CHAPITRE VU
ne pouvoir céder à son désir de voir le roi son beaufrère et la reine sa belle-mère, mais que celte entrevue pourrait exciter de la jalousie parmi les princes chrétiens; qu'il n'en serait pas de même d'une entrevue de la reine sa femme avec la reine-mère ; qu'il donnait donc volontiers son consentement à celle-ci. Il y eut quelques discussions sur le point de savoir si l'entrevue aurait lieu en Espagne ou en France : les ministres espagnols n'insistèrent pas, et Bayonne fui acceptée par eux (').
Elisabeth de Valois se mit en route le 9 avril ; ce jour-là toute la population de Madrid fut sur pied pour assister au départ de sa souveraine bien-aimée. Don Carlos, les princes de Bohème, don Juan d'Autriche et tous les grands lui firent cortège jusque près du lieu où elle devait s'arrêter la première nuit.
Le roi l'avait précédée de quelques jours 5 elle le retrouva à Guadarrama. Là ils se séparèrent de nouveau, pour aller faire leurs pâques, la reine au monastère de la Mejorada, le roi au couvent de Guisando. Ils ne se rejoignirent qu'à Valladolid (-).
Durant le trajet de la reine de Madrid à Valladolid, don Carlos l'envoya visiter trois fois, témoignant ainsi l'attachement et le respect qu'il professait pour elle (').
(') Mémoire adressé par Sainl-Sulpice à sa cour, le 21 janvier 1565.
(') Lettres de Saint-Sulpice à Charles IX et à Catherine deMédicis, écrites de Médina de/ Campo, les 12 et 19 avril 1365.
{') On lit dans un compte de dépenses de Melchor de Herrera : « A. don « .hian de Cârdenas 17,418 maravedi's que Su Alteza le mandé dar,
I6S DON CARLOS ET rilIUPPK II.
Philippe II s'était proposé d'abord d'envoyer le l)riiiee. son fils, tandis que la reine et lui seraient absents, en pcMerinage à Notre-Dame de Guadalupe : il changea d'opinion depuis, par des motifs sur lesquels il est à regretter que Saint-Sulpiee s'exprime en termes trop énigmatiques ('), et fit venir le prince auprès de lui, au monastère de Guisando (").
Le roi et la reine séjournèrent quelque tem])s à Valladolid, où, en leur honneur, les principaux seigneurs d'Espagne coururent eux-mêmes les taureaux, et se livrèrent aux exercices du jeu des cannes. La reine profita de ce séjour, pour aller visiter les monastères , les jardins et les lieux de plaisance des environs; chaque après-midi était consacrée à ces excursions, dans lesquelles elle était toujours accompagnée de don Carlos et de don Juan d'Autriche (').
Philippe II prit congé de sa femme, le 15 mai, à Cigales, à deux lieues de Valladolid. Il avait eu l'intention d'aller avec elle jusqu'à Burgos, et les habitants de cette ville avaient fait de grands préparatifs pour la
>< poi- otros tantos que de su propio dineio gasiô en haber ido y \ueilo « très veces â visiter, por mandado de Su Alteza, à la reyna nuestra " senora, al caminoyendodesla villa de Madrid à Valladolid paraBayona, « por el mes de abril de '1563. » (Archives de Simancas : Coniadurias rjenerales, 1^ época, leg. ■iOTO, pliego &".)
(') Lettre secrète du -16 marsIoGo. Saint-Sulpice, après y avoir dit que le roi a changé d'opinion, ajoute : « ce qui n'est encores guièresdivul- « gué, et n'est besoing qu'on en parle, car l'occasion de ce ne s'en peult « aussi encores escripre. »
(') Lettre de Tisnacq à Vigiius, du 16 avril 156?). — Lettre de Saint- Sulpice. du 19 avril.
[*) Lettre de Saint-Sulpice à Calheriiie de IMcdicis , écrite de Villanueva, le 16 mai l.oGS.