CHAPITRE Vrif
Philippe H chargeait ensuite son ambassadeur de continuer à encourager les Anglais catholiques et bien intentionnés par la voie indirecte qu'il avait employée jusque-là, et sans se montrer en aucune manière du monde. Il lui recommandait de même de ne faire aucune démarche qui pût le compromettre, dans le but de connaître et d'accroître les intelligences que les Ecossais avaient en Angleterre. "
Le duc d'Albe écrivit une lettre particulière à l'évêque d-Aquila, pour insister sur le secret que prescrivait le roi ( ! ).
L'évêque, en recevant ces dépêches, fut déconcerté. Les instructions qu on lui transmettait étaient loin de répondre aux exigences de la situation . Depuis l'envoi de ses derniers rapports, Lethington était retourné de France en Ecosse ( 2 ) : il avait eu pour réponse de Catherine de Médicis , que la reine , sa maîtresse, voulût attendre une couple d'années, et qu'alors le roi l'épouserait certainement ( 3 ). Il était venu peu après à Londres , et la reine Elisabeth lui
(*) Elle est du 46 juin 4563. (Archives de Simancas, Estado, leg. 846.)
( 8 ) Lettre de l'évêque au cardinal de Granvelle, du 47 mai 4563. (Ibid.)
( 3 ) a .... Ledinton.... me dijo, en lo de la négociation con el rey de Francia, que ténia entendido que, si elia (Marie Stuart) queria aguardar un par deanos, el casamiento habria efecto sin falta. » (Lettre de l'évoque d'Aquila au duc d'Albe, du 47 juillet 4563, dans la Coleccion de documentes inédites para la historia de Espana, t. XXVI, p. 455.)
L'évêque est moins affirmât! f dans une lettre du même jour au comte de Luna ; il y dit seulement que le mariage pourra avoir lieu : « Segun « Ledinton me ha dicho, le han dicho en Francia que, si la reyna qui- 1 « siese aguardar un par de anos, el casamiento con aquel rey podria « efectuarse. » (Arch. de Simancas, Estado, leg. 816.)
avait dit, d'un ton plein de hauteur, que, si la reine d'Ecosse épousait un prince de la maison d'Autriche, elle aurait en elle une ennemie , tandis qu'elle promettait de la déclarer son héritière, si elle se mariait à sa satisfaction ( 1 ). Il était à craindre que Marie Stuart, voyant les hésitations du roi catholique, effrayée des menaces de la reine d'Angleterre , sollicitée par ses sujets, et probablement par Lethington lui-même, d'épouser un protestant, ne prît un parti qui aurait des conséquences funestes, non-.seulement pour la religion, mais encore pour la conservation de la tranquillité dans les Pays-Bas ( 2 ).
Dans ces circonstances, l'évêque trouvait que la commission qui lui était donnée n'avait ni l'efficacité ni le caractère décisif qu'il aurait fallu. Pour un mal aussi dangereux, le remède lui paraissait faible. Il appréhendait que ceux avec qui il avait traité ne prissent la détermination du roi pour un refus : car, qu'était-il besoin qu'il leur demandât les intelligences
(') « V. E. babra entendido el fiero que esta reyna bizo â Ledinton, ah partir de aqui para Escocia, diciéndole que, si su ama se casaba con bombre de la casa de Au stria, la tendria por enemiga, y que al contrario, si sequisiese casar à su satisfacion» prometia declararla por heredei-a.... » (Lettre de révoque d'Aquila au duc d'Albe, du M juillet \ 563, ci-dessus citée.)
(') « .... Temo que la de Escocia, desconûada de los casamientos que prétende, y ametrentada de los fieros que esta se le bace, y de la instancia que le deben de bacer sus vasallos para que se case con alguo protestante, y ledinton entre ellos, no se deje persuadir â alguna cosa que pueda bacer mas dano que provecbo , no solamente â las cosas de la religion, mas aun à la conservation destos Estadosde Flandes que es (an tan peligrosos cuanto V. E. sabe. » [Ibid.)