CHAPITRE IX
le consoler, de lui inspirer de la résignation et du courage; elle l'admit dans son intimité, ire négligeant rien de ce qui était propre à le distraire, à lui procurer des « passe-temps honnêtes ('). » Ce corps infirme et cet esprit malade réclamaient des soins, des ménagements ; elle prodigua au prince, avec une douceur angélique, tous ceux qui étaient en son pouvoir. Elle ne cessa point, tant qu'il vécut, de s'intéresser à sa destinée. Elle aurait voulu qu'il dépendît d'elle de mettre un terme à la discorde qui régnait entre lui et son père ( 2 ).
Don Carlos fut touché de l'accueil et des attentions de la reine. Cette nature intraitable ne put résister à l'influence de tant de grâces et de vertus. Lui qui ne connaissait nul frein à ses volontés, dont l'arrogance était redoutée de tous ceux qui l'approchaient, — en présence d'Elisabeth, il se montrait plein de respect, de prévenance, de soumission. Il aimait à prendre part à ses jeux ; il recherchait les moyens de lui complaire; en toute occasion il témoignait la sympathie qu'il professait pour elle : nous en avons cité plusieurs
I 1 ) « Pendant l'absence de S. M., M. le prince d'Espaigne, aux jours qu'il n'a point la fiebvre, Ta visitée (la reine) : ayant ladicte dame mis toute la peine qu'il a esté possible à luy donner, aux soirs, quelque plaisir du bal et autres bonnestes passe-temps, desquels il a bon besoin.... » (Lettre de l'évéquede Limoges à Charles IX, du 4 "mars 4560, dans les Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François i/, p. 290.)
(*) « La reyna i la princesa, por lo que le amaban como tia i madré, i aver tenido primero nombre de marido, procuraban reconciliarle con el rey ; mas la obstinacion de padre i bijo impidiô la concordia. » (Cabrera, liv. VII, chap. XIII, p. 443.)
exemples ( ( ). Nous trouvons encore, à cet égard, dans les comptes de ses dépenses, des indications qui ne doivent pas être négligées : tantôt c'est une bague en rubis ( 2 ), tantôt ce sont des tapis d'or et de soie ( 3 ), dont il fait présent à la reine ; une autre fois il lui donne un coffret et une peinture ( 4 ) ; une autre fois encore, il lui envoie un chapeau de paille garni d'un crancelin d'or, et auquel était attaché, en forme de médaille, un Jésus en diamant que supportaient des anges et qui était entouré de rubis et d'émeraudes ( 5 ). Les dames d'Elisabeth étaient fréquemment aussi l'objet de ses libéralités.
Les poëtes et les romanciers ont transformé en une passion ardente le respect et la sympathie de don Carlos pour la reine sa belle-mère ( 6 ) ; ils ont été plus
H Pag. 460 et 167.
(*) « .... Una sortija de un rubi que S. A. mandé dar a la rein a nuestra senora.. . » (Coleccion de documentes inéditos para la hisloria de Espana, t. XXVII, p. 87.)
( 5 ) « .... DiôS. A. dos alhombrasde oro y seda â la reina nuestra senora ... » [Ibid., p. 92.)
( 4 ) « .... Uoa arca y un retablo que S. A. mandé dar â la reina nuestra senora.... » {Ibid , p. 89.)
(') « En Madrid se dio âla reina nuestra senora un sombrero de paja con un crancelin de oro tirado que bizo un tirador de oro portugués, el cual sombrero lievaba una medalla becba un Jésus de diamante, y por titulo del Jésus un rubi y esmeralda en ci ma del tflulo, con unos ni nos que le tenian, esmaltados de blanco, y en la misma medalla puesta una espiga de oro tirado. » (Ibid., p. 95.)
( 6 ) Nous regrettons que des esprits sérieux aient adopté cette fable. Dans les Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II, recueil de documents d'une baute valeur historique, M. Louis Paris donne (p. 460) une lettre d'une dame de la cour d'Elisabeth à Catherine de Médicis, où Ton lit : a La royne et la princesse