CHAPITRE II
son gouverneur, il dit à haute voix : « Caslille ! Cas- « lille ! pour le roi don Philippe, notre seigneur ! » La cérémonie terminée, il retourna au palais (').
Charles-Quint s'était proposé de partir pour l'Espagne avant l'hiver de 4556 : des circonstances que nous avons rapportées ailleurs ( 2 ) le retinrent aux Pays-Bas beaucoup plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu ; ce fut seulement le 45 septembre de cette année qu'il s'embarqua à Flessingue. II descendit à Laredo le 28.
Dès que don Carlos apprit l'arrivée de l'empereur en Caslille, il manifesta la joie la plus vive, avec une extrême impatience de voir son aïeul ( 3 ). Il voulait aller à sa rencontre : don Garcia de Tolède, qui avait remplacé auprès de lui , dans les charges dé gouverneur et de grand maître, don Antonio de Rojas, mort depuis peu, eut beaucoup de peine à l'en empêcher ; il n'y parvint qu'en lui disant qu'agir ainsi, sans connaître la volonté de l'empereur, serait lui manquer de respect ( 4 ). Le prince alors se détermina à envoyer à son aïeul don Pedro Pimentel, gentilhomme de sa chambre, porteur de la lettre suivante, qu'il écrivit et rédigea lui-même ( 5 ) :
(') SAifaovAL, Historia de Carlos V, iiv. XXXII, § 28, t. H, p. 606.
(*) Retraite et mort de Charles-Quint, Introduction, pp. 105etsuiv.
( 3 ) Lettre de don Garcia de Tolède à Charles-Quint, du 3 octobre 1556. {Coleccion de documentos inéditos, etc., t. XXVII, p. 482.)
(*) « .... Para deteneJle, no ba habido otro medio sino decille que tan gran desacato séria determinar nada sin saber la voluntad de V. M. » {Ibid.)
f) « .... Sin ayudarse de nadie, » dit don Garcia de Tolède dans sa lettre du 3 octobre.
« Sacrée Impériale et Catholique Majesté,
« J'ai appris que Votre Majesté est arrivée saine et sauve. Je m'en suis réjoui infiniment, et tant que je ne le saurais assez exprimer. Je supplie Votre Majesté de me faire savoir si je dois aller la recevoir, et en quel lieu. Don Pedro Pimentel, gentilhomme de ma chambre et mon ambassadeur, va trouver Votre Majesté. Je la supplie d'ordonner ce qui se doit faire en cela, pour qu'il me l'écrive. Je baise les mains de Votre Majesté. Valladolid, 2 oclobrc.
« Très-humble fils de Votre Majesté, « Le Prince (*). »
Don Pedro Pimentel fut reçu par l'empereur , le 8 octobre, à Agûera ( 2 ). Charles-Quint, après l'avoir entendu, choisit, pour son entrevue avec son petilfils, le bourg de Cabezon, à deux lieues de Valladolid , où il arriva le 20 octobre. Il est à regretter
(•) Voici le texte, dont on trouvera le fac-similé en tête de ce volume, et qui a été publié dans la Coleccion de documentes inéditos, etc., t. XXVII, p. 483:
« Yo e sabido que V. M* esta en salvamento, y e holgado dello infinitamente, tanto que no lo puedo mas encarecer. Suplico â V. M* me haga saber si e de salir a recebir a V. M 1 , y adônde. Ay va don Pedro Pimentel, gentilhombre de mi câmara y mi embaxador, al quai suplico a V. M» mande lo que en esto se ha de hazer, para que él me lo escriva. Beso las manos de V. W. En Valladolid, 2 de otubre.
« Muy humilde hijo de V. M 1 , a El Principe. »
( J ) Retraite et mort de Charles-Quint, etc., t. I, p. \\ %