CHAPITRE VIII
Juana se flatta pendant quelque temps de vaincre l'indifférence de son neveu ('); elle fut très-affeclée du dédain dont elle était l'objet de sa part : « la pauvre c( dame en maigrit à vue d'œil, » écrivait l'évéque de Limoges à sa cour ("),
Marie Stuart aurait plu davantage à don Carlos ; cette alliance répondait mieux à ses aspirations ambitieuses. Il disait à ce même fils de son gouverneur dont nous venons de faire mention (il comptait alors seize ans et demi à peine) « que , pour sa grandeur, « et avoir tiltre et moien d'estre es Païs-Bas quelque » chose plus que lieutenant de son père, qui estoit « jeune, et duquel il ne pouvoit de longtemps attendre « grands estatz , il avoit l'œil sur la royne d'Escosse, « pour la cognoistre belle, saige et bonne catholique, » et maistresse de ses droictz , alléguant ce que luy « en avoient rapporté les seigneurs qui l'avoient vue
(') a La princesse fait estât de son neveu, et ne se peult dire qu'il eu faille ne penser ne croire aultre particularité : car ce roy est du tout gaigné, et d'autant plus que, le duc d'Albe et prince d'Evoly estans, avec infiniz adhérens, ennemys à mort, et maintenant balançant leur faveur, ladicte dame princesse, qui est fine et assez bien garnye d'amys, a réduict son frère là.... r (Lettre de l'évéque de Limoges à Catherine de Médicis, du 3 juillet 1561.)
« .... Jamais ne divisa-l'on plus asseurémeut du mariage du prince d'Hespaigne et de sa tante, qui, sans faire semblant d'y penser, en faict bien la belle et gaillarde.... » [kl., du 21 juillet 1561.)
« .... Madame, il semble que vous n'estes pas assez satisfaicte de moy en ce qui concerne le mariage du prince, vous ayant mandé résolument ce que j'en sçavois. Pour cela, madame, je ne lairray tousjours à vous dire la A'érité, non pas que je vous eu veuille désespérer , mais vous représenter à l'œil l'asseurancequela princesse y a, et tous les siens....» (M. , du 1" octobre 1561.)
n Lettre à Catherine de Médicis, dii 15 avril 1562.
« en France ('\ » II s'en était expliqué aussi avec la reine Elisabeth , de manière à lui faire comprendre qu'il appréciait les avantages que 3Iarie Sluart apporterait en dot à son mari, et particulièrement ses prétentions sur le royaume d'Angleterre (").
Plus tard, lorsqu'il eut vu un portrait de sa cousine Anne d'Autriche, il la trouva si à son gré qu'il exprima résolument l'intention de l'épouser et de n'en épouser pas d'autre : on l'entendit déclarer, à cette occasion , qu'en toutes choses il obéissait au roi son père, mais qu'en ce qui concernait son mariage et le choix de celle avec laquelle il devait passer sa vie, cela le regardait; il dit encore qu'il ne croyait point que le roi voulût mettre obstacle à son bonheur, ni le contraindre à se marier avec une femme qu'il n'aime-
(') Lellre de l'évéque de Limoges, du 3 janvier 1562.
(*) o La royne catholicque et moy avions mispeyucde pcnélrer. par tous les moyens que nous avons peu , au secret de ce mariage de la royne d'Escosse avec le prince d'Hespaigne... Et remémoroys là-dessus plusieurs choses : premièiement, ce que, a ce propoz, le susdict prince avoit dict à la royne catholicque, qu'on luy avoit parlé de Iroys pàrtys : l'ung de madame, l'aultre de la fille aisuée du roy des Homains, et le tiers de la royne d'Escosse. Et discourant les occasions qui le convieroieiil d'entendre à l'ung ou l'aultre des troys, avoit dict de ce dernier qu'on l'avoitasseuré qu'elle estoit fort belle: joinct que, ayant d'assez longtemps faict souder de ce propoz le confesseur, il avoit respondu n'y avoir pour encores rien en termes ; loutesfois , que la consommation n'en seroit que profïitable au bien de la chrestienté, pour tenir en bride la royne d'Angleterre et ses subgectz, et avoir par ce moyen ung bon pied dedans ceste isle, pour la réduire ung matin, ou de gre ou de force, à l'obéissanco de l'Église, et que ladicte royne d'Escosse avoit de si bonnes prétentions en Angleterre, que le party en pourroit estre à l'advonir bien fort grand. » (Lettre secrète de Sainl-Sulpice, du 1 1 octobre l.;63]