CHAPITRE .Vllf
d'Ecosse peut procurer le moyen de remédier aux maux de la religion en Angleterre, j'ai décidé d'en admettre la négociation. Vous y donnerez donc suite, par la même voie qui a servi à l'entamer, si vous tenez cette voie pour sûre et pour secrète. Vous leur direz (') qu'ils vous déclarent particulièrement les intelligences qu'ils ont en Angleterre , afin que vous, comme quelqu'un qui sait ce qu'elles peuvent valoir, m'informiez de ce qui en est, avec votre avis. Vous m'instruirez ponclucllement de tout , sans en venir à aucune conclusion, jusqu'à ce que vous appreniez de moi ce qu'il m'aura paru convenable de faire ; vous l)ourrez les assurer toutefois que mon intention est telle que je l'ai exprimée plus haut. Vous leur recommanderez le secret sur toutes les circonstances de la négociation ; il faut que cette affaire soit conclue avant que d'être divulguée, pour qu'elle produise les avantages qu'on doit s'en promettre : car, si les Français la découvrent , ils en auront une extrême appréhension, emploieront tous leurs moyens, tout ce qui est en leur pouvoir, pour y mettre obstacle: n'y réussissent-ils même pas, ils lâcheront d'en rendre leS: résultats stériles , à cause du dommage qu'ils en doivent recevoir ; quant à la reine d'Angleterre et à ses hérétiques, qui y sont si spécialement intéressés, vous jugerez facilement de ce qu'ils feraient. Le secret est donc nécessaire, et vous vous appliquerez à en persuader ceux avec qui vous traiterez, pour qu'ils le
(') A LcthiDgloD et à Raulet.
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fassent bien comprendre à la reine, leur maîtresse. » L'empereur, se confiant en ce que le cardinal de Lorraine lui a dit, et ne connaissant pas la volonté de la reine d'Ecosse et de ses ministres aussi bien que vous me lavez fait connaître, regarde comme assuré le mariage de l'archiduc son fils avec ladite reine. Certes, si j'en voyais l'apparence, et qu'on put attendre de ce mariage les fruits qu'il paraît à présent qu'on tirera de celui du prince mon fils, j'y donnerais la main avec plus de plaisir qu'à l'autre , pour la grande affection que je porte à l'empereur et à ses enfants. Ce qui m'a décidé à embrasser cette affaire , sans attendre que S. M. L soit désabusée de l'opinion qu'elle a, c'est le rapport que vous m'avez fait du peu de goût que la reine et ses ministres montrent pour une alliance avec l'archiduc, dans la persuasion des médiocres avantages qu'elle leur offre; c'est aussi, et plus particulièrement, l'avis que vous m'avez donné de leur dessein de négocier le mariage de la reine avec le roi de France : car je me souviens de la peine et de l'inquiétude où j'étais, dans le temps quelle fut mariée au roi François. A coup sur, si ce roi eût vécu, la guerre aurait éclaté entre nous, lui voulant envahir l'Angleterre, comme il y était résolu, et moi étant obligé de défendre la reine Élisidjeth. Or, faire la guerre pour des intérêts étrangers est chose fâcheuse , et je laurais faite surtout avec déplaisir pour une personne qui m'en aurait eu le gré que vous savez ('). »
(') Lettre du 13 juin '1363, dans la Coleccioii de documenlos incdilos para la historia de Espana, t. XXVI, p. 147.