CHAPITRE IX
royaume, et, à* la fin,, il perd toul crédit auprès des gens, qui, n'osant plus se fier à lui, ne lui disent pas ce qu'il lui importe de savoir. Or c'est là une perte qui est grande pour tous ; mais, pour les princes, elle est d'une portée incalculable.
« Je sais bien que j'aurais pu me dispenser de dire tout cela à V. A., puisque Dieu lui a donné un si bon entendement ; qu'elle a à son service des personnes qui lui font souvent des observations semblables et d'autres encore; puisque surtout je l'ai déjà différentes fois entretenue moi-même de cet objet : mais il me resterait des scrupules, si je ne l'en entretenais de nouveau en ce moment. ,
« Je supplie humblement V. A. de me pardonner cette prolixité, en l'attribuant au désir que toujours j'ai eu de la servir, d'être témoin de l'amour de Dieu et du monde pour elle, de la voir croître enfin pour les grands effets que réclament les conjonctures dans lesquelles il a plu au Tout-Puissant de la donner à ces royaumes, la première et la seconde fois (').
« Que Dieu garde Votre Altesse, etc. Valladolid, 10 janvier.
« Humble domestique de Votre Altesse, « Honorato Juan ( 2 ). »
On ne connaît pas l'impression que ces remontrances et ces conseils si paternels et si sages produisirent sur
H Double allusion à la naissance de don Carlos et à sa guérison à Alcala.
(*) Cette lettre est dans Kircuer, p. 486.
don Carlos ; on sait seulement qu'il ne réforma ni sa conduite ni son caractère. Ce furent, au surplus, les derniers avertissements qu'il reçut de son ancien précepteur : cet homme de bien succomba, peu de temps après (*), à la maladie qui le travaillait depuis deux années. A son lit de mort, il voulut encore donner une preuve de sa tendresse pour le prince : il l'institua son héritier universel, l'autorisant à modifier son testament en tout ce qu'il jugerait à propos (*).
Depuis l'accident arrivé à Elisabeth de Valois, en 1564, Philippe II n'était pas sans inquiétude sur la chose du monde qui le préoccupait le plus, je veux dire la perspective d'une lignée qui pût assurer la continuation de sa dynastie, car il ne mettait guère d'espoir à cet égard dans le prince son fils. Aussi apprit-il avec bonheur, au commencement de 1566, que la reine était de nouveau enceinte. Dès ce moment, il l'entoura des soins les plus assidus, des attentions les plus délicates. Il résolut qu'elle ferait ses couches au château de Valsain, dans le bois de Ségovie ( 3 ), et, le 19 mai, il lui fit prendre le chemin de cette
(') Le 30 juillet 4566. (Kmciier, p. 216.)
(«) lbid., p. 242,
On trouve, dans les comptes de dépenses de don Carlos, qu'il envoya 2,000 écus aux exécuteurs du testament d'Honorato Juan, à Osma, « para « cumplir el anima y testamentodel dicho obispo en las cosas necesarias. • (Archives de Simaucas, Contadurias générales, 4 a época, leg. 4050.)
( 8 ) Il ne reste plus aujourd'hui que des ruines du château de Valsain, dont la construction remontait au xm« siècle.
Philippe 11 datait du Bois de Ségovie les dépêches auxquelles il apposait sa signature, pendant qu'il habitait ce château.
Plusieurs membres de la famille royale, des personnes de la cour et le