CHAPITRE IX
dit avec colère : « Méchant petit prêtre , vous osez « vous attaquer à moi, en empêchant Cisneros de « venir me servir ! Par la vie de mon père, je vous « tuerai. » On ajoute que, s'il ne se porta point aux dernières violences, ce fut parce que Espinosa lui demanda grâce à genoux. Si ce fait est vrai ('), on peut juger de l'impression qu'il produisit sur Philippe IL
Les propres officiers de don Carlos étaient, pour la plupart, mal vus de lui, par la seule raison que c'était le roi qui les lui avait donnés : on sait déjà comment il les traitait ; le témoignage de Brantôme à cet égard est corroboré par celui de l'ambassadeur de Florence Leonardo de Nobili ( 2 ). Du reste, sa tante elle-même, la princesse dona Juan a, avait souvent à se plaindre de ses procédés, et s'il montrait quelques égards à ses cousins, les princes de Hongrie et de Bohême, c'était à cause de l'archiduchesse Anne, leur sœur ( 3 ). Une seule personne à la cour se voyait
(') Nous n'en avons d'autre garant que Cabrera (liv VII. chap. XXII, p. 469), et il ne nous inspire pas une entière confiance. On pourrait croire d'ailleurs , d'après les termes dans lesquels cet historien le raconte, qu'Ëspinosa était cardinal et évéque, quand don Carlos se porta à cette violence envers lui; ce serait une erreur : Espinosa ne reçut le chapeau et ne fut pourvu d'un évèché qu'après l'emprisonnement du prince. (Voy. p 248, notes 2 et 3)
(*) « Infra S. M. e il prencipe è una malissima satisfazione, talmente che non potendo S. A. dimostrarsi con altro, odia tutti li servitori che le ha dado suo padre , e in ogni poca d'occasione da loro e pugni e minaccia di pugnalarli. » (Lettre de Nobili au duc Cosme de Médicis. du 24 juillet 4567.)
(") C'est l'observation que fait Dietrichstein dans une lettre du 26 septembre 4565, à Max i mil i en II. Voy. Koch, Quellen, etc., p. 448.
Fobjet de ses déférences et de ses hommages : c'était la reine (*).
Catherine de Médicis, en se séparant de sa fille x n'avait certainement pas oublié de lui faire sentir combien il lui importait de captiver la bienveillance du prince d'Espagne. Il était naturel de supposer que don Carlos survivrait à son père, et le sort d'Elisabeth, celui des enfants qu'elle aurait eus du roi, se seraient alors trouvés en ses mains. Un autre motif encore faisait désirer à Catherine que sa fille pût prendre de l'ascendant sur le prince : c'était le projet qu'elle avait conçu, et qu'elle poursuivit, on l'a vu, avec tant d'insistance, de marier Marguerite, son autre fille, avec l'héritier de la monarchie espagnole.
Hâtons-nous de le dire : la bonté, la générosité innées d'Elisabeth furent, bien plus que des calculs d'intérêt personnel, le mobile de sa conduite envers le prince son beau-fils. A son arrivée en Espagne, elle trouva don Carlos en proie à un mal qui le minait : elle compatit à sa situation ; elle s'efforça de
(') « Quant au prince, il est aujourd'huy le plus honneste et obéissant du monde : car, bien qu'il resprouve et mesprise communément toutes les actions du roy son père, et qu'il n'aye agréable chose que la princesse ny que les petis princes d'Hongrie facent ou dient, il faict néanmoins semblant de trouver bon tout ce que la royne vostre fille faict et dit, et n'y a personne qui dispose de luy comme ell«, et c'est sans artifice ni faincte : car il ne sçait faindre ne dissimuler. » (Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 3 novembre 4565.)
Fourquevaulx écrivait encore à la reine-mère, le 42 septembre \ 567 : « Mais de tant que ledict fils hait son père, de tant augmente son affec- « tion vers la royne sa belle-mère, car c'est à elle qu'il a tout son « recours, et S. M. est si sage qu'elle s'y gouverne discrètement. »