CHAPITRE V
apaiser les cortès, en déclarant qu'il ferait visiter (') les inquisitions d'Aragon, de Catalogne et de Valence, et que, à la suite de cette inspection, il serait fait, d'accord avec leurs députés, un nouveau règlement sur l'exercice de la juridiction du saint-office dans les trois royaumes. Il nomma pour visiteur le licencié Francisco Soto de Salazar, du conseil suprême de l'inquisition. L'enquête à laquelle celui-ci se livra exigea beaucoup de temps; elle donna lieu aussi à bien des débats dans le sein du conseil suprême de Tinquisition, du conseil suprême d'Aragon et des députalions des cortès. Ce fut en 1568 seulement que le nouveau règlement fut mis en vigueur Q.
En quittant Madrid , Philippe II espérait que son (ils pourrait venir le rejoindre à Monzon. L'amélioration qui se manifesta peu après dans l'état de don Carlos , confirma d'abord cet espoir Q ; mais elle ne fut pas de longue durée : la manière de vivre désordonnée du jeune prince lui occasionna une rechute, et la fièvre ne le quitta presque plus ; il était en tout
(') On entendait, par ce mot, en Espagne, une enquête que le roi faisait faire sur la conduite des juges et autres officiers.
(^) Historias ecclesidsticas y seculares de Aragon , par Vinceucio Blasco de LaiWza, Saragosse, 1622, infol., t. II, p. M.
(') Dans l'audience que le roi donna à Monzon , le 24 septembre , à l'ambassadeur de France, il lui dit qu'il venait de recevoir la nouvelle de la convalescence du prince. (Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis,- du 4 1 octobre 1 563.)
Le garde des sceaux Tisnacq écrivait à la duchesse de Parme, le 15 octobre : « Monseigneur noslre prince est pièça délivré de sa fiebvre, « et se renforce de jour à aultre, et ne s'entent encoires quant S. M. le « vouldra faire venir icv..., »
cas trop faible pour supporter les fatigues d'un voyage aussi long et aussi pénible ('). Philippe, s'appuyant sur ces raisons, demanda aux cor tes, le 29 décembre, que son iils fût reconnu pour futur héritier de la couronne d'Aragon, par procuration (-).
Il pressait, autant qu'il le pouvait, les délibérations de celte assemblée (^), car il avait hâlc de retourner
(') Le -l^"^ novembre, Saint-Sulpice mandait à Catherine de Médicis qu'il perdait l'espoir de voir arriver la reine Elisabeth à Monzou, à cause ,de l'indisposition du prince, qui ressentait encore trop de faiblesse pour pouvoir se mettre en voyage.
Il lui écrivait, le 25 novembre, que le roi l'avait assuré qu'il eût déjà fait venir la reine Elisabeth, sans la maladie des femmes principales de sa maison, o joinct aussy la fiebvre du prince, qui, pour son maulvais « gouvernement, le reprenoit de jour à aultre. »
Dans une lettre secrète de la même date, il revient sur « l'indisposi- « tion du prince, qui aulcun jour est bien et aulcun mal. »
Enfin, le 17 décembre, il dit à Catherine de Médicis : « Le roy calho- « licque monstre bien fort désirer estre hors de Mousson, et de pouvoir « aller retrouver la royne catholicque sa femme, laquelle il luy semble a que, à cause de la maladie du prince et de celle de la plupart de ses « principales dames, et de l'incommodité dudict Monsson, il n'eust peu « faire venir par deçà.... «
{*) » De la part de S. M., fut proposé avant-hier à ceux des corlès d'admectre le jurement de monseigneur nostre prince par procureur. » (Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 31 décembre 1563.)
« S. M. prétend fort de faire recepvoir et jurer le prince son fils, par procuration, successeur du royaume, affin de ne l'exposer au Iraveil du chemin, en ceste foiblesse où il est encores ; mais l'on estime que, sellon ce que les aultres choses tomberont en différend ou accord, que ceste-cy sera aussy accordée ou reffusée.... » (Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 17 décembre 1563.)
(') « Le roy catholicque presse tou.sjours l'avancement de ses courtz tant qu'il peult ; mais il semble que les affaires y multiplient tant, d'heure à aultre, que la fin ne s'en verra si tost qu'on cuydoit... » (Lettre de Sainl-Suipice a Charles IX, du 1" novembre 1563.)
« Ces courtz d'Aragon se continuent lousjours, desquelles le roy