CHAPITRE IX
en cela, de Charles-Quint, à qui il arrivait souvent de plaisanter avec les officiers de sa chambre, surtout avec le baron de Montfalconnet , l'un de ses maîtres d'hôtel, dont il aimait les saillies, pleines de vivacité et de finesse (').
11 supportait beaucoup de ceux qui le servaient, et prêtait difficilement l'oreille aux accusations dirigées contre eux; il les défendait même, afin que le prestige de l'autorité ne souffrît point des fautes imputées à ceux qui en étaient les dépositaires. Mais quand l'un de ses ministres ou de ses agents avait encouru sa disgrâce, jamais plus il ne lui rendait sa faveur ( 2 ).
Il n'oubliait et ne pardonnait point les injures. Il savait toutefois dissimuler son ressentiment et en suspendre les effets jusqu'à ce qu'il trouvât une occasion opportune de le faire éclater : c'est pourquoi l'on disait en Espagne que, du sourire du roi au
(') Relation de Mari no Cavalli sur Charles-Quint, dans Les monuments de h diplomatie vénitienne, p. 409.
( 9 ) « Da quelli che lo servono sopporta moite cose, e spesso le difende, se ben son fatte senza suo ordine, per non diminuir la riputaziooe e autorità de* suoi magistrali : ma quando final mente ne piglia uno in disgrazia, mai più lo rimette o gli perdona. » (Relation de Sigismondo Cavalli. déjà citée, p. 483.)
Lorenzo Priuli, dans sa relation déjà citée (p. 274), dit aussi : « Nei « suoi ministri comporta e sopporta il re moite imperfezioni, anco a « maleficio délie cose sue medesime.... »
Paolo Tiepolo avait dit avant eux : « À imitazione del padre, permette « moite cose a 1 suoi ministri, per non levar loro il credilo e la repu ta- • zione, ne solamente manca dt castigarli, ma ancora di mostrar pur un « minimo segno d'alterazione centra loro.... «(Relation déjà citée, p. 63.)
Voy. aussi Cabrera, liv, XII, ebap. XXI, p. 4063.
couteau, il n'y avait d'autre distance que l'épaisseur du couteau ('). S'il ne se pressait pas de frapper ceux qu'il prenait en haine, une fois qu'il avait commencé de les persécuter, il ne s'arrêtait plus ; sa vengeance était implacable (*).
Tel était le souverain qui disposait des destinées de vingt nations diverses; tel était le père de don Carlos.
Philippe II ne pouvait voir, avec indifférence, ni les excès de bouche que faisait son fils et qui détruisaient sa santé, ni les extravagances et les brutalités auxquelles il se livrait et qui compromettaient sa dignité autant que sa réputation. 11 l'en reprenait fréquemment, et même avec sévérité. L'orgueil du
(*) « .... Ê molto vendicativo, ne si scorda facilemente l'ingiurie, ma sa coprire molto bene i suoi affetti , procedendo sempre con grao flemma ; di maniera che dicono in Spagna, per proverbio, che dal riso del re al coltello non vi sia distanza alcuna, perché se bene avrà déterrai nato di castigar uno, venendo gli colui dinanzi, gli mostrerà quella medesima cera che faceva prima.... » (Relation de Giovan Francesco Morosini, déjà citée, p. 324J — « Vale molto il re in dissimulare e tener nascoste le passion i dell' animo suo; ma Tartificio non basta perô a coprire l'intimo dell' affetto, essendosi sempre S. M. dimostrata ricordevole dell 1 ingiurie ricevute e difficile al perdonaré.... » (Relation de Matteo Zane, déjà citée, p. 362.)
Cabrera dit, de même que l'ambassadeur Morosini dans un des passages de son histoire, « que de su ri sa al cuchilio avia poca distancia » (liv. X, chap. V, p. 736). Il dit ailleurs : « Su risa i cuchilio eran cona fines » (liv. VII, chap. XXII, p. 474).
Et Antonio Ferez : « No hay dos dedos de su risa al cuchilio.... • (Retrato, pp. 24, 246.)
(*) « Ha questa natura e propriété il re, che non si presto piglia in odio alcuno, non lo castiga o fa vendetta ; ma quando entra in una di queste vie, segue innanzi senz 1 alcuna remissione. « (Relation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 483.)