‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 38 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(lilion polilique. Parmi les élrangers qui ii'claicnl pas soumis au sceplrc de l'Espagne, les plus désintéressés appréhendaient que la mort du prince n'occasionnât de grands changemenls en Europe (') ; d'autres , comme les Portugais, s'en réjouissaient ouvertement : don Carlos étant l'héritier présomptif de la couronne de Portugal, ils se voyaient menacés de tomber sous le Joug des Castillans, « qu'ils aimaient aussi peu que « les Turcs. » Les Français, avec plus de discrétion, considéraient que la mort de don Carlos ouvrirait le chemin du trône aux enfants que le roi aurait d'Elisabeth. Les partisans de la branche allemande de la maison d'Autriche, de leur côté, voyaient déjà les princes de Bohême appelés à recueillir l'héritage de la branche espagnole Q.

Neuf médecins et chirurgiens (^) étaient réunis aulour du lit de don Carlos ; ils avaient épuisé les ressources de leur art; tous leurs efforts étaient restés vains. Dans la soirée du 8 mai, l'état du malade s'aggrava à un tel point que, selon leur jugement unanime, il n'avait plus que trois ou quatre heures à vivre. Les ministres du roi lui conseillèrent de s'éloi-

(') Lettre de l'ambassadeur de Florence, du 14 mai.

(') Lettre de l'évêque de Limoges à Charles IX, du 1 1 mai 1362.

(^) C'était, selon la relation de Daza, les docteurs Gutierrez, Vega. Olivarès, Vésale, Mena, Porluguès, Pedro de Torrès , le bachelier Torrès et le licencié Daza.

Le secrétaire Courtewille, dans sa relation du 23 mai, dit qu'il v en avait onze : « Il fut comme abandonné des médecins, qui esliont « en nombre de unze, et n'y eut nul d'eulx à qui il sembla qu'il poeusl « vivre plus de m ou nir heures. »

Hi- DON CAnmS ET PHILIPPE H.

a;ner, pour neire pas témoin triin speclacle qui lui aurait déchiré le cœur : Pliilii)pe partil au milieu de la nuit, par une obscurité et une tempcLe aiTreuse, en proie à une douleur inexprimable, et soulîrant lui-même de la lièvre, résultat des peines d'esprit et de corps qu'il venait d'endurer. Le duc d'Albe et le comte de Feria restèrent à Alcala : le roi leur laissa ses instructions sur la manière dont il désirait que se fissent les obsèques de son lils. La mort de don Carlos paraissait si imminente que plusieurs des personnes de sa maison firent provision de drap pour leurs vêtements de deuil (').

Les médecins étaient divisés d'opinion sur le caractère de la blessure et de la maladie du prince; Vésale, le docteur Portuguès et le bachelier Torrès, chirurgien renommé quon avait appelé de Valladolid, soutenaient que les symptômes qui faisaient désespérer de sa vie étaient causés par une lésion interne. Après de longs débats, il fut décidé qu'on le trépanerait. Celte opération se fit le 9 mai, dans la matinée. Le docteur Portuguès la commença, et, sur l'ordre du duc d'Albe, le licencié Daza la poursuivit. Le crâne fut trouvé blanc et solide; seulement, quelques gouttes de sang très-coloré en sortirent.

On conservait, au couvent de Saint-François dit de Jésus et de Marie, à Alcala, le corps dun religieux de ce couvent, du nom de fray Diego, mort une centaine d'années auparavant en odeur de sainteté. Le

(') Leltredc l'ambassadeur de Venise, du 16 mai.

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