devoir de la panser. Cette opération ayant occasionné à don Carlos une douleur qui lui arracha quelques plaintes, Quijada craignit que le licencié n'osât pas continuer ; il lui dit : « Ne pansez pas Son Altesse « comme un prince, mais comme un particulier. » Le pansement achevé, don Carlos se mit au lit :, il eut une transpiration d'une heure et demie, à la suite de laquelle on lui lit prendre une médecine ; puis on lui tira huit onces de sang (^).
(') Philippe II , après la mort de l'empereur, l'avait uommé grand écuyer du prince.
(^) Il existe une relation circonstanciée de la chute et de la maladie de don Carlos à Alcala, écrite, à la demande de ce prince lui-même, par le licencié Dionisio Daza Chacou, qui lui donna ses soins depuis le i9 avril jusqu'au mois de judiet 1562. Celle relation, publiée en 1609, dans un ouvrage de Daza devenu très -rare [Prdctica y teôrica de cinirgia] a été réimprimée en -1831 dans la Coleccion de documenlos inéditos para la hiatoria de Espana, t. XVIII, pp. 337-563 ; elle est intitulée : Relacion verdadera de la herida de cabeza del serenissimo principe don Carlos, nuestro senor, de gloriosa memoria, la tuai se acabô en fin de julio del aiïo de 1 362.
On trouve, dans le lome VI des Papiers d'État du cardinal de Graiivelle, publié en 1846, pp. 587-607, une relation du même événement attribuée au docfciir OJivarès, médecin de la chambre du roi, el qui n'est
74 DON CARLOS ET PHILIPPE If.
Don Garcia de Tolède, dès que le premier a|)pareil eut été mis sur la plaie, dépêcha au roi don Diego de Acuîïa, gentilhomme de la chambre du prince, pour l'informer de ce qui se passait. Philippe, à cette nouvelle, ordonna au docteur Juan Gutierrez. son médecin de chambre et proto-médecin général, de partir incontinent pour Alcala. accompagné des docteurs Portuguès et Pedro de Torrès , ses chirurgiens. Tous trois y arrivèrent le 20, au lever du soleil.
Ce jour-là, dans la matinée, Daza s'étant présenté pour lever l'appareil qu'il avait appliqué sur la blessure du prince, don Carlos lui dit : « Licencié, il me u sera agréable que le docteur Portuguès s'acquitte « de ce soin : ne vous en fâchez pas, » Le licencié répondit que, puisque telle était la volonté de S. A., il serait trop heuieux de s'y conformer. Le pansement
autre que celle du licencié Daza ; seulement on en a retranché le préambule et la conclusion.
Il estsingulicr que les éditeurs de la Coleccion de dociimenlos inédilos . qui connaissaient la relation originale, aient, dans le tome XV de ce recueil, pp. oo-3 et suiv.. rcpiodiiit, a leur tour, comme un ouvrage distinct, la prétendue relation d'Olivarès.
Nous avons recueilli, aux archives de Simancas, une autre relation, que Philippe II envoya à ses ambassadeurs, pour qu'ils en donnassent fonmnunication aux cours près desquelles ils étaient accrédités ; elle est intitulée : lîelacinn de! sucrcsso de la enfcrmedad y cura del principe utiestroseùor. hastn los xxvii de mrri/o 1362, en Alcala. Nous la publions dans V Appendice .\.
Notre récit de l'accident arrivé à don Carlos sera naturellement emprunté, pour la plus grande partie, aux deux relations que nous venons de mentionner ; nous ne saurions puiser à de meilleures sources ; mais nous ferons u.<;age aussi d'autres documents que nous avons à notre di.s- ]iositi(in Nous citerons ces dernieis chaque fois que nous les emploierons.