‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 124 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

bœuf ou mouton ('). Les vendredis, les samedis et les vigiles, il dînait toujours en particulier, pour ne pas donner un mauvais exemple ( 2 ). Sa tempérance était remarquable; il vidait, deux fois ou deux fois et demie aii plus, à son repas, un verre de cristal, de médiocre grandeur ( 3 ).

Soit en particulier, soit en public, il dînait ordinairement seul ; ce n'était que dans des occasions extrêmement rares qu'il admettait à sa table la reine, le prince son fils, ou la princesse sa sœur. D'autres, quels qu'ils fussent, n'étaient pas jugés par lui dignes de s'y asseoir ( 4 ).

Il n'y avait personne, à sa cour, qui remplît plus ponctuellement que lui ses devoirs religieux. Il assistait avec régularité aux offices divins, et communiait quatre fois au moins par année. Il connaissait, aussi

(') « Dal venerdl santo in fuori, mangia sempre carne; e il digiunô délie altre vigilie ha facoltà di farlo con mangiar d'un a cosa sola, ma cio sarà cappone, vitello e cosa taie.. . » (Relation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 483.)

(•) <» Il venerdl, sabalo e le vigilie, per non dar caltivo esempio, sempre mangia ritirato.... » (Relation de Giovanni Soranzo, déjà citée, p. 412.)

(*) « Nel bever è modestissimo, ne beve nel suo desinare piùdi due volte ... » (Môme relation, ibid.) — « Beve due volte, o due volte e mezzo, in un bicchiere di cristallo di médiocre tenuta.... » (Relation d'Alberto Badoero,t*6»V/., p. 276.)

( 4 ) 'Mangia S. M. ordinariamente sola, non facendo degno distare alla sua tavola allri che la serenissima regina, il principe e la principessa, i quali perô chiama rarissime volte, escorrono molti e molti mesi prima che mangi con alcun di loro.... » (Relation de Giovanni Soranzo, /. c.) — Dans sa relation de 4563, Paolo Tiepolodit de môme, à propos dudtnerdu roi : « Che faalcune volte in pubblico e altre ritirato, ma quasi sempre solo, perché rarissime mangia colla moglie, col figlio e colla sorella, che altri non è fatto degno délia sua mensa.... » (Ibid., p 61 .

bien qu'un ecclésiastique même, les cérémonies de l'Eglise (*). En toute occasion, il témoignait son respect de la religion et de ses ministres. Pendant qu'il tenait les cortès de Monzon ( 2 ), il arriva un jour qu'allant à cheval de son palais au lieu où les cortès étaient assemblées, il rencontra le saint sacrement qu'on portait à un malade : il descendit aussitôt de cheval, accompagna le prêtre, son bonnet à la main, jusqu'à la maison où celui-ci était appelé, attendit à la porte qu'il eût rempli les devoirs de son ministère, et enfin reconduisit le saint sacrement, toujours la tète découverte, à l'église d'où il avait été tiré ( 3 ).

Ses passe-temps étaient des plus paisibles. Les fêtes, les spectacles, avaient peu d'attrait pour lui. Dans sa jeunesse, en Espagne et aux Pays-Bas, il avait quelquefois pris part à des joutes et à des tournois, mais il l'avait fait moins par goût que pour l'opinion du monde ( 4 ). Ce qu'il aimait, et sa nature lui en faisait en quelque sorte un besoin, c'était la campagne, la solitude ( 5 ). Aussi, bien souvent, il quittait à l'improviste Madrid, pour aller, tantôt au Pardo, tantôt à Àranjuez ou à l'Escurial, quand H eut

(') Relation de Paolo Tiepolo, déjà citée, p. 62. — Relation de Matteo Zane, de 4584, dans les Relazioni, etc., série I, t. V, p. 360.

(*) Voy. pp. 98 et suiv.

( 8 ) Relation de Giovanni Soranzo, déjà citée, p. 442.

(*) Relations des ambassadeurs vénitiens, etc., p. 39.

( 5 ) Il avait eu ce goût de bonne heure. Le 49 février 4559, il écrivait, de Bruxelles, à Granvelleet à Ruy Gomez, qui se trouvaient au congrès \ de Cateau-Cambrésis : « Por el provecbo que vos, Ruy Gomez, sabeys « que me haze à la salud el ejercicio y el campo, etc. » (Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 491.)

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