‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 119 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

souhaitait passionnément d'épouser sa cousine ; qu'il s'était exprimé à cet égard de la manière la plus énergique, et avait voulu avoir un portrait de la princesse devant lequel on le voyait souvent en contemplation (*). Il avait su de plus, par la même voie, que lors de sa chute à Al cal a, dont un rendez-vous donné à l'une des filles du concierge du palais avait été, comme on Fa vu , la cause , don Carlos avait fait vœu de ne jamais s'approcher d'une autre femme; qu'ainsi il n'en était aucune dont il eût envie de s'occuper ( 2 ). Ces particularités avaient causé un vif plaisir à la famille impériale, et augmenté l'inclination qu'elle avait pour le mariage de l'archiduchesse Anne avec le prince.

C'était le moment où la reine Elisabeth de Valois partait pour Bayonne avec le duc d'Albe. Philippe II, qui voulait encore temporiser, répondit au baron de

(') Nous trouvons la description de ce portrait dans un inventaire, rédigé le 9 février 4568, de l'argent, des bijoux et d'autres choses qui étaient dans un petit coffre confié à la garde du secrétaire Gaz tel tu Nous la donnons ici :

« Un retrato de la infanta Ana, hija del emperador Maximiliano, de seda de colores, con très rubies y très esmeraldas y ocho perlas en la cabeça, y con el brazo izquierdo un rubi y una esmeralda cou dos perlas, y en los brahones de entrambos braços otros cinco perlas ; pue^to en una caja redonda de ebano, con una moldadura de plata sobredorada. » (Àrcb. de Simancas, Contaduria mayor de cuentas, 4« época, leg. 4050.)

( a ) o Que quando S. A. diô la cayda en Alcala, havia hecho voto de no llegarse jamâs â otra muger, y assi ny curava ny queria enamorarse de ninguna.... * (Lettre de Chantonay à Philippe II, du 20 mai 4565, dans les Papiers d'État du cardinal de Granveile, t. IX, p. 213.)

Philippe II écrivit, de sa main, sur le dos de cette lettre, en la renvoyant au secrétaire Zayas : Esta novea nadie: « Que personne ne voie • celle-ci. » (Arch. de Simancas, Est ado, leg. 653.)

Dietricbstein qu'il se résoudrait sur le fait du mariage dès que le duc reviendrait de France. Une pareille réponse ne pouvait causer qu'une médiocre satisfaction à Vienne : l'empereur dit assez froidement à Chantonay qu'il passerait encore par ce délai, quoique le roi eût eu assez et trop de temps pour prendre un parti ( 1 ).

Catherine de Médicis , malgré toutes les observations que lui avaient faites, pour l'en dissuader, l'évêque de Limoges et le seigneur de Saint-Sulpice, son successeur à Madrid, n'avait pas cessé de nourrir l'espoir qu'elle marierait sa fille Marguerite avec le prince d'Espagne. A Bayonne, elle proposa formellement ce mariage au duc d'Àlbe , en même temps que celui du roi de France avec l'archiduchesse Anne., et de dona Juana avec le duc d'Orléans ( 2 ). Raymond de Pavie, seigneur de Fourque vaulx , qui, dans l'automne de 1565, alla remplacer Saint-Sulpice à Madrid, fut chargé de suivre avec chaleur cette négociation auprès du roi , du duc d'Albe et du prince d'Eboli. Le duc avait témoigné à Saint-Sulpice qu'il approuvait assez les mariages mis en avant par la reine-mère; Ruy Gomez lui avait promis d'y être favorable (*) : mais, en tenant ce langage, ces ministres le trompaient, car la façon de penser de leur maître leur était bien

(') Lettre de Chantonay au roi, du 30 juin 4565, dans la Coleccion de documentes inéditos, etc., t. XXVI, p. 544.

(*) Mémoire particulier de Saint-Sulpice, du 44 août 4 565. — Mémoire de Catherine de Médicis, envoyé au S r de Fourquevaulx, sur ce qui a été traité à Bayonne, du 28 novembre 4565.

( B ) Mémoire particulier de Saint-Sulpice, du 44 août 4565.

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