CHAPITRE VU
sent sur le prince dEspagne, sont peu satisfaisantes. A ce qu'on dit, il a le teint blanc et les traits réguliers, mais il est d'une pâleur excessive. Une de ses épaules est plus haute que l'autre ; il a la jambe droite plus courte que la gauche. 11 bégaye légèrement. En beaucoup de choses il montre un bon entendement : en d'autres, un enfant de sept ans ferait preuve d'autant de raison que lui. Il veut tout savoir et pose quantité de questions, mais sans jugement et in nullum finem, plutôt par habitude qu'autrement. Jusqu'ici on n'a pu remarquer s'il a de nobles inclinations , ni voir à quoi il est porté, si ce n'est au plaisir de la table : car il mange tant et avec tant d'avidité que ce n'est pas à dire, et à peine il a fini qu'il est prêt à recommencer. Ces excès de table sont la cause de son état maladif, et bien des personnes pensent qu'en continuant de la sorte, il ne pourra vivre longtemps. Il ne fait aucun exercice. Quand il s'est proposé quelque chose , il le poursuit avec ardeur. Il ne connaît pas de frein à sa volonté : pourtant sa raison n'est pas assez développée pour lui faire discerner le bon du mauvais, le nuisible de l'avantageux, ce qui est convenable de ce qui peut ne pas l'être. On ne s'est pas aperçu encore qu'il ait du penchant pour le commerce avec les femmes : d'où beaucoup de gens infèrent qu'il est inhabile à la génération ; mais, selon d'autres, il aurait dit qu'il veut que la femme qu'il épousera le trouve vierge. Dans l'opinion de quelques-uns , il est devenu si chaste et il a tant de défauts, parce que, ayant une grande âme, il voit son père ne faire nul cas de lui et ne lui donner
aucune autorité : ce qui le rend à moitié désespéré. II paraît aussi qu'on a mal dirigé son éducation : car son naturel était bon, et, étant plus jeune, il se montrait tout dilTérent de ce qu'il est aujourd'hui ('). »
Dietrichslein parlait ainsi sur des ouï-dire. Dans une dépêche du 29 juin, il put s'exprimer avec plus de certitude ; il avait vu don Carlos et s'était appliqué à l'étudier.
« Le prince — manda-t-il au roi de Bohême — se porte maintenant assez bien. Le portrait que je puis
(') « Die Inforraazion so ich bisher hab, ist schlecht genueg. Er (der printz Hispani) sol von angesicht bais vnd guter fatzionen sein, awer gar blahor farb.... ; die ain Schulter oder axl hoher dan die ander, den rechten fues kurtzer dan den linkon, stamlel etwas mitder red. In vilen erzaigt er ain gu(en verslant , herwider in andereu so ist er noch so kindisch als ain kint von sibenjaren, redtgern vnd fragt vmb aile ding, awcr mit khainen judicio oder in niillum fiiiem, mer ans gewonheil als sunsten. So bat nian bisher nit raerkheu kbundlen, das er zu ctzwas gutén geneigt, oder sunsten nit abnemen mogen zu wo er ain lust vnd incliniert, ails allain zum essen, vnd also ister so geitigvnd so vil das nit davon zu sagen, vnd wan er erst gessen, so as er von newem wieder. Solches yberessen sei ain vrsacb aller seiner Sbaheit , vud tregt des meniklich besorg, er werde nit lange leben khinden bej dem wesen. Vnd braucht sich khainer iiebung nit. Was er im fiirnimbt, das will er dasuort ge, vnd last im sein wilien nit brechen, vnd ist doch die vernunfTt nit also, das er zu vnterschiden wûsle unter dem wasrecht vnd vnrecht, scbcdlich oder nutz ist, was acondicionado ail ^Jossibile vnsauber. Bisher hntman nit spuren khiindten, das er ainige zuncigung oder begier zu wcibern gehabt, dardurch ir vil inferiren wollen , quod sit impolens. Andcrc Icut sagen, das er sag, er wôll das ime die so er zu ainem weib nom, jungfraw fint. Vil mainen, das cr so gar pu dico und mal acondicionado, bcscheh aus dem das or ain gros gemuet, vnd darneben siehl das sein Vater so gar seiner nit acht vnd er so gar nix vermag; sej halb verzweiflet, so sej auch vil versaumbt worden das er nit anderst erzogen, dan seine naluralia sein guet, so sei er auch, wie er khliner, nit also gewest. >^ (Kocn . Qucllcn ziir Gesclnchic des Kaisers Maximilian II, p. 122.)