‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 77 sur 146 · CHAPITRE VII. K · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. K

rcceplion de leurs souverains : mais, la pesle y ayant éclaté, il lui fallut renoncer à son projet, et il fit prendre à la reine le chemin de Soria. On remarqua ([u'Élisabeth versait des larmes en recevant les adieux du roi (').

Apres avoir passé une quinzaine de jours à Bayonne, avec la reine sa mère et le roi son frère . Elisabeth reprit le chemin de l'Espagne. Philippe II lallendait à Ségovie : il alla au-devant d'elle jusqu'à Sepulveda, à dix grandes lieues de là. Don Carlos vint lui-même à leur rencontre, à une distance de trois lieues : d'aussi loin qu'il aperçut la reine, il mil pied à terre pour la saluer, montrant un grand empressement à lui baiser la main ("). C'était le 30 juillet. Cette entrevue fut marquée par un incident digne d'être rapporté. Don Juan d'Autriche avait quitté la cour à Tinsu du roi, pour aller assister en volontaire à la défense de Malte, assiégée par les Ottomans. Le roi, dès qu'il en avait été informé , avait expédié des courriers dans toutes les directions, afin quon ne laissât pas don Juan exécuter son projet; il avait fait partir plusieurs officiers attachés à sa maison , avec l'ordre de le ramener; il lui avait écrit à lui-même, le menaçant de sa disgrâce, s'il ne revenait au plus tôt. Don Juan avait obéi, mais non sans résistance : il était déjà en

(') Lettre de Saiiit-Sulpice à Catherine de Médicis, écrite du monastère de Rodiilas, le 23 mai loGo.

(^) « .... Et travailla assez de luy prendre la main pour la luy baiser,

et elle n'obiya de lui rendre bien son salut i (Lettre de Sainl-Sulpice

à Calhcrine de Médicis, écrite de Ségovie, le II août ioGo-J

Calak^ne, et une foule de gentilshommes, animés par son exemple, aecouraiont, de divers points de la Péninsule, pour se ranger sous sa bannière ('). Don Juan , qui aceompagnait le prince d'Espagne, n'avait pas encore vu le roi depuis son équipée. Il courut à lui, et hii demanda pardon. Le roi le reçut afTectueusement, l'embrassa, puis il lui dit d'aller baiser la main de la reine. Elisabeth lui avant demandé . en riant , si les Turcs el les Mores étaient des hommes de guerre, il répondit, avec un accent de tristesse, (ju'il n'avait pas été assez heureux pour qu'on lui ])ermit de s'en assurer Q.

Don Carlos, malgré tous les avertissements, continuait de se livrera ses excès de bouche habituels; ils lui occasionnèrent une nouvelle indisposition , qui toutefois fut de peu de durée (^). Le roi et la reine sétaient établis à la maison du Bois, avec la princesse dona Juana, les princes de Bohème et une partie de la cour : il alla les y retrouver (^). Il revint, ainsi qu'eux,

(') C-ABnERA, lib. V, cap. XXIV, pp. 360 et 361.

C) Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du \\ août 1565.

(') Le prince d'Orange écrivait au comte Louis, son frère, le 2 novem- 1)10 -(365, que le prince d'Espagne, après avoir mangé seize livres de fruit, et quatre livres de raisin , avait bu là-dessus de l'eau par deux fois : ce qui lui avait occasionné une syncope, et déterminé sa maladie : « Es soll auch der prinlz von Ilispanien, gleichwie vorhin » 16 pfund obs, aiso itzunder 4 pfund trauben geszen, und darauffzwen « wasser-trunck getban baben, darauss er zu schwachheil gefallen und <■ kranck worden seye. » (Archives ou Correspondance inédite de la maison d'Orange-Nassaii , publiées par M. Groen Van Prinsterer, t. 1, p. 434.)

{*) Lettre de Saint-Sulpicc à GatberinQ de Mcdicis, écrite de Ségovie, le 9 septembre 1.^65.

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