CHAPITRE VIII
époque dilTicile, lui élaienl généralement favorables (').
Nous ne comptons pas, parmi les princesses qui aspiraient à la main de don Carlos, Elisabeth d'Angleterre : car nous ne saurions, en vérité, prendre au sérieux le reproche que cette reine faisait à don Diego Guzman de Silva, ambassadeur de Philippe II à sa cour, qu'on ne l'eût pas proposée au prince d'Espagne ("). Jamais Elisabeth ne voulut réellement s'assujétir aux liens du mariage, et don Carlos aurait été le dernier qu'elle eût accepté pour époux.
Le fils de Philippe II nétait pas d'humeur à se laisser marier contre son gré. On le savait : aussi Elisabeth de Valois et les dames françaises de sa cour ne laissaient-elles échapper aucune occasion de faire valoir en sa présence les avantages de madame ^iar-
(') Les ambassadeurs vénitiens Andréa Badoaroet Augoslino Barbarigo disaient d'elle, dans leur relation de 1361, que nous avons plusieurs fois citée : « È stimata da S. M. C, cosi da tutta la Spagna, per il piudenle u governo ch' ella ha fatto di quel regno, nell' assenlia del re.... »
(*) « Con ocasion de las vistas concertadas de la reina de Espaûa con su madré la reina deFrancia en Fuenterrabi'a, moviô Isabel nuevr.mente la plàtica de casamiento , en la cual dijo a Guzman de Silva.... que cstaba quejosa de que no se la hubiese propuesto al principe don Carlos, o (Apuntam entos para la hisloria del rey don Felipe II, por lo tocante d sus relaciones con la reina Isal>el de Inglalerra, par don Tomas Gonzalez, dans le tome Vil des Memorias de la real Academia de la hisloria de Madrid, p. 307.)
Dans une lettre de'Guzman de Siiva au roi, du 10 juillet loGi [Coleccion de documentos inédilos para la hisloria de Espaiïa, t. XXVI, p. 509), nous trouvons le passage suivant, qui confirme le fait rapporté par le chanoine Gonzalez : v' La reina tornôme à preguntar en lo pasado « de V. M. y si el principe habia crescido. Yo le dije que si; y estuvo <" pensando un poco, y dijo : En fin lodos me desdenan : enticudo que « se ha tralado de casarlc con la de Escocia- »
m DON CARLOS ET PHILIPPE If.
guerile. Au mois de février io61. Elisabeth étant à Tolède, sa mère lui envoya son porirait, avec ceux de ses fils et de ses deux autres filles. Don Carlos les vit, et dit plusieurs fois en riant : Mas heruiosa es la pequeîia , « la petite est la plus jolie, » Elisabeth l'assura que sa sœur était bien faite ; madame de Clermont ajouta que c'était une belle femme pour lui : il rit de nouveau et ne répondit rien ('). A son retour de Bayonne, Elisabeth rapporta un portrait de sa sœur, alors âgée de douze ans ; eMe le montra au prince. Don Carlos , l'ayant contemplé longtemps , dit qu'elle avait les yeux beaux, la bouche belle, qu'elle était toute belle. Mais on ne put tirer autre chose de lui ("). Soit qu'il la trouvât trop âgée, soit parce qu'elle lui avait en quelque sorte servi de mère, ou par d'autres motifs, don Carlos ne voulait pas entendre parler, pour sa femme, de doïîa Juana. Un jour quil causait familièrement à Alcala (c'était quelque temps avant sa chute) avec le fils de don Garcia de Tolède, son gouverneur, celui-ci, à propos des bruits qui couraient d'un prochain mariage entre lui et sa tante, lui demanda quels étaient ses sentiments pour la princesse. Il répondit avec vivacité « que plutôt se laisseroit-il « mourir, si son père vouloit le forcer de l'épouser, <( pour ne l'aimer en façon que ce fût Q. » Dona
(') Lettre d'Elisabeth de Valois à Catherine de Médicis, dans les Négociations, lettres et pièces, etc., p. 805.
(^) Mémoire de Saint-Sulpice, du il août 1563.
(') Lettre de l'évéqiie de Limoges à Catherine de Médicis, du 3 janvier 1562.