‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 74 sur 146 · CHAPITRE VU. 4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. 4S

Grand maître : Ruy Gomez de Si! va. prince d'Eboli.

Grand écuyer : Luis Quijada.

Confesseur : fray Diego de Cliaves (').

Chapelle : Honoralo Juan, ancien précepteur du prince, élu évêque d'Osma; Francisco Osorio, aumônier; don Antonio Manrique, chapelain.

Maîtres (majordomes) : don Fadrique Enriquez; don Fernando de Rojas.

Gentilshommes de la chambre : don Diego de Acuïïa; le marquis de Tâvara; le comte de Gelves, don Alonso de Cordova.

Premier écuyer : don Pedro de UUoa.

Ecuyers de pied : Francisco de Porres ; Juan de Yallejo; Juan de Torres; Pedro de Soto : Diego de Iloyos; Francisco de Carrion; Juan de Fuentes.

Pages : don Antonio Osorio ; don Carlos Osorio ; Diego Maldonado; don Alejo de Teves.

Aides de chambre : Juan Estebez de Lobon : don Juan de Hondarza ; Pedro Laynez ; Juan 3Iartinez de la Cuadra ; Diego de JXeyra ; Pero Alvarez de Casasol a.

Aide de garde-robe : Garcia Alvarez Osorio.

Maréchal des logis du palais : Juan de Paiva ; Juan Suarez, aide.

Fourrier : Francisco de Anaya de Grado ; Gonzalo de Castro, aide.

Grand muletier {acemilero mayor) : Simon de Silbra.

(') Il remplissait cette charge depuis le 28 juillet 1563. [Archives de Simancas : Conladurias générales, i^ época, leg. 1031.)

Nous laissons de côlé une foule doiïicicrs subalternes, tels que panetiers , sommeliei's, cuisiniers, pâtissier , saucier , barbiers . tailleur , cordonnier , lavandières , couturière , huissiers , laquais , portier, etc. (').

Le roi compléta la maison de son fils , en lui donnant pour secrétaire Martin de Gaztelù (-), qui avait rempli cette charge auprès de lempereur Charles- Quint pendant les deux dernières années de sa vie.

Dans le mois d'août d5"64, une nouvelle vint remplir d'émotion et d'inquiétude lEspagne entière : on apprit que la reine était dangereusement malade. A la suite d'une fausse couche, elle avait eu une fièvre violente accompagnée de divers accidents des plus graves. On l'avait saignée quatre fois, la dernière au haut du front ; son étal n'avait fait qu'empirer. Elisabeth de Valois comptait à peine dix-neuf ans: par sa douceur, sa grâce, sa bonté envers tous ceux qui rapprochaient, par sa tendresse pour son mari, elle avait conquis l'amour des Espagnols. Aussi, la désolation fut universelle, et se manifesta par des processions, des prières , des jeûnes , des vœux , des disciplines qu'on vit des enfants mêmes prendre sans hésitation. Au milieu de l'affliclion générale, don Carlos se montra plus aflligé que personne Ç) : plusieurs

(*) Cédule de Philippe II donnée à Valladolid, le U mai lo64. (Archives de Simancas : Contadiirias générales, i^ época, leg 103i.)

i^) 11 prêta serment le 29 novembre iSôi. (Archives de Simaucas : Contadurias générales, 1* época, leg. 1121 .)

(^) 0 Doutant ouUre mesure, '■ dit de lui l'ambassadeur Saint-Sulpice, dans une lettre du 19 août.

CHAPITUE Vl[. toi

jours (le suite il alla processioruielleuicut, avec les princes de Bohême, les ambassadeurs el les grands, visiter les églises et les hôpitaux de Madrid. La situation de la reine était désespérée : ses médecins espagnols la regardaient comme perdue ; elle avait fait son îestament, et l'on s'apprêtait à lui donner l'extrémeonclion. Alors un médecin français de sa suite, le docteur Monguyon, demanda au roi l'autorisation de î enter 1 emploi d'un remède dont les effets devaient être décisifs : l'ayant obtenue, il administra à l'auguste malade un purgatif d'agaric qui , en moins de deu\ heures, produisit des résultats merveilleux. Elisabeth était sauvée. Quelques jours après, elle entra en convalescence ('). Notons ici, sans tirer de ce fait aucune induction, que, pendant sa maladie, Philippe II ne voulut pas permettre une seule fois à son fils de la voir, tandis que l'ambassadeur de France put l'approcher aussi souvent qu'il le désira (').

Au mois de septembre , la fièvre reprit à don

(') Lettres de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, des 10, 19 et 25 août 1564. — Lettres de Tisnacq à VigHiis, des 2 et 24 août. — Lettre de Courtewille à Viglius, du 26 août.

Courtewille s'exprime ainsi ; « Par une fîebvre continue, elle (la « reine) a avorty au bout de sept jours , demeurant icelle tousjours , et « s'augmentant de jour à aultre, avecq divers accidens : de sorte que, « au boult du xviif, l'on se trouvoit en désespoir de sa vie, et n'y eust « médecin qui n'y eust perdu le noort, si avant que Ton tenoit rextrême- « unction preste en court pour la luy donner. Et , comme à une créa- « ture abandonnée, l'on bazarda, par consentement du roy, de luy <" donner une purge bien forte en ung breuvaige, qui opéra de sorte » qu'il s'en ensuivit jusques à xxxii ou xxxiii chambres : chose non « espérée, et de laquelle elle s'est trouvée mieulx.... »

i^l C'est Saint-Sulpice qui l'écrit ainsi dans sa lettre du 19 août.

t(i2 DON CARLOS ET PHILIPPE IL

Carlos, cl d'une manière assez sérieuse; mais elle dura peu ('),

Ce fut vers ce temps (-) que Brantôme passa par Madrid, revenant de Portugal. 11 s'y fil présenler à la cour, et le prince d'Espagne ne fut pas le personnage qu'il y observa le moins : « A mon petit juge- « ment, — dit-il — je le jugeois un jour grand, et luy « trouvois une très-bonne façon et bonne grâce , « encores qu'il eust son corps un peu gasfé ; mais cela «■ paroissoit peu. » Son témoignage est moins favorable au caractère et à la conduite de don Carlos : <i S'il eust vécu, — c'est ainsi qu'il s'exprime — il « eust fait enrager son père, car il estoit fort bizarre « et tout plein de natretés fl. Il menacoit, il frappoit, « il injurioit : si bien que don Ruy Gomez, fort favory « du roy d'Espagne, s'il en fut oncques, n'en pouvoit « jouir, et à toute heure il supplioit le roy de lui « osier ceste charge, et de la donner à un autre ; qu'il « en seroil très-aise Q. Mais le roy, se fiant en luy.

(') Lettres de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 12 et du 27 septembre 1364.

(*) Nous trouvons la date précise dans une dépêche de Saint-Suipice. Cet ambassadeur écrit , le 9 novembre 1564, à Catherine de Médicis, qu'il profite du passage par Madrid du seigneur de Bourdeille, revenant de Portugal, pour lui annoncer, etc.

(^) Nairelcs, ruses, détours. Dans plusieurs éditions de Brantôme, on lit : d'opiniâlrelé,

(*) Ceci ne contredit ji.ts absolument ce que nous avon.savanré p. 1o8, car il est certain que, au commencement, don Carlos ne .souffrait point Ruy Gomez. Je ferai observer toutefois que, dans la correspondance de Saint-Sulpice, il n'y a pas un mot qui puisse servir d'appui à l'assertion de Brantôme : or , lambassadeur de France était au mieux avec Ruy Gomez, dont il parle souvent.

CIIAPITI'.K VH. 103

» ne voulut jamais; et tousjours ce prince nienaçoit u son gouverneur qu'un jour, quand il seroit grand, « il s'en repentiroit. Quant à ses autres serviteurs et a officiers, quand ils ne le servoieni pas bien à son gré, « il ne faut point demander comment il les estrilloit. » Brantôme ajoute : « Moy estant en Espagne, il me . « fut fait un conte de luy, que son cordonnier luy u a voit fait une paire de boites très-mal faites .; il les (c fit mettre en petites pièces et fricasser comme tripes « de bœuf, elles lui fit manger toutes devant lui, en " sa chambre, de ceste façon ('). Il aymôit fort à ribler

C) Ce que Brantôme donne ici comme un conte qui lui a été fait de don Carlos, Cabrera le rapporte d'une manière positive, comme un des çx\e!s que le roi avait contre son fils : « El rey avia mandado à don » Pedro Manuel que hiziese el menestral las votas para el principe o justas como éllas traia, porque al contrario las queria don Carlos. AI « calçarlas con dificultad, diziendo que su padre mandé fuesen tan « estrechas (estando en Alcala), diô un bofeton â don Pedro Manuel, « i (juisadas i picadas en menudus jïiezas hizo corner las votas al « menestral. » (Liv. VII, chap. XXII, p. 469.) Il semble que, si ce fait révoltant avait été avéré , Brantôme se fût exprimé d'une autre manière. Et puis il est diflicile de croire que Philippe II s'occupât de la dimension des bottes de son fils, à un âge surtout où ce dernier crovail pouvoir se permettre de donner des soufflets à un ofllcier de sa cour.

Quoi qu'il en soit, cette anecdote du cordonnier forcé de manger le cuir des bottes faites par lui, passa dans les traditions populaires. On trouve, en un recueil de poésies [Diversas rimas] d'Espinel, imprimé a Madrid, en 1 591 , p. 410, les vers suivants :

Hizo pues bien el oiro cocinero

Que convido à corner (por ser mandado)

Conira su voluntad à un zapalero,

Y para rcgalar al convidado,

Y inostrar variedad en la comida.

Le liizo de unas botas un guisado, La mejor cosa que comio en su viila.

(Voy. le Serapeum, année 1835, p. 133.)

M. «E Castro regarde, comme une calomnie inventée par les conseil-

ici DON CARLOS ET PHILIPPE IL

" le pavé (') et faire à coups d'espée, fusl de jour,

« fust de nuit : car il avoit avec luy dix ou douze

'< enfants d'honneur, des plus grandes maisons d'Es-

<( pagne, les uns les forçant d'aller avec luy et en faire

" de mesmes, d'autres v allant d'eux-mesmes et de

« Irès-bon cœur Quand il alloit par les rues

'< quelque belle dame, et fust-elle des plus grandes du

« pays, il la prenoit et la baisoit par force devant tout

c< le monde, et il l'appeloit p n, bagasse . chienne,

« et force autres injures lui disoil-il. Celles qui le

f< venoient baiser à l'amiable, quand il leur disoit :

" P iij, haisez-moy, il les caressoit plus modestc-

" ment, en leur disant qu'elles estoienl fort gracieuses

'< p....ns et vesses. Bref, il leur faisoil mille petits

v< alîronts, car il avoit Irès-meschante opinion de

« toutes les femmes, et plus encore des grandes dames

<( que des autres, les tenant pour très-hypocrites et

« Iraistresses en amour; qu'en cachette et sous les

'( rideaux elles esloient plus p....ns que les autres,

« Bref , il estoit le fléau de toutes, fors de la royne,

« que j'ay veu qu'il honoroit fort et respecfoit ,

« car , estant devant elle , il changeoil du tout dhu-

« meur et de naturel, voire de couleur. Enfin il estoit

« un terrible masle ("). »

lers de Philippe H contre don Carlos, l'anecdote du cordonnier forcé de manger le cuir de ses bottes. {Hisloriadc los protestantes espanoles,

(') Riblerle pavé, « courir la nuit, comme font les filoiix, les débau- « chés, les traîneurs d'épée.... » (Dictionnaire de Trévoux.) (^) Brantô.me, OEuvres complètes, édit. Buchou , 1838, t. I, pp. 120

Page 1