CHAPITRE V
(leur crût devoir les transmettre à sa cour : « Il me « conta — écrivait Saint-Sulpice — il me conta, des « trois royaulmes d'Aragon, Vallance et Cathalogne, « aulcunes loix et coustumes fort amples pour la « liberté et privillége des subjectz, et assez eslroicles « et qui limitent beaucoup la puissance du roy, bien « qu'il estimoit, quand elles seroient regardées de plus » près, qu'elles luy donnoient plus de liberté qu'on « ne disoit ; toutesfois que , luy rendantz ceulx M desdicts pays toute lldellité et obéissance, il ne leur « vouloit rien innover ('). » Celte déclaration de Philippe II était-elle bien sincère? Il est permis d'en douter, quand on considère la suite des actes de son règne ("). Quoi qu'il en soit, il donna quelque satisfaction aux cortès sur les deux premiers points de leurs remontrances^ il fit aussi annoncer, par cri public, qu'il était prêt à entendre ceux qui auraient à articuler des griefs contre le vice-roi de Catalogne, et qu'il leur ferait justice (^). Mais, quant au point qui tenait le plus à cœur aux Aragonais, celui de l'inquisition, il éluda leur requête, car il songeait plutôt à
{') Lellrede Saint-Sulpice à Charles IX, du 11 octobre 1363.
(') 11 n'avait pas toujours été, du moins, dans les dispositions qu'il manifestait à Saint-Sulpice. Le prédécesseur de ce diplomate, l'évêque de Limoges, mandait à Catherine de Médicis, le 23 mars 1 362, à propos de la convocation des cortès de Monzon dont il était question à cette époque, « que le roy pensoit leur rongner les ongles, et assez retrancher de B beaucoup de privilléges et libertez qui les rendoient braves et demyn afranchis, et peu estimant le maistre, aussi bien que ceste nation de « Castille , de laquelle ilz estoient presque autant ennemys que des « Turcs et Mores, qu'ilz avoienl vers la marine pour voisins. »
R Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 1 1 octobre 1563.
étendre qu'à reslioindre raulorilé du sainl-olllioc ('), et ce fut là une maxime constante de sa politique : il était convaincu que Tinquisition était un frein trèsfort, et peut-être le plus fort de tous, contre les troubles intérieurs de ses royaumes (-). Les cortès cependant insistèrent. Le roi, qui croyait se débarrasser ainsi d'une opposition importune, les pria d'expédier les autres affaires, promettant, quand il serait en Castille, de régler celle-là d'une manièie conforme au bien public. Elles répondirent, avec fermeté, qu'elles ne voulaient pas être réunies en Castille, et qu'elles ne passeraient outre, s'il n'était fait droit à leurs î^riefs 0. C'était surtout les nobles qui montraient de ropiniâtrcté sur ce point (^). Le roi parvint enfin à
(') « lî se présume que le roy catholicque prétend confirmer Tautborilé que ladicte inquisition a desjà sur les causes de la religion, ains la luy amplifTier surtouls autres crimes, afRn de retenir ceulx-cy en plus grande craincte et subjection qa'ilz ne sont.... « (Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du W octobre 4563.)
(^) C'est ce que l'ambassadeur vénitien Antonio Tiepolo disait au sénat, à son retour d'Espagne, en 4567. (Voy. nos Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, p. 1.48.)
(') « Despuis trois jours , il y a cuidé avoir quelque confusion à Monsson, pour avoir esté proposé par ceulx des estatz qu'il pleut à S. M. ne vouloir permettre à l'inquisition une grande authorité, comme elle prend, de cognoistre sur toutes choses criminelles. Et, pour ce que cedict roy entend principalement à establir son obéissance par l'authorité de ladicte inquisition, il les a priez de vouloir despêcher les aultres matières, et de remettre cestuy-là quant il seroit en Castille, oùildétermineroit ce qu'il cognoissoit estre nécessaire pour le bien publicq : à quoy les autres ont assez hautement respondu qu'ilz ne vouloient estre réunis en Castille, et qu'ilz ne passeroienl plus oultre, qu'il ne fût pourveu à cela. « (Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, écrite de Balbastro, le 25 novembre 1563.)
(') Lettre de Tisnacqà la duchesse de Parme, du 17 novembre 1563i.