‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 126 sur 170 · CHAPITRE IX. 2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 2i

de Valois n'ignorait pas sa conduite : mais, douée d'une sagesse et d'une raison au-dessus de son âge, tolérante ainsi que sa mère lui avait appris, à l'être par son exemple , elle supportait les galanteries de son mari sans jamais faire entendre un seul mot de plainte, ne manifestant qu'un désir, celui de lui complaire, n'ayant d'autre volonté que la sienne (') : on pourrait même supposer, en lisant quelques-unes de ses lettres » Catherine de Médicis, que les soins et l'affection du roi la rendaient « la femme la plus heureuse du monde » ( 2 ). Il est juste de dire que Philippe,

Saint -Sulpice, successeur de l'évoque à l'ambassade de Madrid, mande à sa cour, dans une lettre secrète du 7 octobre 4564, que Ruy Gomez lui a dit que la grande maladie de la reine avait augmenté l'affection de son mari pour elle ; « et adjousta quelques choses de ses amours « passées, qui avoient cessé et estoient hors de la maison, de sorte que « tout alloit si bien qu'il ne se pouvoit désirer mieulx. »

Les relations de Philippe avec la princesse d'Eboli sont trop connues pour que nous ayons à en parler.

(*) « Sa la regina cbe il re fa molti disordini con donne, ma avendo imparato la tolleranza de sua madré , pazientemente Io sopporta senza mai dir parola di risentimento.... Gosi ella , savia sopra Tetà sua, cerca in tutti i modi mostrar di riportarsi alla volonté del re, e di non voler più innanzi di quello che piace a lui. .. » (Relation de Paolo Tiepolo, déjà citée, p. 72.) — « La sereuissima regina.... è stimata da tutti molto savia e prudente, in modo che molto supera Tetà sua.... Con tutto questo S. M., prudentemente dissimulando sempre, non dimostra alcuna mala satisfazione, ne mai parla di simili cose, e sempre si mostra desiderosa di satisfare il re, e voler tutto quello ch' esso vuole.... » (Relation de Giovanni Soranzo, déjà citée, p. -M7.)

( 2 ) Une fois elle écrivait à la reine, sa mère, à propos d'un endroit (qu'elle n'indique pas) où elle se trouvait et qui était peu plaisant : « Vous dirès-ge, madame, que sy se n'estoit la bonne compaignie où je « suis en se lieu, et l'heur que j'ai de voir tous les jours le roy mon « seigneur, je trouverais se lieu l'un des plus fâcheux du monde. Mais « je vous assure, madame, que j'ay un si bon mary et suis si heureuse

s'il la négligeait, avait toujours pour elle les plus grands égards, et qu'il lui donna même, en certaines occasions, des marques d'une véritable tendresse ( 1 ).

On a reproché à ce prince de manquer de libéralité, de se montrer économe jusqu'à la parcimonie ( 2 ) ; on a fait la remarque qu'il laissait vacantes les principales charges de sa cour, pour n'en pas supporter la dépense ( 3 ); on a dit que sa maison semblait être plutôt celle d'un pauvre gentilhomme que d'un grand roi ( 4 ) ; on a ajouté que les murs de son palais étaient nus en été, et que, s'ils étaient tendus en hiver, c'était plutôt afin de parer au froid que pour la décoration des appartements ( 5 ). Combien il serait à souhaiter, pour sa mémoire, que l'histoire n'eût pas d'autres reproches à lui faire !

Dans le gouvernement de ses Etats, il ne suivait pas

« que, quant il le seroit cent fois davantage, je ne m'y fascheroy « point. » Une autre fois elle lui disait que le roi faisait office de bon mari ; que, tant qu'elle avait eu la fièvre, il n'avait pas bougé un instant d'auprès d'elle, et elle ajoutait : « Je vous dires comme je suis la plus « heureuse famé du monde. » [Négociations, etc., relatives au règne de François 11, pp. 703 et 843.)

(*) Voy., dans tes Négociations, etc., relatives au règne de François 11, pp. 803 et 809 , les lettres de madame de Clermont à Catherine de Médicis, écrites en 4564, et dans Y Histoire d'Elisabeth de Valois, par M. le marquis Du Prat, pp. 233, 239, 458, ce que l'ambassadeur Fourquevaulx mandait à la reine-mère le 4 février et les 4 et 48 août 4566.

( 2 ) Relations de Giovanni Soranzo, de Gioan Francesco Morosini, de Matteo Zane, de Tommaso Contarini, de Francesco Vendramino.

( 5 ) Relation de Francesco Vendramino.

(*) « Nel governo délia sua casa somiglia più ad un povero gentil uorao che ad un gran re. » (Relation de Gioan Francesco Morosini, de 4584, Relazioni, etc., série I, t. V, p. 325.)

(*) Relation de Tommaso Contarini.

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