CHAPITRE V
A la suite de la diète d'Aiigsbourg , de 1550, où Charles-Quint avait usé de tout son ascendant sur Ferdinand et sur Maximilien , pour les faire consentir à ce que Philippe devint roi des Romains quand Ferdinand deviendrait empereur (^), il y avait eu un refroidissement marqué entre les deux branches de la maison d'Autriche. Les princes de la branche allemande se plaignaient hautement que Charles sacrifiât tout à l'avantage du prince d'Espagne (-). Maxim.ilien et Philippe, dont les intérêts particuliers avaient été en lutte dans cette occasion , et qui étaient si dissemblables de caractère , d'inclinations, de sentiments, en avaient conçu l'un pour l'autre une antipathie qui allait presque jusqu'à la haine; Maximilien retendait même à toute la nation espagnole : il avait renvoyé de sa cour la plupart des personnes de cette nation qui y étaient attachées (^). Lorsque, en i556, il vint à Bruxelles avec sa femme, pour faire ses adieux à l'empereur, il y eut entre lui
(') Charles-Quint, etc., par M. Mignet, p. 40.
(*) « Con il re de' Romani non stanno cosi bene corne per lo passalo, perché s'è veduto che non si tien ronto se non dell' utile particolare del principe di Spagna, e nulla degli altri , etc. « (Relazioue di Marino Cavalli , ritornato ambasciatore da Carlo V l'annoloSI, dans les Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, série i", vol. II, p. 219.)
(') « .... Sopra tutti gll altri odia Spagnuoli, ne si puô in alcun modo ritenere che con alcuno non ne dica grandissime maie, et faccia ogni sforzo ancora per far partire ancora quei pochi che restano appresso la regina, perciochè nelle sue corti non vene sono restati più di due pur di qualche conto. .. « (Relatione del clarissimo messer Paolo Tiepolo, tornato ambasciatore dal serenissimo Ferdinando d'Austria, rede' Romani, l'anno lob?, à la Bibliothèque impériale à Paris, MS. Saint- Germain-Harlay 277, fol. 488.;
Cl Pliili|)|K' une sorte de réeonciliation ('); mais elle fut plus apparente que réelle, car il n'eut pas lieu d être satisfait de Taccueil que lui lirent le roi et ses ministres, et il n'obtint de son beau-frère rien de ce qu'il prétendait : aussi, à son départ, dit-il avec humeur à la reine douairière de Hongrie que , puisqu'on tenait si peu de compte de lui , il s'arrangerait avec la France, et, s'il le fallait, avec le Turc (-). Philippe, dès son avènement à la couronne, entretint des relations amicales et suivies avec le roi des Romains, son oncle Q) :, il n'eut avec son beau-frère
(') Retraite et mort de Charles-Quint, etc , Introduction, p. ■132.
ri Ibid., t. II, p. XXV.
Dans une lettre que François II écrivit, le 3 septembre 1360, à l'évêque de Rennes, son ambassadeur à Vienne, on lit : « J'ay bien noté ce u que vous m'escrivez des propos que vous a tenuz le roy de Bohesme, " lequel vous ne srauriez mieux faire que de visiter souvent, pour « l'entretenir tousjours en l'amytié qu'il faict démonstration de me porter, « et l'asseurer que je y cnrrespondray tousjours de pareille affeco tion.... » [Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François 11, p. 505.) Ce passage est digne de remarque, eu égard à la date de la lettre.
(■■') Sa correspondance avec Ferdinand, du -18 mars -1356 au -3 février 4563 (avec des lacunes toutefois) a été publiée dans la Coleccion de documentos inédites para la hisloria de Espana, t. II, pp. 419-592.
Ferdinand avait reporté sur Philippe l'affection qu'il avait toujours témoignée à Charles-Quint. Granvelle écrivait au roi le 6 novembre 1560 : u La voluntad que mueslra el emperador en todas las cosas de V. M. « merece que V. M. tenga toda cuenta en lo que puede redundar ea » beneficio de su casa.... » [Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI, p. 192.)
Giovanni Micheli, dans la relation qu'il fit au sénat de Venise, en 15G3, au retour de son ambassade auprès de Ferdinand, s'exprime ainsi : « Fra l'imperatore et il re di Spagna vi è maggior et stretta inteliigenza « che sia possibile, et senza dubbio Sua Maestà gli porta quasi quel « rispotto che portava ail" imperalor Carlo, communicando di propria