CHAPITRE IV
ireurent point de gravité ('). Le 12 mars, il se trouva assez bien pour aller assister, au Pardo, à une fête (jue Philippe II donnait à la reine , sa femme , et à la j)rincesse, sa sœur (').
Il y avait juste einquante jours que don Carlos était sans fièvre ('^), et son rétablissement faisait des progrès de plus en plus sensibles {''). lorsqu'un funeste
quarte bien vingt et quatre heures, s'est, en ces deux derniers, inieuix porté , et semble que sod mal vousist , par ceste violence, prendre congé : car les nouvelles que nous avons disent que hier son accez lui faillit du tout....» (Lettre de lévéque de Limoges à Catherine de Médicis, du IG février 1362.)
(') » .... La fiebvre de monseigneur nostre prince se diminue bien fort, et ne l'a eue qu'assez peu en sou dernier excès.... » (Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 6 mars 1362.)
Le 9 mars, révoque de Limoges écrivait dans le même sens à Catherine de Médicis.
(*) « Sa Majesté festoyé cejourd'huy la loyue et la princesse au
Pardo Monseigneur nostre prince y sera aussi, qui coucha hier
guaires lomg dudict lieu, et a passé jà plusieurs jours des excès de sa fiebvre, sans l'avoir eue.... » (Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 12 mars 1362.) — « Monseigneur nostre prince demeure délivré de sa liebvre.... Use trouva à la feste donnée au Pardo, et s'est depuis derechef retiré en Alcala.... •> ^ Lettre du même a la même, du 18 mars 1562 )
C'était la première fois que la reine Elisabeth allait au Pardo. Tisnacq, écrivant au président Viglius, !e 17 mars, lui dit ces paroles énigmatiques : « Sa Majesté Réginalle n'avoit encoires oncques heu le crédit de « y entrer. »
(') Relation de Diouisio Daza Chacon, citée plus loin.
[^) << .... Le prince d'Hespaigne se porte mieulx, et quasi du tout hors de sa quarte, de laquelle peu souvent il se resent.... « (Lettre de révêque de Limoges à Catherine de Médicis, du 25 mars 1562.) — « Le prince d'Hespaigne continue en sa bonne santé, et est sans fiebvre rpiarte. bien qu'en ses jours ordinaires il luy en reste quelque mémoire, laquelle peu à peu, s'augmenlant les chaleurs, passera, à ce que l'on recognoist par chascun jour.... « (Lettre du même à la même, du 3 avril.) — « Le prince d'Hespaigne «ontinue en sa santé.... » (Lettre du même à la même, du 13 avril.)
accident vint non-seulement détruire les espérances qu'on en avait conçues, mais encore mettre en péril la vie du prince.
Don Carlos avait pris de l'alTeclion pour une des filles du concierge du palais, et, afin de la voir, il descendait au jardin par un escalier dérobé, obscur et fort raide. La plupart des personnes de sa maison qui connaissaient cette intrigue, ne la voyaient pas avec déplaisir; au contraire, elles se disaient que l'amour éveillerait et stimulerait l'esprit du prince, en même temps qu'il lui inspirerait quelque énergie physique. Son gouverneur, don Garcia de Tolède, ne raisonnait probablement pas ainsi, car il fit fermer la porte par laquelle Tescalier communiquait avec le jardin, et don Carlos essaya en vain de l'ouvrir, aidé d'un de ses gentilshommes. Le dimanche i9 avril, voulant absolument parler à la jeune fille, il lui fit dire de se trouver en dehors de la porte à midi et demi. Dès qu'il eut dîné, il éloigna tous ceux qui étaient autour de lui, pour que personne ne sût où il allait, et il courut à l'escalier, dont il franchit les degrés avec précipitation. Il avait presque atteint les dernières marches, quand, le pied venant à lui manquer, il tomba la tète en avant (').
(') Voy. la lellre de l'ambassadeur de Venise, Paolo Tiepolo, du 24 avril 1562, dans Y Appendice A.
L'évêque de Limoges, écrivant à Catherine de Médicis, le \\ mai, lui mandait que le prince '• esloit tombé, la teste la première, dedans une « petite viz obscure par laquelle il pensoit, seul et a cachettes, descen- « dre dedans uug jardin, pour avoir la veue d'une jeune fille du con- >■ cierge, qui lui sembloit belle. »