CHAPITRE V
J'inquisilioii (il célébrer un auto-da-fé, auquel assistèrent les évêques espagnols qui revenaient du concile de Trente. L'échafaud fut dressé sous les fenêtres même du palais royal. Huit malheureux furent brûlés vifs, et un plus grand nombre condamné aux galères : c'était presque tous des Français (').
A Barcelone, les discussions des cortès avec les ministres du roi recommencèrent, non moins vivement qu'à Monzon. Trois fois Philippe prolongea le terme qu'il avait assigné à leur assemblée^ il révoqua certaine déclaration qu'il avait rendue, et qui leur paraissait contraire à leurs fueros ('); les commis-
(') Lettre de Saint-Sulpiceà Catherine de Médicis, du H mai '1564.
Cet ambassadeur français fit en vain tous ses efforts pour épargner ce sort cruel à ses nationaux. Dans une audience qu'il eut de Philippe II, le 16 décembre 4564, il se plaignit du mauvais et rigoureux traitement dont usait l'inquisition envers les Français trafiquant en Espagne, lesquels, sans qu'ils fissent acte scandaleux ni aucun exercice de leur religion, étaient accusés, ou par leurs compagnons mêmes, par esprit de vengeance, ou par des Espagnols, et fort misérablement condamnés. Philippe lui répondit qu'il n'avait pas été fait de commandement particulier pour les Français ; que l'inquisition procédait sans respect de la nature ni des qualités des personnes ; que toutefois il parlerait au grand inquisiteur. (Lettre de Saint -Sulpice à Charles IX, du 34 décembre 4564.)
Quelque temps après, Saint-Sulpice vit lui-même le grand inquisiteur (Fernando de Valdès) , qui l'assura que les Français ne seraient châtiés en Espagne que pour le scandale qu'ils y donneraient, ou les propos quils y tiendraient, et qu'ils ne seraient pas plus maltraités que les Castillans. ( Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis , du 21 janvier 1565.)
(-) Elle portait « que le dissentiment de certains particuliers, assa- « voir de quelques syndicques (députés des villes), ne debvoit empes- « cher le progrès des cortès.... » (Lettre de Tif^nacq à la duchesse do Parme, du 21 mars 4564.)
saires qu'il avait choisis pour négocier avec elles ne leur étaient pas agréables , il en nomma d'autres (') ; il fit plus : il remplaça le vice-roi de Catalogne, don Garcia de Tolède, qui était impopulaire Q. Tout cela ne fit point cesser l'opposition qui s'était déclarée dans les cortès : comme il ne voulait pas leur accorder différentes choses dont elles avaient fait la demande, elles se refusèrent, de leur côté, à plusieurs des points sollicités par lui. Afin de leur faire sentir le mécontentement quil en éprouvait, le 22 mars, jour où il devait partir de Barcelone, il se rendit tout botté au soHo p) qui avait été disposé pour la clôture de leur session, et de là il monta à cheval. D'ordinaire, le souverain, en licenciant les cortès, créait chevaliers plusieurs de leurs membres; il n'en fit pas un seul (').
Ce fut pendant le séjour de Philippe II à Barcelone, qu'y arrivèrent les archiducs Rodolphe et Ernest, fils aines de Maximilien, roi de Hongrie et de Bohême, et petits-fils de l'empereur Ferdinand I^"^.
P) Lettres de Tisnacq à la duchesse de Parme, des 18 et 21 mars 1564.
(^) Il le fil général des galères, et lui donna pour successeur en Cfitalogne le duc de Francavilla, beau-père du prince d'Eboli. (Lettres de Tisuacq à la duchesse de Parme et à Viglius, du 18 février 15(i4 ; lettre de Saint-Sulpice à Charles IX, du 11 mai 1564.)
II ne faut pas confondre ce Garcia de Tolède avec le personnage du même nom et de la même famille qui était gouverneur de don Carlos.
(*) Solio, littéralement trône. Mais, en Catalogne, ce mot avait reçu une signification plus étendue : il voulait dire le théâtre qui était dressé pour l'ouverture et la clôture des cortès, et sur lequel, aux degrés les plus élevés, était disposé le trône du souverain. Ainsi l'on se servait de ces expressions : abrir el soHo, Icner el solio, subir al solio, etc.
(*) Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 1 1 mai 1564.