CHAPITRE VIII
Philippe II cliaigeait ensuite son ambassadeur de continuer à encourager les Anglais catholiques et bien intentionnés par la voie indirecte qu'il avait employée jusque-là , et sans se montrer en aucune manière du monde. Il lui recommandait de même de ne faire aucune démarche qui put le compromettre, dans le but de connaître et d'accroître les intelligences que les Ecossais avaient en Angleterre.
Le duc d'Albe écrivit une lettre particulière à l'évéque d'Aquila, pour insister sur le secret que prescrivait le roi (').
L'évéque, en recevant ces dépêches, fut déconcerté. Les instructions qu'on lui transmettait étaient loin de répondre aux exigences de la situation. Depuis l'envoi de ses derniers rapports , Lelhington était retourné de France en Ecosse (") : il avait eu pour réponse de Catherine de Médicis , que la reine , sa maîtresse, voulût attendre une couple d'années, et qu'alors le roi l'épouserait certainement Q. Il était venu peu après à Londres , et la reine Elisabeth lui
(1) Elle est du 1 G juin 1563. (Archives de Simancas, Estado, leg. SIC.)
p) Lettre de l'évéque au cardinal de Granvelle, du -17 mai 1563. [Ibid.]
(') « .... Ledinton.... me dijo, en lo de la negociacion con el rey de Francia, que teuia entendido que, si ella (Marie Stuart) queria aguardar un par deaîïos, el casamiento habria efecto sin falta. « (Lettre de l'évéque d'Aquila au duc d'Albe, du -17 juillet 4563, dans la Coleccion de documentos inédilos para la historiu de Espana, t. XXVI, p. 455.)
L'évéque est moins aflîrmatii dans une lettre du même jour au comte
de Luna ; il y dit seulement que le mariage pourra avoir lieu : « Seguii
« Ledinton me ba dicho, le han dicho en Francia que, si la reyna qui-
« siese aguardar un par de anos, cl casamiento con aquel rey podria
« efectuarse. » (Arch. de Simancas, Estado, leg. 816.)
avait dit, d'un ton plein de hauteur, que, si la reine d'Ecosse épousait un prince de la maison d'Autriche, elle aurait en elle une ennemie , tandis qu'elle promettait de la déclarer son héritière, si elle se mariait à sa satisfaction (^). Il était à craindre que iMarie Stuart, voyant les hésitations du roi catholique, effrayée des menaces de la reine d'Angleterre , sollicitée par ses sujets, et prohablement par Lethington lui-même, d'épouser un protestant, ne prît un parti qui aurait des conséqiiences funestes, non-seulement pour la religion, mais encore pour la conservation de la tranquillité dans les Pays-Bas (-).
Dans ces circonstances , l'évêque trouvait que la commission qui lui était donnée n'avait ni l'efficacité ni le caractère décisif qu'il aurait fallu. Pour un mal aussi dangereux, le remède lui paraissait faible. Il appréhendait que ceux avec qui il avait traité ne prissent la détermination du roi pour un refus : car, qu'était-il besoin qu'il leur demandât les intelligences
{') « V. E. babrâ enlendido el fiero que esta leyna hizo â Ledinton, al partir de aqui para Escocia, diciéndole que, si su araa se casaba con Lombre de la casa de Austria, la tendria por eneraiga, y que al contrario, si sequisiese casar â su salisfacion, prometia declararla por beredera.... » (Lettre de l'évêque d'Aquila au duc d'Albe, du 17 juillet -1563, ci-dessus citée.)
(-) « .... Temo que la de Escocia, desconfiada de los casamientos que prétende, y ametrentada de los fieros que esta se le hace, y de la instaucia que le deben de hocer sus vasallos para que se case con algun protestante, y Ledinton entre ellos, no se deje persuadira alguna cosaque piieda bacer mas dano que provecho , no solamente à las cosas de la religion, mas aun à la conservaciondestos Estadosde Flandes queestân tan peligrosos cuanto V. E. sabe. » [Ibid.)