‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 138 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

prince se révoltait contre ces observations, qui étaient chaque fois une cause de nouvelle aigreur entre eux (').

De son côté, don Carlos avait des griefs contre le roi : il se rappelait que son père, à Fâge de seize ans, avait été investi par l'empereur du gouvernement des royaumes d'Espagne; il en comptait dix-neuf, et il n'avait aucun État à régir, aucune charge qui lui donnât quelque pouvoir. Il manifestait, en toute rencontre, l'humeur qu'il en ressentait ( 2 ). Il attachait une médiocre valeur à la grâce que le roi lui avait

(') Saint-Sulpice, ambassadeur de France à Madrid, ayant félicité le roi de la convalescence de son fils, Philippe le remercia, disant « qu'à « présent le prince estoit assez bien guéry de sa fiebvre; adjoustant, « avecque un soubzrire, qu'il espéroit qu'avec l'advertissement qu'il luy « faisoit assez souvent de ne faire plus tant de désordres contre sa « santé, et avec les inconvéniens de maladye où il retomboit à tout

• coup, il se rendroit, possible, plus saige et plus chastyé pour l'adve- « nir. • (Lettre de Saint-Sulpice à Charles IX, du 9 septembre 4565.)

— Éra stato alcuna volta il padre costretto a garrirlo, e con acerbe

reprensioni a mostrargli che a re e a prencipe, corne gli era, non convenivano ne vita ne costumi cosi fatti : di che quel giovane si era fieramente sdegoato.... » (Adriani, Istoria de* suoi tempi, t. V, p. 435, édit. de 4823.)

Herrera parle dans le même sens : « Su padre procura va mostrarle « que â rey ni principe como él era, cooveuia tal manera de procéder : « de que recibia el principe gran pesadumbre. » (Historia gênerai del mundo, t. I, liv. X, chap. II, p. 294, édit. de 4604.)

(*) Fourquevaulx écrivait à Catherine de Médicis, le 24 novembre 4565 : « L'on s'apperçoit qu'il s'ennuye de n'avoir desjà quelques grands Estatz « en son pouvoir, pour y commander. »

Dietricbstein mandait à l'empereur, le 2 janvier 4566 : Le principal « sujet de plainte que le prince a contre son père, c'est que, malgré « son âge, il n'a ni commandement ni pouvoir, mais est traité comme

• un minor annis. * (Kocu, Quellen zur Gesch'chte des kaisers M aximilianll, p. 454.)

faite de l'appeler à siéger au conseil d'État, et ce n'était pas sans raison : car les grandes questions politiques, les affaires majeures de la monarchie étaient rarement soumises aux délibérations de ce conseil ; le roi les traitait en particulier avec ceux de ses ministres qui étaient le plus avant dans sa confiance.

Don Carlos avait été destiné, dès son enfance, au gouvernement des Pays-Bas. La fièvre continue dont il fut atteint, sa chute à Al cala, les maladies qu'il eut depuis , n'avaient pas permis , pendant plusieurs années, qu'il quittât l'Espagne : il était le premier à le reconnaître. Mais ces obstacles n'existaient plus ; sa santé était rétablie ; il pouvait aisément supporter les fatigues du voyage : pourquoi donc son père ne réalisait-il pas une intention qui était de notoriété publique en Europe (')P 11 s'en offensait et s'en plaignait avec amertume.

Il était mécontent aussi de ce que le roi différait de le faire recevoir, comme héritier présomptif de la couronne, par les cortès d'Aragon, de Catalogne et de Valence. Enfin il lui en voulait du retard qu'il apportait dans la conclusion de son mariage avec l'archiduchesse Anne ( 2 ). On a vu qu'il s'était pris

(') Fourquevaulx nous en donne la raison dans une de ses lettres à Catherine de Médicis (elle est datée du 24 novembre \ 565) : « Bien « des persounes, dit-il, doutent que le roi veuille quitter l'Espagne ;... « et moins permettra-t-il que le prince eu sorte sans luy : car c'est un « jeune personnage sujet à sa teste, et facilement fairoit-il telles choses a entre les Italiens et les Flamans, dont l'un et l'autre se repenti- « roient.... »

( 3 ) Voy les lettres du baron de Dietrichstein à Maximilien II, du

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