CHAPITRE YII
Don Carlos, délivré enfin de la fièvre, va rejoindre la famille royale à
Madrid. — Portrait que le baron de Dietrichstein fait de lui , d'abord
sur des ouï-dire et ensuite après lavoir vu. — Autres portraits du
prince, tracés par les ambassadeurs vénitiens. — Le roi donne à son
fils entrée au conseil d'État et organise sa maison. — Il nomme Ruy
Gomez de Silva son grand maître. — Déplaisir que cette nomination
cause à don Carlos. — Composition de sa maison. — Dangereuse
maladie de la reine Elisabeth de Valois : affliction qu'en montre don
Carlos. — La reine est sauvée par un médecin français. — Le prince
éprouve un nouvel accès de fièvre. — Passage de Brantôme par
Madrid. — Ce qu'il raconte de don Carlos. — Pie IV envoie au prince
d'Espagne l'estoc et le chapeau bénits. — Arrivée à Madrid du comte
d'Egmont : doute exprimé sur la démarche qu'il aurait faite auprès
de don Carlos , suivant Brantôme. — Sollicitations pressantes de
Catherine de Médicis pour avoir une entrevue avec le roi d'Espagne.
— Philippe II , après les avoir éludées pendant plusieurs années ,
consent à ce que sa femme aille voir la reine-mère à Bayonne. —
Départ et voyage d'Elisabeth de Valois; attentions que don Carlos
montre pour elle ; fêtes qui lui sont données a Valladolid.— Son retour
en Espagne. — Le roi et don Carlos se portent à sa rencontre. —
Incident relatif à don Juan d'Autriche. — Intempérance de don Carlos,
qui lui occasionne une nouvelle indisposition. — Il va avec le roi au
devant du légat du pape , et ensuite à Tolède pour la réception du
corps de saint Eugène.
La fièvre abandonna enfin don Carlos; le 51 mai, pour la dernière fois, il en ressentit les atteintes. Sa
coiivalesc{Mice fui rapide , et il piil songer bientôt à aller rejoindre la famille royale; il arriva à Madrid le iO juin, le même jour que son père. Tout le monde fut frappé de la croissance qu'il avait prise pendant sa maladie ('). Le 24 juiiljti l'occasion de la Saint-Jean, les jevines seigneurs de la cour organisèrent un jeu de cannes; il se mêla à eux, et se fit remarquer par son adresse dans ce divertissement si cher aux Espagnols (-).
Le baron de Dietrichslein. qui était venu remplacer à la cour de Madrid l'ambassadeur don Martin de Guzman, avait reçu, de l'empereur et du roi de Bohème , la recommandation expresse de s'enquérir avec soin du caractère, des habitudes, des qualités physiques et morales du prince des Asturies. A peine arrivé dans la Péninsule . Dietrichstein se mit en devoir de recueillir les renseignements qui intéressaient sa cour. Le 22 avril il écrivit, de Valence, au roi de Bohême :
« Les informations que j'ai obtenues jusqu'à pré-
(') « Monseigneur noslre prince a encoires, depuis quelques jours, derechiel eu quelque petit excès de sa terciane, mais se va présentement renforsant, et eutens que Son Altèze rethournera aussy de brief en ce lieu.... » (Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, écrite de Madrid, le 31 mail 564.)
« Le prince d'Espagne, depuis le dernier de may, n'a point eu d'accès de fiebvre, et se porte assez bien. Il est assez creu durant sa maladie, et est depuis samedy dernier en ce lieu.... » (Lettre de Saiut-Sulpice à Catherine de Médicis, écrite de Madrid, le 12 juin 1564.)
(*) « Le jour de Saint-Jan y eust icy jeu de cainnas, où Son Altèze estoit de la compaingnie, et s'acquita fort bien.... » (Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 28 juin 1564.)