CHAPITRE VI
plir son testament, s'il arrive que, selon Tordre de la nature, je vienne à lui succéder. Je me confie en Sa Majesté, et j'espère d'elle, comme mon père et mon seigneur, qu'elle daignera me faire ce bien et cette grâce que je sollicite, comme son seul et très-obéissant fils, pour l'exécution du présent testament, qui doit servir à la décharge de mon âme et de ma conscience. Je recommande à mes exécuteurs testamentaires de le lui rappeler. J'attends d'eux qu'ils feront tout ce qu'il convient pour s'acquitter de leur office avec l'exactitude, la fidélité et la bonté que toujours ils ont mises à remplir les charges que le roi mon seigneur leur a confiées,
« 19" Je veux et ordonne que, au moyen des biensfonds et des renies domaniales et autres qui seront achetés et hypothéqués, selon le prescrit de l'article précédent, on paye, chaque année, à tous mes serviteurs et officiers de ma maison , depuis le premier jusqu'au dernier, et aussi bien à ceux qui le seront au temps de ma mort qu'à ceux qui l'auront été à quelque époque que ce soit (ceux qui auraient été renvoyés pour mauvaise conduite seuls exceptés), à chacun d'eux les gages entiers dont jouissent aujourd'hui les serviteurs du roi mon seigneur qui remplissent dans sa maison des offices analogues, et cela pendant leur vie , où qu'ils veuillent demeurer , et sans qu'ils soient obligés de servir personne. C'est, de plus, ma volonté que don Pedro Pimentel , marquis de Tâvara, gentilhomme de ma chambre, reçoive les mêmes gages , salaire et émoluments que reçoit
138 DON CARLOS ET PHILIPl'E II.
Ruy Goinez de Silva, prince d'Eboli, en sa qualité de sommelier du corps du roi mon seigneur, car je désire qu'il soit le mien, pour la manière dont il m'a servi et me sert , et je me propose de supplier Sa Majesté qu'elle me fasse la faveur de lui conférer cette charge; j'entends donc qu'après ma mort il en touche les gages et émoluments. Dans ma situation présente, je ne saurais faire davantage pour mes serviteurs, quelque désir que j'en aie : mais, si Dieu dispose de moi avant que j'aie pu les récompenser, je les recommande particulièrement au roi , mon père et mon seigneur. Les grâces qu'ils recevront de sa main seront plus grandes et plus signalées que celles que j'aurais été en état de leur accorder, si j'avais vécu ; et celle que Sa Majesté me fera ains? sera égale au contentement que tout prince doit éprouver en répandant ses bienfaits sur ceux qui le méritent par leurs bons services. »
Dans l'art. 20, don Carlos, voulant donner à Juan Estebez de Lobon, son aijuda de câmara^ une marque particulière de sa satisfaction, lui assigne, chaque année , le triple des gages et émoluments affectés à cette charge. On verra plus loin comment Lobon, qui était alors en si grande faveur auprès du prince, encourut sa disgrâce.
Les art. 21-27 concernent l'érection d'un collège dans le monastère de San Juan de los Reyes, à Tolède, où des prières seront dites pour l'àme de don Carlos et pour celle des rois , ses prédécesseurs : ils déterminent le nombre de chaires qui y sera établi, la forme de son administration , les qualités requises