‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 123 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Quoiqu'il fût d'une taille au-dessous de la moyenne, il régnait dans toute sa personne un air de majesté que rehaussait encore sa manière de se vêtir, à la fois élégante et simple , car il ne portait que du drap de soie, à l'exclusion de l'or et de l'argent ('). Son abord était grave , mais il recevait avec affabilité et il écoutait avec attention ceux qui avaient à l'entretenir ( 2 ). Jamais il ne se fâchait , quelque chose qu'on pût lui dire ( 3 ). Habituellement il ne regardait pas son interlocuteur ; il tenait les yeux baissés, et s'il les levait, c'était pour les promener çà et là ( 4 ). Il parlait si bas que le seigneur de Fourquevaulx, ambassadeur de Charles IX, ne put entendre presque rien de ses paroles, à la première audience qu'il eut de lui ( 5 ). Ses réponses étaient en général précises et gracieuses ; le . plus souvent, il les accompagnait d'un sourire aimable , mais il évitait de décider ou de s'engager sur les

(') « Puesto en solio, coronacion, 6 en otro acto mayor pûblico, con esta grandeza parecia divinidad su autoridad y gloria. » (Cabrera, liv. V, chap. XVI l t p. 275.) — « Non usa nel vestire oro ne argento, ma solamente panni di seta e con pochi lavori; e veste molto gentilmente,

portando panni che gli stanno soprammodo bene ed attilati » (Relation

de Giovanni Soranzo, de 4565, dans les Relazioni degli ambasciatori veneti, série I, t. V, p. 412.) — « È attillatissimo nel vestire t e tanto che non si puô vedere cosa più perfetta. • (Relation d'Alberto Badoero, de 4578, ibid., p. 276.)

(*) Relazioni degli ambasciatori veneti, etc., série I, t. V, passim.

( 5 ) « Ascolta ognuno con molta pazienza, ne per cosa che se gli dica, brava ne si altéra. » (Relation de Sigismondo Cavalli, de 4570, Relazioni, etc., série I, t. V, p. 483.)

(*) Relation de Federico Badoero, dans les Relations des ambassadeur* vénitiens sur Charles-Quint et Philippe il, p. 38.

( 5 ) Relations des ambassadeurs vénitiens, etc., p. 470, note 4. Fourquevaulx eut sa première audience au mois d'octobre 4565.

demandes qui lui étaient faites : il voulait prendre le loisir de les examiner et de les faire examiner par ses minisires. Il était réservé surtout dans ses communications avec les ambassadeurs étrangers, qu'il invitait presque toujours à lui remettre des mémoires ou des notes sur les sujets dont ils venaient de l'entretenir (*).

Quand il était à Madrid, il donnait audience à tous ceux qui la demandaient. En se rendant de sa chambre à la chapelle où, chaque malin, il entendait la messe, en sortant de la chapelle pour aller se mettre à table, enfin en retournant à sa chambre après son dîner, il recevait toutes les suppliques qu'on voulait lui présenter , et si quelque personne témoignait le désir de lui adresser la parole, il s'arrêtait pour écouter ce qu'elle avait à lui dire ( 2 ).

La délicatesse de sa complexion lui imposait plus d'un ménagement : il dormait beaucoup ; il était trèsréglé dans sa manière de vivre, ne mangeant ni poisson ni fruits, dont son père faisait une consommation immodérée, et se nourrissant des mets les plus substantiels ( 3 ). Le vendredi - saint était le seul jour de l'année où il ne fût pas servi de viande sur sa table ; les autres jours de jeûne prescrits par l'Eglise, il avait reçu du pape la permission d'en manger, pourvu qu'il le fît d'une seule espèce , telle que chapon , veau ,

(') Relazioni degli ambasciatori veneti, etc., série I, t. V, passim.

(*) Relations de Paolo Tiepolo, de Giovanni Soranzo, de Sigismondo Cavalli, dans le tome cité des Relazioni.

( 8 ) Voy. les relations de Michèle Suriano , de Paolo Tiepolo, de Giovanni Soranzo, de Sigismondo Cavalli, de Lorenzo Priuli, d'Alberto Badoero, dans les Relazioni degli ambasciatori veneti, série I, t. III et V.

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